Un printemps sans sport

Publié le par JoSeseSeko

Photo: Flickr/Philippe Agnifili

Photo: Flickr/Philippe Agnifili

Avec l'épidémie du Coronavirus qui sévit sur l'ensemble de la planète qui tourne au ralenti, le monde du sport n'y fait pas exception et démontre que la logique capitaliste y est bel est bien imprégnée, pouvant renforcer certaines prises de position pour de la régulation, voire plus.

L'épidémie de Coronavirus ne laisse aucun répit aux gouvernements en place. À l'heure où j'écris ces lignes, 2.355.337 personnes ont été atteintes du Covid-19 dans le monde, et 162.013 d'entre elles en sont mortes, selon les données recensées par l'université John Hopkins. Soit un taux de létalité d'environ 6,9%. Mais, encore une fois, c'est à prendre avec des pincettes tant les tests ne sont pas massifs dans plusieurs pays, que leur fiabilité n'est pas totalement sûre et que le recensement des morts n'est pas complet selon les pays. Toujours est-il que cela conduit, vu le risque de contamination, à mener à une politique de confinement qui provoque une récession gigantesque, bien plus profonde que celle qui suivit la crise financière de 2008-2009. De quoi se dire que renouer avec la vie d'avant n'est pas souhaitable. Bien au contraire.

Le sport à l'arrêt

Et s'il faut une preuve de l'impact de cette crise sanitaire transformée en crise économique, c'est que le monde du sport, comme celui de la culture, y est touché de plein fouet. Contrairement à la crise financière de 2008-2009, le sport professionnel est à l'arrêt et vu son enjeu économique, il pourrait difficilement supporter une séance de prolongation du confinement. Si on prend l'exemple du football - ça marche aussi pour le rugby -, les championnats nationaux et les compétitions européennes sont stoppés depuis mi-mars. Les instances nationales ou européennes aspirent à vouloir terminer la saison coûte que coûte, sachant que le championnat d'Europe des nations de foot, initialement prévu en juin-juillet prochain a été reporté à juin 2021. Ce qui laisserait espérer de pouvoir terminer la saison vers juillet, voire début août. Quitte à ce que ce soit à huis clos car, dans le cas de la France, les lieux de rassemblement sont interdits jusqu'à mi-juillet. Mais même dans ce cas de figure, rien ne permet d'éviter à ce que des joueurs, des membres du staff d'un club ne soient pas atteints par le virus et qu'un nouvel arrêt s'impose de soi, générant un manque à gagner pour les clubs pros.

Ce problème s'est observé dans un autre sport, à savoir la Formule 1. Alors que l'ensemble du paddock était en place en Australie, à Melbourne, pour ouvrir la saison 2020, la révélation d'un cas positif de Coronavirus au sein de l'écurie McLaren a poussé, à la dernière minute, l'ensemble des écuries à devoir annuler le Grand prix d'Australie. Ce qui fait que la saison de F1 ne s'est toujours pas lancée. D'ailleurs, ce dimanche 19 avril devait être celui où aurait eu lieu le Grand prix de... Chine. Or, comme le Covid-19 venait de l'ex-Empire du milieu, il a été le premier du calendrier de F1 à être reporté.

Saison blanche à l'horizon?

Ce qui fait qu'avec cet arrêt du sport, une question se pose. Est-ce une saison blanche qui se pointe à l'horizon? Se positionner pour ça est problématique dans le monde du foot - comme dans d'autres sports fonctionnant comme le calendrier scolaire -, car ce serait annuler tout ce qui a été fait depuis le début de la saison. Le président de l'Olympique lyonnais (OL), Jean-Michel Aulas, avait pris ce genre de position pour le moins opportuniste de sa part car son club est dans le ventre mou du championnat cette saison et une saison blanche permettrait à l'OL de rejouer la Ligue des champions la saison prochaine, avec les émoluments qui vont avec. Et ce, contrairement à l'Olympique de Marseille (OM), actuel deuxième du championnat et potentiellement qualifié directement pour la Ligue des champions l'an prochain. De quoi donc fâcher Jacques-Henri Eyraud, qui voit cette position de Aulas comme une provocation envers l'OM, pour qui cette qualification à la Ligue des champions ferait du bien à ses finances, tant le club est dans le viseur du fair-play financier. En tout cas, en Belgique, la ligue de foot pro a décidé de considérer le classement du championnat à la dernière journée jouée comme le classement définitif, et l'Union des associations européennes de football (UEFA) a fait brandir la menace d'expulsion de toute compétition européenne envers tout championnat qui oserait agir de la même manière que les belges.

Du côté de la Formule 1, la chose qui est certaine est que tous les Grand prix prévus jusqu'en juillet ont été au moins reportés à une date ultérieure, notamment le Grand prix de France et le Grand prix de Monaco. Mais en-dehors de ça, l'objectif cherché par les instances de la F1 est de respecter au maximum le calendrier, quitte à ce qu'il soit resserré et étendu jusqu'en décembre, avec des courses, notamment en Europe, pouvant se dérouler chaque semaine, avec possibilité de huit clos. Pourquoi? Parce que les écuries, notamment les plus petites, souffrent de cette situation. Par exemple, l'écurie Alpha Tauri (ex-Toro Rosso) estime qu'une absence de GP disputé lui génère un manque à gagner de deux millions d'euros. Par ailleurs, la réglementation technique, prévue pour changer en 2021, est repoussée à 2022, voire 2023, tant la situation économique des écuries s'est fragilisée avec le Covid-19 continuant à sévir.

Supporters: vaches à lait ou acteurs politiques?

L'idée d'organisation d'épreuves sportives à huis clos fait que les supporters se rendant dans un stade ou sur un circuit ne s'y rendront pas et que les services télévisuels devront fournir les images. Or, les chaînes de télé seraient tentées de revoir leurs tarifs à la hausse, vu le contexte, et en profitent pour ne pas reverser aux équipes sportives les droits TV, fragilisant ces dernières, notamment dans le cas du foot. Mais reprendre "coûte que coûte" est un mépris de classe affiché envers les supporters les plus lucides, notamment les groupes ultras, qui voient combien ce foot bourgeois voit les supporters comme des vaches à lait à aliéner et une tribune signée par la majorité des groupes ultras de clubs pros français illustre combien faire comme d'habitude de la part des clubs est abject et qu'en finir avec est nécessaire.

En clair, les supporters doivent agir en acteurs politiques du sport professionnel. Et cela par une immersion dans la gouvernance des clubs, dans le cas du foot, avec le modèle des socios, qui est important en Espagne ou en Amérique latine, mais quasi inexistant en France. Du côté de la F1, est-ce que les fans de ce sport automobile seraient tentés de défendre le changement de réglementation financière, introduisant un plafonnement budgétaire envers toutes les équipes à partir de 2021, fixé initialement à 175 millions de dollars (160,9 millions d'euros) mais dont plusieurs écuries souhaiteraient abaisser à 130 millions de dollars (119,5 millions d'euros), ce qui irrite deux grandes écuries, Ferrari et Red Bull. Sachant, par ailleurs, que les salaires des pilotes et des trois membres les mieux payés d'une écurie ne sont pas compris dans ce plafond budgétaire.

Bref, il y a de quoi réfléchir à un nouveau monde, dans tous les domaines.

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