Max Verstappen en mode "force tranquille"

Publié le par JoSeseSeko

Photo: Flickr/Daniel Clark

Photo: Flickr/Daniel Clark

À l'heure de la trêve estivale, il faut constater que sauf cataclysme en matière de fiabilité de sa voiture, le champion du monde en titre néerlandais devrait rester au sommet du championnat pilotes à l'issue de la saison, avec une impression de ne pas forcer son talent sur la piste, facilitée par une adversité aux choix stratégiques foireux.

En Formule 1, l'important n'est pas d'être à tout bout de champ le plus rapide, mais d'associer au mieux la rapidité et la fiabilité. Et à l'issue du Grand prix de Hongrie, 13e manche (sur 22) de la saison 2022 de F1, Max Verstappen respecte cet adage. Le pilote néerlandais de chez Red-Bull, champion du monde en titre, a gagné le GP de Hongrie, dimanche 31 juillet, en partant 10e sur la grille de départ. Ce qui est incroyable sur le circuit du Hungaroring, réputé pour être l'un des plus difficiles pour des dépassements dans le calendrier, avec le circuit de Monaco. Il compte désormais 80 points d'avance sur son poursuivant qu'est le pilote monégasque Charles Leclerc (Ferrari).

Un autre monde?

Qui, au moment d'aborder la nouvelle saison, avec le changement de réglementation qui a été opéré au sein de la F1, aurait pensé voir une telle différence entre le leader du championnat et son dauphin? Pas grand monde. Surtout que sur les trois premiers GP de la saison - Bahreïn, Arabie Saoudite, Australie -, Verstappen abandonne sur deux d'entre eux en raison de problèmes moteur - il en gagne un au passage - et qu'à ce moment-là, il était question de se dire si Leclerc était bien parti pour dominer le championnat pilotes, avec deux victoires sur les trois premiers GP, et Ferrari le championnat constructeurs. Et ce, d'autant plus qu'au moment des essais hivernaux, l'écurie au cheval cabré avait agréablement surpris les observateurs sur le rythme des deux voitures. Mais voilà, un renversement de situation s'est opéré dans les grandes largeurs. Sur les 10 GP suivants, Verstappen en glane sept. Et vu la dynamique, il est parti pour égaler, voire dépasser le record de victoires en GP sur une saison, codétenu par les Allemands Michael Schumacher et Sebastian Vettel. On reviendra sur ce dernier un peu plus tard dans ce billet de blog.

Mais est-ce que la Red-Bull et son pilote numéro un sont clairement dans un autre monde? Ce n'est pas exact. En vérité, Ferrari a pondu la voiture la plus rapide cette année. Par contre, là où l'écurie autrichienne excelle, c'est dans l'application de la stratégie de course et finalement dans la capacité à régler les problèmes de fiabilité car Verstappen n'a plus connu d'abandon depuis le GP d'Australie et hormis le GP de Grande-Bretagne, le champion du monde en titre a toujours terminé une course sur le podium. Il faudrait une série de malchance pour que tout soit remis en question sur la deuxième partie de la saison.

Le gâchis Ferrari

La question qui se pose actuellement chez les observateurs, les passionnés de F1 est la suivante: comment Ferrari fait-elle pour s'empêcher de gagner et d'innover dans le désastre? Il y a un sentiment de gâchis qui est ressenti aux alentours du paddock, tant la Ferrari est véloce cette année et que Leclerc devrait être à la place de Verstappen à l'heure qu'il est. Un gâchis liés à des abandons comme au GP de France où Leclerc était en tête avant de faire une sortie de piste qui lui coûte la victoire, des problèmes moteur comme en Espagne où une victoire lui tendait les bras, etc.

Mais le pire, ce sont les décisions stratégiques qui doivent faire retourner le commendatore Enzo Ferrari dans sa tombe. Trois exemples sont pleinement éclairants là-dessus. Au GP de Monaco, Leclerc, en tête dans son GP national, se retrouve obligé d'aller faire un arrêt supplémentaire au stand, qui se passe mal en outre, le faisant finalement sortir quatrième. Au GP de Grande-Bretagne, Leclerc, une nouvelle fois en tête, est appelé par son stand un tour après ses adversaires qui ont pu bénéficier de l'effet de la voiture de sécurité en raison de l'abandon d'Esteban Ocon. Ce qui le fait chuter à la quatrième place. Enfin, lors du GP de Hongrie, Leclerc, qui est en tête en raison d'une stratégie décalée initialement et qui affiche un bon rythme de course avec des pneus medium usés est appelé au stand pour changer de pneus et mettre des pneus durs, alors que dans les conditions fraiches du GP, cela n'était pas recommandé, puis surtout que cette stratégie utilisée en course par l'écurie Alpine n'est pas efficace. C'est passé outre et résultat, Leclerc n'eut pas de rythme avec les pneus durs et termina quatrième. C'est à se demander si au sein de l'écurie italienne, le personnel cherche exprès à perdre ou si le chat noir de Kimi Räikkönen de 2005 a été transféré chez Leclerc en 2022. Mieux vaut en rire qu'en pleurer!

Mercedes, le retour?

Pendant ce temps-là, l'écurie Mercedes, qui était à côté de ses pompes en tout début de saison, remonte peu à peu la pente. Notamment avec la fiabilité de son duo de pilotes 100% britannique Lewis Hamilton/George Russel. Surtout que ce dernier, nouvel arrivant dans l'écurie triomphante de la précédente ère réglementaire de la F1, semble s'être mieux adapté que son septuple champion du monde de coéquipier. Mais Hamilton a repris peu à peu du poil de la bête, comme en attestent ses présences sur le podium sur les cinq derniers grand prix disputés - Canada, Grande-Bretagne, Autriche, France, Hongrie -.

Et à force, l'écurie allemande lorgne sur Ferrari, actuellement deuxième au championnat constructeurs. Si d'aventure, Ferrari commet de nouvelles bourdes stratégiques ou affiche de nouveaux problèmes de fiabilité, ce qui est fort probable, et que Mercedes apporte des améliorations par-ci, par-là, alors il ne serait pas étonnant que les Flèches d'argent passent en second, en glanant peut-être quelques victoires en cas de contre-performance de Verstappen et de Red-Bull.

Alonso quitte Alpine

Enfin, au niveau du milieu de tableau, une bataille entre Alpine et McLaren (motorisée par Mercedes) est pleinement engagée. L'écurie française, mal embarquée avec des soucis de fiabilité du moteur Renault, corrige peu à peu le tir, et depuis le GP de France, occupe désormais la quatrième place au classement des constructeurs, montrant que des améliorations en petite quantité et à chaque grand prix semblent donner une meilleure efficacité que de mettre en place une grosse évolution au bout d'un certain temps, comme l'a fait McLaren à partir du GP de France. Clairement, la dynamique est plutôt pour Alpine et si des stratégies peu compréhensibles comme celle d'utiliser les pneus durs au GP de Hongrie peuvent être évitées à l'avenir, ce sera alors bien engagé pour que l'écurie au A fléché termine quatrième à l'issue de la saison.

Une saison qui sera la dernière de Fernando Alonso dans les rangs de l'écurie française. C'est la nouvelle du jour. Le double champion du monde espagnol, sorti de sa retraite pour rejoindre la structure - portant le nom de Renault, la maison-mère d'Alpine en fait - qui lui permit de devenir double champion du monde, quitte l'écurie pour rejoindre Aston Martin en 2023, à la place de Vettel, qui a annoncé sa retraite jeudi 28 juillet, expliquant notamment qu'il était pris dans des contradictions entre le pilote de F1 parcourant le monde et le père de famille conscient des enjeux environnementaux et considérant que la F1 n'avance pas assez dans une politique de décarbonation de son modèle économique (cf lien), étant irrité que, par exemple, l'introduction de carburants durables soit attendue en 2026, année d'une nouvelle réglementation moteur qui va attirer Porsche et Audi en F1.

Toujours est-il qu'Alonso fait un choix qui étonne - une fois de plus, diront certains! -, tant l'écurie britannique n'est pas au mieux cette année et qu'un pilote comme Alonso a toujours faim de victoires, de podiums et aimerait pouvoir arriver à un troisième titre mondial. Par contre, son départ est quelque part un service rendu auprès d'Alpine tant il y avait un questionnement par rapport à la situation du pilote australien Oscar Piastri, champion de F2 - l'antichambre de la F1 - l'an dernier et issu de la filière de promotion de jeunes pilotes Alpine et que l'écurie française cherchait à le placer pour 2023. Avec ce départ programmé d'Alonso, une place de titulaire s'ouvre et en toute logique, Piastri devrait faire ses débuts chez Alpine l'an prochain, aux côtés d'Ocon qui ferait, pour sa part, sa quatrième saison au sein de l'écurie et sera ainsi chargé d'assumer le leadership, vu les tests de caractère qu'il a passé avec Ricciardo en 2020 puis avec Alonso depuis 2021 et qu'il ne se dégonfle pas, tant il a gagné en régularité et en fiabilité, même s'il doit encore se montrer plus rapide en séances de qualification.

Qui a dit que les trêves estivales étaient chiantes en F1?

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