Une coalition rouge-rose-verte en place

Publié le par JoSeseSeko

Photo: Flickr/ISHTA

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La signature de l'accord entre la France insoumise et le Parti socialiste pour les élections législatives de juin prochain offre une perspective positive à l'idée que la gauche gagne les législatives et qu'Emmanuel Macron se retrouve en cohabitation. Mais faut-il encore transformer l'essai et faire digérer au sein des différents partis alliés.

"Au secours, la gauche revient!" C'est probablement ce que se disent les politicien(ne)s, de l'aile droite du Parti socialiste (PS) au Front national - pardon, Rassemblement national -, ainsi que la quasi-totalité des chiens de garde - journalistes (de salon), (pseudo)-philosophes, économistes orthodoxes, etc. -, avec les discussions puis finalement les accords bilatéraux trouvés entre la France insoumise (FI) et le Parti socialiste, ce mercredi 4 mai, sous couvert d'une ratification par le Conseil national du PS, comme l'indique le communiqué de la FI sur ce sujet (cf lien n°1).

Concession ou hégémonie?

En tout cas, les discussions au sein de la gauche, débutées durant l'entre-deux-tours de l'élection présidentielle, ont mené bon train et à la différence de 2017, où l'idée d'une coalition rouge-rose-verte était possible mais vite jetée à la poubelle, celle-ci a désormais de la consistance matérielle et en raison du résultat de Jean-Luc Mélenchon au premier tour de la présidentielle, la FI demeure l'axe et avait la tâche d'ouvrir les négociations. Mais heureusement, cela a abouti à trois accords bilatéraux - avec Europe Écologie/Les Verts dans la nuit du 1er au 2 mai; avec le Parti communiste (PC) le 3 mai, jour anniversaire de la victoire du Front populaire; et enfin avec le PS le 4 mai -.

Au niveau de la répartition dans cette Nouvelle union populaire, écologique et sociale (NUPES), 100 circonscriptions (sur 577) verront un candidat de la coalition issu d'EELV, 50 autres auront un candidat de la coalition issu du PC, puis 70 circonscriptions où la coalition NUPES aura un candidat issu du PS. Au niveau programmatique, chaque partie prenante a dû mettre de l'eau dans son vin pour que l'accord se fasse. Par exemple, sur la question européenne, où la FI a une approche différente de celle d'EELV et du PS; ou encore sur le nucléaire, où la FI et le PC se sont fortement opposés ces derniers mois. Et l'essentiel, notamment pour la FI, qui forme l'axe de cette coalition, c'est qu'un socle de mesures puisse être lancées en cas de victoire aux législatives telles l'abrogation de la loi El Khomri, le blocage des prix des produits de première nécessité, le droit à la retraite à 60 ans pour tou(te)s, le Smic à 1.400 euros, l'abrogation des lois séparatisme et sécurité globale, l'établissement de la VIe République, etc.

Mais ces mesures, grandement issues du programme présidentiel de la FI, défendu par Mélenchon, entérinent aux yeux de certains observateurs ou de militant(e)s des partis alliés à la FI une hégémonie de cette dernière sur le reste de la gauche française. En outre, reste à s'assurer qu'il y a une proportion suffisante de circonscriptions "gagnables" pour que chacun des partis alliés dans la NUPES puisse former un groupe parlementaire à l'Assemblée nationale après les législatives (cf lien n°2). De même que pour des militants de base, se retrouver à défendre un candidat qui ne leur plait pas sera dur à digérer, au nom de l'accord trouvé. Typiquement, un militant insoumis ou communiste va difficilement digérer le fait de faire campagne pour un candidat de la NUPES issu du PS. Ou bien, des militants communistes devant soutenir dans leur circonscription un candidat insoumis comme le journaliste Taha Bouhafs du côté de Vénissieux (Rhône) (cf lien n°3).

Transformer l'essai

Malgré qu'il y ait des accords de trouvés, faire fonctionner cette coalition en un peu plus d'un mois ne sera pas chose aisée, tant les ressentiments, les rancœurs, ne seront pas effacés de sitôt. Mais vu le (mauvais) remake auquel on a eu droit entre Emmanuel Macron et Marine Le Pen pour le second tour de l'élection présidentielle, il serait temps de pisser sur ces deux flammes menaçant d'incendier la France, à leur manière. Et si cela doit faire enrager les fraternalistes, qu'ils soient au PS, au PC, à EELV ou ailleurs à gauche, ces derniers étant prompts à suivre les paternalistes de droite et d'extrême-droite, tant mieux! Ce sera la preuve que la gauche a retrouvé une meilleure santé. Et ce, même s'il reste des points de crispation comme l'absence d'accord avec le Nouveau parti anticapitaliste (NPA), qui était pour l'idée d'une coalition à condition d'éviter un accord avec le PS. Mais vu la tournure des événements et comme le PS a un ancrage local important, le NPA ne semblera pas disposé à vouloir rejoindre cette coalition.

En tout cas, c'est un essai qui a été marqué, pour prendre une métaphore rugbystique. Reste maintenant à le transformer en juin prochain, dans l'objectif d'arriver à être majoritaire à l'Assemblée nationale. Mais à l'instar du Front populaire de 1936, la pression de la rue doit être existante pour empêcher une majorité de gauche de s'endormir sur ses lauriers. Sinon, ce serait la meilleure source pour de futures trahisons.

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