Renouer avec la vie d'avant? Pas question!

Publié le par JoSeseSeko

Photo: Capture d'écran

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En-dehors de l'annonce d'une prolongation du confinement jusqu'au 11 mai, l'allocution d'Emmanuel Macron reste vague sur la question de l'investissement dans les biens médicaux, le respect des normes sanitaires, les garanties pour des firmes menacées de faillite.

L'allocution du président Emmanuel Macron pour ce 13 avril 2020 était fort attendue, notamment par rapport à la date de fin du confinement. Et s'il faut retenir au moins une chose de cette séance de verbiage de près d'une demi-heure, c'est que le confinement total va durer jusqu'au 11 mai 2020 et qu'au-delà, une politique de déconfinement progressif se mettrait en place, avec notamment les réouvertures des crèches, des écoles, des collèges et des lycées. En outre, des mesures de soutien aux entreprises seront renforcées, notamment dans les secteurs de l'hôtellerie, de la restauration, de l'événementiel, ou encore de la culture car ces secteurs resteront inactifs jusqu'à mi-juillet, selon Macron. Ce qui fait que des festivals comme le festival d'Avignon, le Hellfest, Solidays, mais aussi le grand événement sportif estival qu'est le Tour de France cycliste, sont tout simplement annulés, tout comme le Grand prix de France de Formule 1 sera reporté (au moins). Reste à savoir si pour ces événements, les assurances feront leur boulot (ou pas).

Le 11 mai? Un leurre!

Déjà, en-dehors des autres sujets effleurés dans l'allocution présidentielle, il faut se questionner sur la pertinence de cette date du 11 mai. Elle signifie que le confinement total voulu en France et appliqué avec parcimonie depuis le 17 mars, serait d'une durée de moins de deux mois. Or, il est bon de rappeler que la ville de Wuhan, en Chine, point de départ de la pandémie du Covid-19, a été mise en confinement total, avec une rigueur militaire extrême, du 23 janvier au 8 avril. Soit environ deux mois et demi. Donc, le mac de l'Élysée veut nous faire que le confinement à la française serait plus court et plus efficace que ce la Chine a opéré strictement envers la ville de Wuhan. Bref, ça sent la morale suivante: "Il ne faut jamais prendre les gens pour des cons, mais il ne faut pas oublier qu'ils le sont"

En fait, parler du 11 mai est surtout pour que le pouvoir puisse tempérer l'humeur des affairistes, qui s'inquiètent de la prolongation du confinement même si ces derniers seraient sauvés, contrairement à des plus petites entreprises, en position de sacrifice. Et avec les ordonnances de fin mars, prolongeant le temps de travail hebdomadaire, permettant aux entreprises de réduire les congés payés et les RTT, on comprend mieux pourquoi le patronat tient à une reprise rapide de l'activité "normale" et le pouvoir compte agir en ce sens, si les conditions sanitaires sont de mise.

Car la date du 11 mai doit suffire pour le pouvoir exécutif pour acheter du temps face à une population confinée qui a vu combien ce pouvoir mensonger est aux fraises par aveuglement idéologique. Acheter du temps pour avoir suffisamment de masques pouvant être utilisés par l'ensemble des citoyen(ne)s et pas seulement les personnels de santé. Acheter du temps pour avoir suffisamment de biens médicaux capables de pouvoir tester plus massivement la population, même si Macron prévient que ces tests viseront des personnes présentant des symptômes et des personnes fragiles. Sait-il qu'une personne peut être atteinte du Coronavirus en étant asymptomatique? Il y a bien un problème! Acheter du temps pour que le déconfinement se fasse dans des conditions sanitaires correctes, notamment dans les entreprises et les services publics scolaires car ce retour progressif des élèves sert avant tout pour que les parents puissent retourner bosser. Par ailleurs, les étudiants ne retourneront pas sur les bancs de la fac et les vieux resteront confinés au-delà du 11 mai. Ce qui indique bien que le déconfinement sera progressif, en fonction des classes d'âge, des secteurs d'activité et des régions plus ou moins touchées par le virus.

Et tout cela sans qu'il y ait une sureté que le virus ait atteint le pic d'ici le 11 mai!

Poudre de perlimpinpin

En fait, cette séance de verbiage a consisté à sauver les meubles pour ce pouvoir qui n'a pas cessé de naviguer à vue et d'être en manque continu. Si Macron assure un renforcement du chômage partiel financé par l'État et d'autres dispositifs d'aides aux entreprises en difficulté (décalage des échéances bancaires) et qu'il y aurait de quoi refonder le pays, en utilisant même le verbe planifier, laissant miroiter l'idée d'un État stratège, c'est pour mieux disséminer de la poudre de perlimpinpin dans les esprits. De même qu'il clame que la question de l'annulation de la dette des pays africains serait à faire - c'est souhaitable - et qu'une autonomie stratégique se fasse dans l'Union européenne (UE), c'est encore pour mieux aliéner les esprits tant au sein de l'UE, les divergences restent profondément vivaces, vu que l'Allemagne et d'autres pays du Nord de l'UE refusent toute idée de mutualisation des dettes et de renoncement à des politiques d'austérité dont l'Italie et d'autres pays du Sud de l'UE prennent de plein fouet. Et ce, en dépit des vannes ouvertes par la Banque centrale européenne pour apporter des liquidités auprès de l'économie réelle, via les banques.

Si Macron a bien raison de dire qu'il "y a dans cette crise une chance", ce serait celle d'en finir avec la vie d'avant. Donc de mettre fin au capitalisme, mode de production mortifère, énergivore, totalitaire, malade et rendant malade ce qui l'entoure. Mais le pouvoir actuel, comme tant d'autres dans le monde, avec leurs singularités, est un obstacle à ce dépassement du capitalisme. Macron aura beau déployer des phrases laissant entendre qu'il aurait changé, il est un maillon de cette chaîne que de nombreuses personnes voudront faire sauter et faire payer l'addition (salée) à la classe dominante.

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