Carton rouge général!

Publié le par JoSeseSeko

Photo: Twitter

Photo: Twitter

Le feuilleton entre le groupe médiatique chinois et la Ligue de football professionnel se termine, le 11 décembre, avec l'arrêt de la chaine Téléfoot et une nouvelle redistribution des droits télé à faire en urgence pour un foot français en crise.

Une supercherie à grande échelle! Voilà ce à quoi correspond désormais Mediapro, groupe médiatique sino-espagnol, qui était devenu diffuseur du championnat de France de football depuis le début de la saison actuelle (2020-2021) et qui depuis le mois d'octobre n'honorait plus ses engagements en matière de droits télévisuels envers la Ligue de football professionnel (LFP), et les clubs de Ligue 1 par ricochet. Vendredi 11 décembre, la LFP et Mediapro ont trouvé un accord de sortie, cassant le contrat des droits télé où Mediapro devait s'acquitter de plus de 800 millions d'euros par an jusqu'en 2024. La LFP récupère les droits télé pour pouvoir les revendre contre un dédommagement d'au moins 100 millions d'euros de la part de Mediapro (cf lien n°1). C'est dire si ce dernier s'en tire bien!

Incompétence française!

Face à ce fiasco, à qui doit-on dresser le carton rouge? En premier lieu, évidemment, au groupe Mediapro, à son président Jaume Roures, qui ont basé leur modèle économique sur l'idée que les suiveurs de la L1 et de la L2 paieraient 25 euros par mois pour suivre les clubs français en championnat, avec pour objectif d'avoir 3.500.000 abonnés minimum pour que ce soit rentable. À l'heure actuelle, il n'y en a que 600.000, selon Mediapro, et avec l'accord, signant la fin de la chaîne Téléfoot qui est l'émanation du groupe Mediapro, il faudra dédommager également les abonnés. Ça promet des suites judiciaires tout ça (cf lien n°2). En tout cas, les journalistes, technicien(ne)s de Téléfoot se retrouvent sur le carreau et hormis certain(e)s d'entre eux/elles, Pôle emploi fera office de foyer pour un moment.

Mais un autre carton rouge est à adresser envers la LFP et les dirigeants de clubs. Après tout, ils ont tout fait pour surenchérir, et déconnecter avec la réalité du terrain, la valeur de la Ligue 1 et n'ont pas cherché à s'assurer des garanties financières en cas de problème pour le diffuseur. De même, ce qui est accablant pour parler d'une incompétence française, c'est qu'en 2018, année où l'accord de diffusion avec Mediapro a été signé pour la période 2020-2024, le même groupe de médias avait été rebouté par la Ligue italienne de foot professionnel par rapport aux droits télé de la Serie A, pour manque de garanties financières. Ce qui aurait dû mettre la puce à l'oreille de Nathalie Boy de La Tour, présidente de la LFP à l'époque, de Didier Quillot, directeur général de la LFP, ainsi que des présidents de clubs ayant joué un rôle dans la négociation des droits télé, tels Jacques-Henri Eyraud (Olympique de Marseille) ou Jean-Michel Aulas (Olympique Lyonnais). D'ailleurs, Quillot annonce rendre le bonus (500.000 euros) qu'il reçut suite à la signature de cet accord fumant entre la LFP et Mediapro en 2018. Ça fait une belle jambe pour les amoureux du foot!

Canal+ en sauveur radin?!

Il n'en reste pas moins que cette histoire est révélatrice d'une gestion à l'emporte-pièce des clubs en France. À force de voir des droits télé exploser depuis plusieurs décennies et dans l'idée de rattraper, par ce biais, les clubs anglais, espagnols, allemands ou italiens, les instances du foot français ont accentué une dépendance financière des clubs envers les droits télé. Si des clubs comme le Paris Saint-Germain, l'Olympique de Marseille, l'Olympique Lyonnais ou l'Association sportive de Monaco par exemple, ont une dépendance limitée - mais non négligeable - envers les droits télé dans leurs revenus annuels (hors transferts), d'autres clubs ressentent un besoin essentiel d'avoir les droits télé dans leur poche, comme le Lille olympique sporting club ou le Nîmes olympique car les droits télé correspondent à au moins 60% de leurs revenus annuels (hors transferts). Ce qui est juste un suicide économique, d'autant plus que dans le contexte de crise sanitaire transformée en crise économique, les clubs ne peuvent pas compenser par les recettes de billetterie étant donné que les matchs se déroulent à huis clos et que ça promet durer jusqu'au 7 janvier 2021, voire même au-delà vu comment le pouvoir actuel est dans les choux dans sa gestion de la crise liée au Coronavirus.

Et Canal+, diffuseur historique de la Ligue 1 depuis la création de la chaîne cryptée (1984), est appelé à la rescousse pour sauver les meubles. Mais cette dernière le fera à moindre frais, promettant une offre de 590 millions d'euros et 100 millions supplémentaires si la chaîne voit un afflux d'abonnés. Après, charge à la LFP, présidée depuis septembre par Vincent Labrune, ancien sinistre président de l'OM, de voir si elle se contente de cette offre ou bien, de pousser les chaînes Canal+ et Bein Sport à formuler une offre couplée, afin d'encore plus limiter la casse et de se donner bonne conscience.

En tout cas, cette histoire est un aveu d'une inculture économique profonde!

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article