L'éternelle soumission de la part des élites africaines

Publié le par JoSeseSeko

Photo: Capture d'écran

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Alors que la polémique a enflé en France quand à la proposition infâme de vouloir tester le BCG comme vaccin contre le Coronavirus en Afrique, voilà que les autorités congolaises annoncent avoir été choisies pour faire des essais cliniques d'un potentiel vaccin contre le virus. Une ironie macabre!

Quand l'Occident est meurtri dans son orgueil, il va chercher des cobayes en Afrique! Voilà comment on peut résumer les choses. Le Coronavirus a tellement fait à un Occident si sûr de lui, au point d'ailleurs exprimer une asiophobie institutionnelle au mois de janvier avec des articles de presse allant jusqu'à parler de "retour du péril jaune?", qu'il cherche à se refaire une santé sur le dos d'autrui. Et quoi de mieux que l'Afrique? Le continent berceau de l'humanité compte relativement peu de cas de Coronavirus, mais la croissance de celui-ci, d'ailleurs souvent importé par des émigrés européens, suit une trajectoire exponentielle, à l'instar de ce qui se voit aux États-Unis, en Italie, en Espagne, en France, en Allemagne, au Royaume-Uni, etc.

L'Afrique, cobaye de l'Occident?!

Malgré tout, la tentation est (trop) grande pour tenter bien des choses envers l'Afrique. Dans une émission sur la chaîne française LCI, dans un échange entre deux médecins, l'un d'eux, Jean-Paul Mira, directeur du centre de réanimation de l'hôpital Cochin, pose ce qu'il appelle une provocation, à savoir tester le BCG, qui est un vaccin utilisé contre la tuberculose, comme vaccin contre le Coronavirus en Afrique, justifiant son idée du fait que le niveau de protection est faible et que des tentatives de vaccin contre le Sida étaient lancées auprès de prostituées africaines qui ne se protégeaient pas. Ce à quoi le Pr Camille Locht, directeur de recherche à l'Inserm, n'y voit pas d'opposition de principe.

Cette utilisation de l'Afrique comme cobaye de l'Occident face à cette pandémie a ulcéré les afro-descendant(e)s vivant en France, estimant que ça se sert une fois de plus des noirs de manière massive contre une maladie en insultant la dignité africaine (cf lien n°1). Même l'ancien footballeur camerounais Samuel Eto'o, comme d'autres, ne mâche pas ses mots après avoir vu cet échange audiovisuel laissé sans problème (cf lien n°2). En outre, dans l'extrait ci-dessus, le Pr Mira indique que faire le procédé en Occident rendait la lecture des résultats plus complexe en raison. Ce qui signifie ceci: "En Afrique, ça ne se protège pas, on peut y aller sans souci. Eldorado pour apprentis sorciers en vue. En Occident, vu le confinement pratiqué, on doit marcher sur des œufs si on tient à notre carrière dans la médecine". En tout cas, si cela se fait, l'industrie pharmaceutique peut se frotter les mains, comme à son habitude (cf lien n°3).

Dépendance active

Face à cette situation, comment les pouvoirs africains réagissent? Est-ce en mode volontariste, sans pour autant empêcher une coopération internationale ou est-ce en mode dépendant, acceptant tout et n'importe quoi de la part de pays extra-africains? Il est à craindre que la deuxième hypothèse soit la plus vérifiable. Et c'est la République démocratique du Congo (ex-Zaïre) qui donne le la. Vendredi 3 avril, lors d'une conférence de presse, le professeur Jean-Jacques Muyembe, virologue reconnu comme l'un des co-découvreurs du virus Ebola en 1976, chercheur dans des vaccins contre ce virus, ayant une grande réputation dans la médecine mondiale, appelé par le président Félix Tshisekedi à la rescousse pour diriger la cellule de riposte face au Covid-19, a indiqué que le Congo-Zaïre a été "choisi" parmi une liste de pays pour faire des essais cliniques d'un vaccin contre le Coronavirus. Le dit vaccin qui serait "produit soit aux États-Unis, soit au Canada, soit en Chine" (cf lien n°4). Étant d'origine congo-zaïroise, je suis ulcéré par cette prise de décision qui met en danger nombre de mes cousins et cousines pour que ça bénéficie au fond seulement aux personnes qui vivent en Occident. Moi y compris, tout comme les autres afro-descendants.

Mais cela résonne comme un aveu de faiblesse institutionnelle inscrite dans le long terme en Afrique car les indépendances fictives des années 1960 avaient peu d'infrastructures du temps de la colonisation, notamment des infrastructures hospitalières, que ces dernières n'ont pas ou ont peu été développées par des régimes corrompus et soumis au néocolonialisme occidental ou chinois, soit à travers des États, soit à travers des multinationales. En clair, une situation de dépendance active perdure depuis des décennies car les africains sont pris à la gorge, avec des structures économiques et sociales échappant au contrôle citoyen. Sans oublier les politiques d'austérité imposées par les instances internationales (Fonds monétaire international, Banque mondiale) depuis les années 1980. De quoi d'ailleurs pousser nombre d'africains à s'exiler vers l'Europe et à risquer d'y laisser leur peau, notamment dans la traversée de la Méditerranée, quand ça n'est pas de la mise en esclavage.

Toujours est-il que si le Coronavirus fait d'une récession mondiale une réalité, celle-ci sera plus sévère en Afrique, tant ça posera la question de la survie. Et si on rajoute le problème de l'invasion de criquets durant le mois de février et ses effets de long terme, la suite des événements promet d'être fort morose.

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