Passeport vaccinal ou apartheid continental?

Publié le par JoSeseSeko

Photo: Flickr/Gérard Colombat

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L'idée d'une instauration d'un passeport vaccinal, pour vouloir relancer le tourisme et d'autres activités économiques au sein de l'Union européenne, fait son chemin et peut être inquiétante sur la question de la liberté et des droits humains.

À l'heure où j'écris ces lignes, le Coronavirus a contaminé plus de 115 millions de personnes dans le monde, selon les données recensées par l'université John Hopkins, dont plus de 2,5 millions d'entre elles en sont mortes. Soit un taux de létalité d'environ 2,2%. Le continent européen est un des principaux lieux de propagation du virus depuis un an et les pays de l'Union européenne font face à une crise qui défie encore la robustesse des institutions européennes et des pays membres de l'espace communautaire, avec une tendance assez commune à mettre en place des couvre-feux , quand il ne s'agit pas de confinement, dont l'impact économique oblige désormais les gouvernements des pays membres de l'UE à vouloir éviter de relancer cette mesure, sauf peut-être de manière locale.

Passeport vaccinal

Mais depuis le 27 décembre, tous les pays de l'UE ont lancé leur campagne de vaccination contre le Coronavirus, à un rythme bien différent. Notamment en France, où le mode diesel était en place début janvier - cohérent dans un pays où les voitures diesel sont majoritaires - et suscitait le ridicule à côté de voisins tels l'Italie, l'Allemagne, la Belgique ou l'Espagne par exemple. Mais ces dernières semaines, l'accélération de la vaccination dans l'Hexagone fait qu'en valeur absolue, près de cinq millions de Français - sachant que les plus de 65 ans, voire plus de 75 ans sont prioritaires - ont été vaccinés contre la Covid-19. Soit un peu plus que les Italiens ou les Espagnols. Mais en pourcentage de la population, ça correspond à 7,4% de la population globale en France. En-deçà de pays comme l'Italie, l'Espagne ou l'Allemagne, mais aussi de pays comme la Grèce, la Hongrie, la Suède ou le Portugal (cf lien n°1).

Et dans ce contexte de vaccination progressive, l'idée d'un passeport vaccinal refait surface, par la voix de la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, qui compte présenter courant mars un projet de passeport vaccinal auprès du pouvoir législatif pour permettre une circulation des personnes dans l'UE pour le travail ou pour le tourisme. Actuellement, pour se déplacer dans un pays de l'UE, il faut présenter un test PCR négatif daté de moins de 72h et si on fait un séjour de plus de 48h, une mise en quarantaine s'imposera dans le pays d'arrivée et au retour dans le pays d'origine. Je parle en connaissance de cause puisque mon oncle vivant en Belgique a passé un test PCR heureusement négatif la veille de l'enterrement de mon père pour pouvoir venir en France, assister à la cérémonie le lendemain et devoir repartir presque aussitôt pour éviter de subir une quarantaine une fois rentré en Belgique.

Apartheid en marche?

Cela étant, mettre en place un passeport vaccinal n'est pas chose aisée. Pourquoi? Parce que ses contours sont flous. S'agit-il d'un passeport pour pouvoir aller à l'étranger (UE ou hors-UE) en présentant une vaccination réalisée ou un test PCR négatif daté de moins de 72h et valable pour telle durée? S'agit d'un passeport non seulement pour l'extérieur, mais aussi pour l'intérieur d'un pays membre de l'union, interdisant certaines activités sociales, culturelles à des personnes ne présentant pas de vaccination effectuée ou de test PCR négatif réalisé? Une question éminemment politique et en France, les divisions sont visibles (cf lien n°2). Et ce, d'autant plus que fin décembre, l'idée avait été formulée dans une proposition de loi à l'Assemblée nationale et qui a été mise à la poubelle par la suite.

Puis, il faut se le dire, une telle mesure que le passeport vaccinal, surtout si la dimension intérieure est comprise dedans, ce n'est ni plus ni moins que de l'apartheid, à l'instar du régime que connut l'Afrique du Sud de 1948 à 1991, où les noirs devaient montrer un passeport intérieur pour pouvoir circuler dans leur pays. Une discrimination synonyme de restriction de libertés, de diminutions de droits (cf liens n°3, n°4). Au niveau français, ça signifierait que les vieux seraient autorisés à sortir pour aller au ciné, au théâtre, au restaurant, mais pas les jeunes, vu que la politique de vaccination vise prioritairement les plus vieux, qui sont plus sujets à être contaminés et à mourir du Coronavirus - ce qui est une politique assez cohérente de la part du gouvernement, reconnaissons-le -. Mais ceci entérine une fois encore que la liberté n'est que fonction du capital car un prolétaire, même vacciné, ne va pas avoir forcément les moyens de se déplacer qu'un bourgeois, quand bien même ce dernier ne se serait pas vacciné.

Enfin, mettre en place un passeport vaccinal sous-entend indirectement une vaccination obligatoire. Or, malgré tous les discours rassurants sur les vaccins actuellement mis en circulation, leur efficacité face au Coronavirus, et notamment ses mutations, fait planer le doute pour nombre de citoyen(ne)s susceptibles de se faire vacciner et qui préfèrent se dire de manière cartésienne: "dans le doute, abstiens-toi". Un comportement qui montre qu'ils se posent rationnellement des questions, comme il leur est d'ailleurs demandé d'agir de la sorte sur le reste de la vie en société et que rares sont des antivax, contrairement à ce qui peut être dit médiatiquement ou politiquement (cf lien n°5).

En tout cas, les nerfs sont à vif et la moindre étincelle, comme aux Pays-Bas fin janvier, peut tout faire sauter.

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