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Photo: Flickr/Elias Rovielo

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L'annonce gouvernementale de l'ouverture d'une mine de lithium dans le Massif Central d'ici 2027 permet de s'interroger sur les vertus (réelles ou supposées) de ce minerai, très prisé ces dernières années, notamment dans l'industrie automobile.

Dans l'objectif de réindustrialiser écologiquement la France, le gouvernement a envoyé un message important, lundi 24 octobre, avec l'annonce de l'ouverture d'une mine de lithium dans le département de l'Allier d'ici 2027 (cf lien n°1). Celle-ci sera exploitée par Imerys, un groupe français de minéraux industriels et le moins que l'on puisse dire, c'est que cette nouvelle a généré un effet boursier positif immédiat pour la firme, retrouvant son cours le plus haut depuis six mois (cf lien n°2).

700.000 voitures/an

Mais pourquoi une telle chose arrive? En premier lieu, pour servir la transition écologique. Le lithium est régulièrement cité comme un minerai utile pour décarboner l'activité économique, et tout particulièrement l'industrie automobile, afin de satisfaire une demande de voitures électriques en croissance ces dernières années. D'ailleurs, le gisement sélectionné devrait être en mesure d'équiper 700.000 voitures électriques par an. De quoi booster la production de voitures électriques made in France à l'avenir, notamment du côté de chez Renault, qui a renforcé son positionnement sur les voitures 100% électriques ces dernières années, non sans avoir des scandales comme avec l'approvisionnement du cobalt en République démocratique du Congo lié à la question du travail des enfants dans les mines de cobalt par exemple (cf lien n°3). Et comme l'État français reste actionnaire de Renault à 15,01%, il cherchera à appuyer les synergies entre Imerys et la marque au losange pour la production de voitures électriques.

L'autre enjeu est la souveraineté industrielle. Elle se décline sous deux angles, compatibles (en théorie) avec une approche écologique. Le premier angle est celui de la proximité. À savoir favoriser un temps de transport relativement court entre le lieu d'extraction du lithium et sa transformation comme matériau pour les batteries des voitures électriques dans les usines automobiles. Et plus c'est court, moins c'est coûteux, si on suit un raisonnement économique "rationnel". Le deuxième angle est la marginalisation du pétrole. Qui dit accroissement de la capacité à produire des voitures électriques dit - normalement - moindre utilité à produire des voitures fonctionnant avec du pétrole et qu'à terme l'or blanc (lithium) prendra le dessus sur l'or noir (pétrole). Et ce, d'autant plus que le pic de production de pétrole, notamment pour l'Arabie Saoudite, pourrait être atteint avant la fin de la décennie 2020 (cf lien n°4). Enfin, petite cerise sur le gâteau, cela peut permettre une réduction du déficit commercial chronique que connaît la France depuis 2002 - année de la mise en circulation de l'euro, tiens tiens! - et qui a été record sous le premier quinquennat d'Emmanuel Macron, soit dit en passant (-85 milliards d'euros en 2021).

Danger environnemental?

Si cela semble bien avantageux économiquement, énergétiquement et écologiquement, pourquoi ne pas se lancer plus vite dans l'extraction du lithium, vu l'ampleur déjà présente du réchauffement climatique? C'est que la chose n'est pas si simple. En fait, la production de lithium est assez faible, pour l'instant, car les modalités d'extraction sont complexes, comprenant notamment le fait d'utiliser de l'eau en grande quantité pour pouvoir sortir l'or blanc. Ce qui, dans le cas du Chili par exemple, est problématique car la zone de réserves de lithium se situe dans le désert d'Atacama, zone frontalière entre le Chili, l'Argentine et la Bolivie et que le manque d'eau y est manifeste (cf lien n°5).

Dans le cas français, le site minier de Beauvoir, dans l'Allier, choisi pour cette extraction made in France, concentre 1% de lithium dans la roche. Ce qui signifie que pour une tonne de lithium extraite, il faut 100 tonnes de roches de sorties au préalable. C'est dire si la pollution de l'air et du sol a du potentiel, localement parlant (cf lien n°6). Reste à savoir si le jeu en vaut la chandelle, sachant que l'État avait initialement pensé à ouvrir une mine de lithium en Bretagne. Avec les mêmes interrogations sur l'impact environnemental local, puis de manière élargie car cela souligne bien que la production de lithium ne sera pas neutre, écologiquement parlant.

Tag(s) : #Économie, #Europe, #France, #Industrie, #Automobile, #Énergie, #Lithium, #Écologie
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