Double champion du monde en titre, le pilote néerlandais est attendu pour faire la passe de trois, même si Red-Bull, sanctionnée l'an dernier au sujet du titre pilotes en 2021, va être (légèrement) handicapée dans le développement de sa voiture tout le long de la saison. Mais la concurrence directe (Ferrari, Mercedes) pourra-t-elle saisir l'occasion? Il y a de quoi en douter.
La Formule 1 reprend ses aises pour la saison 2023 ce weekend, du côté de Bahreïn, pour le premier Grand prix sur les 23 que cette année va compter, dont trois sur le sol des États-Unis - Miami, Austin, Las Vegas -, histoire de fidéliser le public outre-Atlantique, qui semble avoir (re)pris goût auprès de la discipline phare du sport automobile. Mais ce record de 23 GP sur une saison va bien fatiguer les machines et les personnes, tant les cadences vont tendre à devenir infernales et poser problème sur les conditions de travail, en plus de l'impact environnemental, aggravé par l'absence d'harmonisation du calendrier, comme d'habitude.
Verstappen sur les traces de Senna?
Au-delà de ces aspects négatifs, qui amenuisent la prétention de la F1 à réduire ses émissions de GES, cette nouvelle saison a de quoi susciter de l'intérêt au niveau sportif, après une année 2022 marquée par une nouvelle réglementation technique, faisant appel à l'ingéniosité des ingénieurs châssis et à la capacité des ingénieurs moteur à concocter une unité puissante car le gel des moteurs est acté en matière de puissance et que seulement des retouches peuvent être apportées sur la fiabilité. Et à ce compte-là, l'écurie Red-Bull, motorisée par Honda, a tiré son épingle du jeu avec son chouchou Max Verstappen, devenant double champion du monde pilote. Ce qui le met naturellement favori pour le titre cette année, d'autant plus que la Red-Bull de 2023 semble bien prête, à l'issue de ce qu'elle a démontré aux essais de pré-saison à Bahreïn, du 23 au 25 février dernier. Mais ces essais sont des moments à prendre avec des pincettes, tant les écuries peuvent jouer au poker menteur, on y reviendra.
En tout cas, le pilote néerlandais entend bien avoir un troisième titre de rang et se hisser au niveau d'Ayrton Senna (1988, 1990, 1991). Néanmoins, un doute subsiste sur cette possibilité. L'écurie autrichienne a été sanctionnée d'une amende de 7 millions de dollars et d'une réduction d'utilisation de sa soufflerie de 10% par la Fédération internationale de l'automobile pour avoir dépassé le plafond budgétaire en 2021. À voir si cela va l'handicaper dans la course aux titres - pilotes et constructeurs - ou si cela n'aura pas d'effet dans ses objectifs. Ce qui pourrait générer une polémique supplémentaire, notamment pour Verstappen, dont ses deux titres (2021, 2022) sont entachés de décisions de course questionnant sa légitimité.
Ferrari-Mercedes, même combat?
Cette sanction envers Red-Bull offre une occasion pour Ferrari et Mercedes, les deux principaux adversaires de l'écurie autrichienne dans le paddock, de retrouver le sommet de la hiérarchie en F1. Chez Ferrari, écurie présente depuis les débuts de la F1 (1950), un titre est attendu depuis 2008! C'est dire si Frédéric Vasseur, nouveau directeur de l'écurie au cheval cabré, a la pression. Mais il peut compter sur le pilote monégasque Charles Leclerc, qui doit être dans un état d'esprit revanchard après une saison 2022 où la Ferrari était la plus rapide en début de saison, mais des problèmes de fiabilité, des erreurs de pilotage et des couacs stratégiques ont ruiné les espoirs du début.
Un état d'esprit qu'on peut penser être équivalent chez Mercedes. Les flèches d'argent, dominatrices depuis 2014, ont complètement raté leur saison 2022, avec un Lewis Hamilton qui n'a pas gagné un seul GP l'an dernier. Une première dans la carrière du septuple champion du monde britannique. 2023 est une nouvelle occasion pour lui d'avoir un huitième titre mondial, et ainsi dépasser Michael Schumacher au sommet du panthéon de la F1. Mais vu que son coéquipier et compatriote George Russel a montré les dents l'an dernier, gagnant son premier GP au Brésil - seul GP gagné par Mercedes en 2022 -, ce dernier n'entendra pas s'effacer devant son aîné si l'écurie allemande a pondu une voiture rapide et fiable pour 2023. Ce que les essais de pré-saison ne laissent pas clairement indiquer.
Le grand bluff d'Alpine?
Quand j'évoquais ci-haut que les écuries jouent plutôt au poker menteur durant les essais de pré-saison, l'exemple d'Alpine en est le plus éloquent. L'écurie française n'a pas cherché à pousser à fond la voiture ou à faire un temps canon, préférant se concentrer sur des longs relais avec de l'essence à bord, mais au sein de l'écurie au A fléché, pas de signe d'inquiétude à ce sujet. Et pourtant, elle cherche à vouloir se rapprocher des trois écuries de tête et l'enjeu principal est de prouver que le moteur Renault a gagné en fiabilité cette année. Autre sujet de curiosité au sujet d'Alpine, c'est la capacité d'entente du duo de pilotes Esteban Ocon/Pierre Gasly (cf vidéo). Un duo 100% français, dans une écurie française. Il faut remonter à 1994 avec Olivier Panis et Éric Bernard chez Ligier, ou bien, vu le potentiel de l'écurie, au duo René Arnoux/Alain Prost chez Renault - maison-mère d'Alpine - en 1981 et 1982. Et ce précédent historique, où Arnoux et Prost ont fini par se détester ouvertement et mutuellement, suscite la crainte chez les observateurs francophones de la F1, car Ocon et Gasly se connaissent depuis leur enfance et il est régulièrement rapporté que leur relation n'est pas des plus amicales.
Mais l'enjeu actuel est de faire progresser Alpine dans la hiérarchie et charge à la direction de l'écurie, notamment Otmar Szafnauer, de veiller à ce que le duo ne perde pas de vue cet objectif. Si le duo suit la règle et que la voiture affiche de la rapidité et de la fiabilité, au point de chatouiller Mercedes ou Ferrari, la saison serait réussie. Mais attention à l'écurie anglaise Aston Martin, motorisée par Mercedes, qui compte sur un certain... Fernando Alonso, qui a quitté Alpine à la fin de la saison dernière, pour passer une étape et le pilote espagnol est motivé pour jouer un mauvais tour à son ancienne écurie, même si à l'issue des essais de pré-saison, où l'Aston Martin a affiché des temps rapides - probablement avec peu d'essence -, le double champion du monde semble fataliste à l'idée qu'Aston Martin soit aux avants-postes cette année.
En tout cas, rendez-vous au premier virage, comme dirait le journaliste Julien Fébreau.
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