Une semi-hibernation en continu

Publié le par JoSeseSeko

Photo: Flickr/Célia Consolini

Photo: Flickr/Célia Consolini

Le régime de couvre-feu, d'abord à partir de 20h, puis à partir de 18h depuis le 16 janvier, en France semble de plus en plus afficher ses limites face aux mutations du Coronavirus, tout en mettant les nerfs à vif tant l'horizon d'une sortie de ce régime de semi-hibernation semble lointain, malgré les annonces gouvernementales.

Peut-on imaginer un retour à une "vie normale" à partir de la mi-avril, comme l'a annoncé Gabriel Attal, porte-parole du gouvernement, le 3 mars dernier? Cet horizon donné pour calmer les esprits qui sont à vif avec le couvre-feu, instauré depuis le 17 octobre d'abord à 21h, puis à 20h sur le mois de décembre, et enfin à 18h depuis le 16 janvier, semble de plus en plus lointain et mensonger, si on se réfère aux propos du Dr Axel Kahn, assez critiques à l'égard de cette prise de parole. Mais surtout, la dynamique du Coronavirus en France n'est pas rassurante car il n'y a pas de décrue en matière de nouvelles personnes atteintes du virus et de personnes devant aller en réanimation, bien que le nombre de décès, par bonheur, suit une trajectoire déclinante, comme l'indiquent les différents graphiques ci-dessous.

Tension hospitalière

D'ailleurs, la question des places en réanimation fait que des transferts de patients doivent s'organiser entre les différentes régions, où la pandémie gagne du terrain de manière "inquiétante" selon le ministre de la Santé Olivier Véran, estimant que c'est en raison de la présence du variant anglais du Coronavirus, devenu majoritaire sur le sol français (cf lien n°1). Et tout particulièrement en Île-de-France, où les services de réanimation tendent à être débordés et où l'agence régionale de santé a demandé aux hôpitaux et cliniques franciliens de déprogrammer 40% de leurs activités médicales et chirurgicales les moins urgentes.

Preuve s'il en est, hélas, que le dépeçage de l'hôpital public durant plusieurs années, voire décennies, expose un secteur débordé et faisant ce qu'il peut pour limiter les dégâts de la crise sanitaire, mais sans pouvoir pleinement la résorber tant le manque de moyens globaux est visible aux yeux de tous.

Confiance (aveugle) à AstraZeneca

Par ailleurs, le ministre de la Santé en a profité pour affirmer qu'il n'y a pas à suspendre la circulation du vaccin produit par le laboratoire AstraZeneca, en écho à la suspension effectuée par précaution en Autriche, au Danemark, en Norvège, suite à l'observation de formation de caillots sanguins chez des patients après avoir reçu une première dose du vaccin AstraZeneca (cf lien n°2). Un coup dur supplémentaire pour le laboratoire puisqu'en février dernier, le vaccin AstraZeneca a été retiré en Afrique du Sud, les autorités sanitaires locales estimant une grande inefficacité face au variant sud-africain du Coronavirus.

De quoi par ailleurs remettre en cause le verbiage gouvernemental, qui assure que le vaccin AstraZeneca est "sûr et fiable" pour mieux masquer la problématique de la vaccination en France vu qu'en pourcentage de la population, elle vaccine moins que des pays comme l'Autriche, l'Italie, l'Allemagne, la Suède, la Roumanie, le Portugal, la Finlande, l'Espagne, la Pologne, la Grèce, la Norvège, le Danemark, la Hongrie ou encore le Royaume-Uni (cf lien n°3). Encore heureux que le vaccin proposé par le laboratoire Johnson & Johnson a été validé par l'agence européenne du médicament, portant à quatre le nombre de vaccins contre le Coronavirus actuellement proposés sur le vieux continent et un outil supplémentaire pour l'objectif du gouvernement français d'atteindre la barre de 10 millions de personnes vaccinées d'ici mi-avril.

Confinement local à tendance nationale?

En attendant, le couvre-feu perdure, mais dont le manque patent d'efficacité pousse le gouvernement, ces dernières semaines, à une stratégie territoriale à géométrie variable, vu l'hétérogénéité des situations face à la pandémie au sein de l'Hexagone. Et un an après avoir fait un premier confinement, l'idée de recourir une troisième fois à cette mesure n'est pas du goût du pouvoir actuel, tant elle laisse sur le flan des pans entiers de l'économie - les restaurateurs et le monde de la culture en savent quelque chose -. Si des confinements locaux, dans le Pas-de-Calais, dans les Alpes-Maritimes, dans la ville de Dunkerque, sont mis en place pour le weekend car la virulence de l'épidémie est forte, il est à se demander si cette tendance va se nationaliser ou pas. L'Île-de-France, où le virus est particulièrement actif, n'est pas encore en mode confinement et vu la tendance, il serait curieux que le gouvernement ne confine pas cette région quand il s'agit des weekends. Mais le coût économique, social et politique envers la région la plus riche et la plus peuplée de France semble être un frein puissant.

D'un autre côté, les départements et régions de l'Ouest du pays, où le virus semble être moins envahissant, pourraient mériter une baisse des restrictions - réduction du couvre-feu, expérimentation de réouverture de restaurants, de bars, de lieux culturels, etc. -. Mais ça ne rentre pas dans l'esprit gouvernemental. Par conséquent, il y a de quoi ne plus être vraiment incité à jouer le jeu des autorités et à s'exaspérer des contradictions régulières du pouvoir dans sa gestion de la crise sanitaire, faisant hiberner de force une population qui sature par rapport à cette situation.

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