Un après-confinement en préparation

Publié le par JoSeseSeko

Photo: Flickr/Présidence de la République France

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Vu que le confinement promet d'être allongé jusque vers fin mai-début juin, le gouvernement devra faire en sorte d'en préparer la sortie. Mais vu son impréparation notoire et sa fixation idéologique, il risque de nourrir une colère, s'accumulant aux précédentes démontrées ces dernières années.

"Ils n'ont rien oublié, ni rien appris". Cette phrase, souvent attribuée à Napoleone Buonaparte (pardon, Napoléon Bonaparte) au moment où il débarqua au Golfe-Juan en 1815, désignant l'attitude des Bourbons puis de leurs partisans, revenus au pouvoir après la première abdication de l'empereur à propos des évolutions politiques françaises issues de la Révolution et de l'Empire, sied parfaitement à la situation présente pour le président Emmanuel Macron, le Premier ministre Édouard Philippe, l'ensemble du gouvernement et la cour politico-médiatique suivant le mac de l'Élysée, face au Coronavirus et à ses conséquences, notamment économiques. Ce pouvoir, totalement aux fraises face à la pandémie, a dû se résoudre - et encore, modérément -, à établir un confinement et à devoir le renforcer au fur et à mesure du temps qui passe.

Confinement jusque vers fin mai-début juin?

Ce confinement a été instauré avec parcimonie depuis le 17 mars, avec des parisien(ne)s (petit.e.s)-bourgeois(es) en mode "courage fuyons" ayant eu le temps ou l'astuce d'éviter des contrôles et amendes et des banlieusard(e)s prolétaires cible de choix pour le virus - la Seine-Saint-Denis en sait quelque chose, hélas - puis pour la répression policière hypocrite - avec une bonne dose de racisme institutionnel -. Après tout, "tous les animaux sont égaux mais certains sont plus égaux que d'autres" (George Orwell). Après avoir annoncé une première date de déconfinement pour le 1er avril, ensuite pour le 15 avril, il est fort probable que Macron annonce un déconfinement retardé pour la fin du mois de mai dans son allocution prévue lundi 13 avril (cf lien n°1).

Ce qui ferait que cette période que nous vivons devrait durer deux mois et demi. Soit exactement la durée de confinement que connut la ville de Wuhan en Chine, point de départ de l'épidémie du Covid-19, qui dut subir cela du 23 janvier au 8 avril. Ce qui montre que si la Chine a mésestimé ce virus, elle a essuyé les plâtres. Ce qui fait qu'un pays comme la France a beaucoup moins d'excuses dans sa gestion de la crise sanitaire et du confinement. En raison notamment des mensonges d'État sur les pénuries de lits d'hôpitaux, de tests de dépistage ou de sérologie, puis de masques (cf lien n°2). Ces derniers devant être considérés désormais comme obligatoires dans l'espace public, en l'attente d'un vaccin ou au moins d'un traitement suffisamment convaincant pour réduire la charge virale, comme la chloroquine, proposée ardemment par le professeur Didier Raoult, bien qu'elle soit fortement débattue et que d'autres produits médicaux sont questionnés sur leur capacité à réduire la charge virale du Covid-19.

En tout cas, si on va vers fin mai-début juin, sachant que ce serait un déconfinement progressif et non total du pays, c'est une occasion pour le gouvernement d'éviter d'encore plus se ridiculiser et de gagner du temps pour avoir suffisamment de matériel médical, notamment les masques, pour que les citoyen(ne)s puissent largement en disposer.

Payer l'addition

L'objectif de fournir massivement des masques n'est pas uniquement sanitaire de la part du pouvoir actuel. Il est, avant tout, économique. Le confinement a fait entrer la France en récession car selon la Banque de France, le 8 avril dernier, le produit intérieur brut (PIB) de la France a plongé de 6% au premier trimestre 2020 et selon François Villeroy de Galhau, gouverneur de la Banque de France "chaque quinzaine de confinement nous coûte 1,5% de niveau de PIB annuel et 1% de déficit public supplémentaire" (cf lien n°3). Forcément, plus le confinement dure, plus la récession sera sévère. Et pour cette raison, le pouvoir se retrouve contraint à faire augmenter la dette publique, qui devrait bondir à 112% du PIB fin 2020 selon le ministre de l'Économie et des Finances Bruno Le Maire.

D'où une envie manifeste de la part du gouvernement, et du patronat, par la voix de Geoffroy Roux de Bézieux, président du MEDEF, à rejouer le coup du "travailler plus pour gagner plus" de Nicolas Sarkozy (cf lien n°4), en pouvant s'appuyer sur les ordonnances appliquées fin mars (prolongement temps de travail, réduction congés payés et RTT). Et ce, par aveuglement idéologique. Car ça tient à ce que ce soit le secteur privé, pour qu'il privatise les profits et que le secteur public, par contre, socialise les pertes. Et bien entendu, contrairement aux bobards de l'exécutif, notamment de Macron, il ne faudra pas compter sur une politique industrielle qui permettrait de réduire - au moins - une dépendance à une chaine d'approvisionnement globale. Or, dès que la Chine a commencé à tousser, le reste du monde s'est enrhumé. Ça devrait servir de leçon au sujet de la mondialisation.

Puis vu que la dette publique va augmenter, Le Maire a aussitôt indiqué qu'il faudra "faire des efforts". Traduction: politique d'austérité. Or, ce genre de politique a mené à un dépeçage de l'hôpital public dont on voit les effets mortifères aujourd'hui. Et surtout, une politique d'austérité conduit à un accroissement de la dette publique. Or, qui détient la dette publique? Soit des institutions financières, soit des ménages riches. Et ces derniers, en France comme dans d'autres pays dits développés, sont devenus les moins soumis aux impôts ou aux cotisations sociales, rapporté à leurs revenus. Et comme ce sont eux qui font élire en fait les gouvernements - "cens caché" oblige -, ils en fait le beurre (fiscalité basse), l'argent du beurre (détention de bons du Trésor) et le cul de la crémière (gouvernement à leur solde). Ce qui me permet de dire, reprenant un de mes anciens profs d'économie à la fac: "la dette, c'est de la redistribution à l'envers".

Il serait bon, pour une fois, que ces possédants payent l'addition vu qu'ils en sont les grands responsables, en tant que "parasites" de l'économie. Et vu qu'ils étaient déjà repérés par les Gilets jaunes, il ne serait pas étonnant qu'ils payent cher un embrasement tous azimuts une fois le confinement totalement terminé. Et les services de renseignement alertent volontiers le pouvoir sur cette éventualité, qui aurait pu paraître saugrenue il y a quelques années, mais avec l'accumulation des inégalités et du pouvoir de la classe bourgeoise, ça prend de plus en plus de consistance (cf lien n°5).

En tout cas, l'après-Coronavirus promet d'être tendu, dans un premier temps.

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