La carotte du déconfinement et le bâton du couvre-feu

Publié le par JoSeseSeko

Photo: Capture d'écran

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Le discours du président montre un déconfinement par étapes et fort dépendant de l'évolution de la pandémie dans l'hexagone, en faisant reposer la responsabilité individuelle sans remise en question politique d'un pouvoir qui a bien profité pour virer dans un sens a-démocratique, voire autoritaire.

"Il faut sauver les dépenses pour les fêtes". Voilà l'enjeu fixé par Emmanuel Macron dans son allocution du 24 novembre, où la saison 2 du confinement, en place depuis le 30 octobre, laisserait la place à un couvre-feu de 21h à 7h, sauf lors des réveillons de Noël et du jour de l'an, où une pleine liberté de circulation sera établie. Ce qui signifie que jusqu'à cette date, les attestations demeureront en vigueur mais il faut souligner qu'il y a une étape préliminaire, commençant le 28 novembre prochain, avec la réouverture de commerces, histoire de sauver les apparences pour la période des fêtes de fin d'année (cf lien n°1).

5.000 contaminations/jour

Cela étant, il y a une double condition à ce déconfinement édictée par Macron. La première est que le nombre de contaminations au quotidien ne dépasse plus les 5.000 cas à partir du 15 décembre. Or, ces derniers jours, il était enregistré 20.000 nouveaux cas quotidiens. La deuxième est que le nombre de patients en réanimation soit au maximum de 3.000 le 15 décembre, contre 4.300 ce 24 novembre. Ce qui signifie une division par 4 du nombre de cas/jour et une chute de 30% du nombre de patients en réanimation dans les trois semaines à venir. Une façon de vérifier si le proverbe "impossible n'est pas français" a encore du sens!

Si cette double condition est remplie, il y aura réouverture de salles de théâtre, de salles de cinéma par exemple. Il n'en reste pas moins que certaines activités resteront fermées. En l'occurrence les bars, les restaurants, les salles de sport par exemple, pour qui la réouverture serait envisagée pour le 20 janvier 2021, par souci de recul par rapport aux fêtes de fin d'année et des effets des mesures de déconfinement à observer selon Macron. Et à cet égard, un prolongement des aides publiques pour ces secteurs d'activités, soit de 10.000 euros par mois, soit de 20% de leur chiffre d'affaires de l'année 2019. S'il souligne une possibilité de vaccination, avec une campagne massive visant notamment les personnes âgées, fragiles, à partir de la fin décembre au cas où des vaccins seraient validés par les autorités sanitaires, le locataire de l'Élysée affirme ne pas rendre le vaccin contre le Coronavirus obligatoire dans un pays comptant plus de 50.000 morts de cette pandémie et où les doutes sur les vaccins en général sont non négligeables.

État irresponsable, autoritaire?

La philosophie de tout ceci reste teinté de libéralisme (pour les nuls) et d'individualisme quasi punitif. En effet, Macron insiste sur la responsabilité individuelle des Français(es), histoire de les considérer, une fois encore, comme des enfants, tout en masquant - c'est un euphémisme! - le manque structurel en raison d'un dépeçage d'un hôpital public décimé depuis plusieurs années, que ses membres ont tiré la sonnette d'alarme avec en retour du mépris gouvernemental, quand ça n'est pas de la répression policière, et que les malades d'autres maladies sont au second plan. Ayant un proche malade d'un cancer, je parle en connaissance de cause. De même que cette pandémie a illustré le côté mortifère de la mondialisation, qui a profondément désindustrialisé le pays et voilà que Macron, le libéral européen, entend jouer le coup de la souveraineté. Ce qui n'est pas crédible avec lui.

Puis le contexte sanitaire permet quand même de se montrer répressif à souhait et d'illustrer le caractère institutionnellement a-démocratique de la république française, à travers la police (milice). Durant le premier confinement, cet "État dans l'État" menait dans la pratique une répression impunie, avec un fond de racisme institutionnel car visant le prolétariat dans sa large composante, mais tout particulièrement un prolétariat non-blanc. Avec ce second confinement, l'impunité policière en est même légalisée avec la proposition de loi sécurité globale qui menace d'amende et de prison toute diffusion d'images de violences policières. Ce qui signifie une menace intérieure sur la liberté de la presse, un bras d'honneur fait à la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen de 1789, et une future impossibilité de montrer des images de répression car les journalistes sont devenus des cibles pour la police, comme en atteste le défouloir des flics lundi 23 novembre sur la place de la République. Or, ce mardi 24 novembre, l'Assemblée nationale a voté majoritairement pour l'adoption de la proposition de loi sécurité globale. La majorité présidentielle (En marche) et la droite (Les Républicains) se sont massivement mobilisées pour. De quoi effectivement penser que la France vire dans une direction autoritariste, n'ayant rien à envier à la Russie ou à la Turquie sur ce point (cf lien n°2).

Comme quoi, Charles de Gaulle, instigateur de cette Ve République a-démocratique à envoyer à la retraite, avait raison: "les Français sont des veaux!"

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