Un couvre-feu délétère par un pouvoir qui met sur les nerfs

Publié le par JoSeseSeko

Photo: Capture d'écran

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Les annonces faites par Emmanuel Macron lors de son interview du 14 octobre donnent l'image d'une séquestration de la population pour mieux masquer le manque de réajustement structurel de la part du pouvoir actuel, et ainsi surveiller un espace public qui promet d'être tendu dans les prochaines semaines.

Après les restrictions liées au signal d'alerte maximale, explicitées par le ministre de la Santé Olivier Véran fin septembre, concernant progressivement l'ensemble des grandes villes françaises, une étape est franchie avec l'instauration du couvre-feu dans huit grandes villes et l'ensemble de la région Île-de-France, de 21h à 6h du matin, à partir du samedi 17 octobre, comme l'a annoncé le président Emmanuel Macron durant l'interview qu'il a accordée aux journalistes Gilles Bouleau (TF1) et Anne-Sophie Lapix (France 2), mercredi 14 octobre. Ce couvre-feu prévu pour durer au moins quatre semaines, pourrait être prolongé de deux semaines si le Parlement donne son accord (cf lien n°1).

Punir les loisirs

Bien entendu, plusieurs secteurs, tels l'hôtellerie, la restauration, l'événementiel, la culture, les sports, vont se retrouver encore plus dans le rouge, sachant que le confinement ne les avait pas épargné au printemps dernier. Par exemple, les restaurants seront fermés le soir, tout comme les salles de théâtre ou de cinéma, ou les événements sportifs se dérouleront à huis clos. Par conséquent, le locataire de l'Élysée a annoncé qu'ils bénéficieront pleinement du recours au chômage partiel, histoire de pouvoir quelque peu les maintenir la tête hors de l'eau.

Mais l'image qui est renvoyée, c'est que ces secteurs économiques, qu'on associe volontiers à des loisirs offrant une certaine bouffée d'air frais pour des personnes travaillant dans des secteurs aux horaires plus traditionnels, seraient responsables de la recrudescence des cas de Covid-19 en France ces dernières semaines et que pour cette raison, c'est eux qui prendraient cher. Sans oublier les soirées en famille ou entre amis, elles aussi mises à l'index avec le couvre-feu. Et pourtant, les transports en commun ou les sites d'entreprise (bureaux, usines, commerces) ne sont pas moins risqués que les restos. Au contraire même, selon un article du journal le Parisien se basant sur les données de Santé publique France sur le recensement des foyers de contamination montrant que les entreprises (publiques ou privées) et les milieux éducatifs (école, université) sont les deux principales zones où le Coronavirus y trouve ses aises (cf lien n°2).

Contrôle social masqué

Dans la communication présidentielle, l'instauration du couvre-feu se veut être un contrôle sanitaire pour faire ralentir la circulation du virus. Il invoque d'ailleurs l'exemple du couvre-feu instauré en Guyane dont l'efficacité en matière de lutte contre la pandémie serait effective selon l'Agence régionale de santé en Guyane (cf lien n°3). Mais ça donne également l'image d'un contrôle social, donnant toute latitude aux forces de l'ordre social de réprimer à leur guise, avec l'aval du gouvernement, tout en demandant toujours plus de pouvoirs en matière de répression. Et quelque part, avoir organisé un couvre-feu en Guyane ou dans d'autres départements outre-mer (Guadeloupe, Mayotte), sous couvert d'expansion de la pandémie, fait que ces espaces, trop éloignés pour poser un regard critique sur ce qui s'y passe, et structurellement peu dotés - racisme institutionnel made in France oblige -, fait qu'ils ont servi de "cobayes" pour que le couvre-feu soit ensuite appliqué dans l'Hexagone, une fois l'efficacité constatée.

Et qui va être davantage exposé aux contrôles policiers? Les prolétaires vivant en banlieue, vu que les déplacements entre lieu d'habitation et lieu de travail y sont importants, ainsi que le volume horaire de travail. Et quand bien même il y aurait des dérogations ou des attestations, notamment pour le travail de nuit, pas sûr que les policiers en tiennent compte. Encore plus si ces travailleurs/travailleuses ont des racines extra-européennes. Ce qui n'a pas manqué d'être raconté durant le confinement du printemps dernier (cf lien n°4). Par conséquent, si des personnes de la classe moyenne ou de la bourgeoisie tiennent à vivre comme d'habitude, elles auront tout intérêt à fuir les grandes villes concernées par ce couvre-feu pour aller dans des villes de moindre taille pour continuer leurs loisirs, d'autant plus que les vacances de la Toussaint approchent à grand pas.

Mais tout cela montre combien l'offre médicale n'a guère pu évoluer dans sa structure, ces derniers mois. Si un rattrapage a été mené en matière de production de masques et de fournitures de tests, il n'en reste pas moins que la fiabilité des tests n'est pas certaine à 100%. Mais surtout, le laps de temps entre la fin du confinement et l'annonce du couvre-feu n'a pas permis d'augmenter les capacités structurelles de l'hôpital public, c'est-à-dire une augmentation du personnel hospitalier, un plus grand nombre de lits de réanimation, voire un plus grand nombre d'hôpitaux. C'est dire si on risque de payer pour longtemps le dépeçage de l'hôpital public devant un rebond de l'épidémie.

Ce qui augmente l'exigence de comptes à rendre de la part de membres (actuels ou passés) du gouvernement dans la gestion de la crise sanitaire, et les perquisitions chez Olivier Véran, Jérôme Salomon - directeur de la santé -, Agnès Buzyn - ancienne ministre de la Santé -, ou Édouard Philippe - ancien Premier ministre - (cf lien n°5), incitent à aller dans ce sens

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