Du 1er au 5 mars, le locataire de l'Élysée se rend en Afrique centrale, dans un contexte où la francophobie est bien ancrée, notamment en Afrique francophone, de part le continuum historique colonialisme/néocolonialisme, puis certains soutiens diplomatiques de la part de Paris critiqués localement.
"Nous ne sommes pas dans une compétition". Tel est le mantra lancé par Emmanuel Macron au palais de l'Élysée, lundi 27 février, avant d'opérer une série de déplacements en Afrique centrale, depuis ce mercredi 1er mars jusqu'au 5 mars prochain. Cette tournée est également l'occasion de la part du président de la République de faire croire que la Françafrique n'existe plus. Ce dont on a peine à y croire car au niveau étatique, malgré le retrait des troupes françaises au Mali puis au Burkina Faso ces derniers mois, le pouvoir maintient les bases militaires existantes sur le continent berceau de l'humanité (cf lien n°1). Puis au niveau du secteur privé, le groupe Bolloré, qui a des affaires judiciaires en pagaille ces dernières années, reste présent en Afrique, en dépit de la revente de la logistique des ports (cf lien n°2); ou encore le pétrolier Total qui travaille sur des gisements de pétrole en Ouganda, avec une couverture judiciaire assurée face aux associations qui accusaient Total de diverses atteintes aux droits humains (cf lien n°3).
Hypocrisie françafricaine
Pour souligner à quel point la Françafrique est loin d'être finie avec Macron aux affaires, c'est de souligner le fait que Macron compte se rendre dans deux pays symboles de cette politique néocoloniale, consubstantielle de la Ve République, que sont le Gabon et le Congo-Brazzaville. Le premier pays cité, où se trouve actuellement Macron pour le sommet de la forêt (One forest summit), est un pilier de la Françafrique depuis 1967, année de l'arrivée au pouvoir d'Omar Bongo, prolongé par son fils Ali depuis 2009. Ce dernier, se maintenant au pouvoir en dépit de trucage des élections de 2016, où son adversaire Jean Ping a revendiqué la victoire, s'est récemment tourné vers le Commonwealth tant les critiques adressées depuis Paris le poussent à faire du chantage pour maintenir sa famille au pouvoir, telle une dynastie, et que si Macron ne le suit pas, les intérêts français y perdraient au change. Notamment ceux de Total, fort implanté dans le pays depuis des décennies. Et ce, à l'approche d'une élection présidentielle prévue dans les prochains mois.
Une chose équivalente se passe au Congo-Brazzaville, où Denis Sassou-Nguesso tient les rênes du pays depuis la fin des années 1990, à l'issue d'un coup d'État lui permettant de revenir au pouvoir, vu qu'entre 1979 et le début des années 1990, il occupait déjà la fonction suprême. Et comme au Gabon, Sassou-Nguesso entend bien assurer la domination de sa famille sur le pays en mettant son fils comme successeur et que si Paris ne suit pas, les intérêts français en prendraient un coup. Et comme Macron est un serviteur de la classe possédante, celle-ci tient à ce qu'il ne les nuise pas et maintienne la Françafrique car c'est un profit privé assuré.
Francophobie en Afrique francophone
Cette tournée africaine tombe également dans un contexte où l'Afrique francophone a une opinion de ressentiment profond envers la France, voire de francophobie manifeste. L'exemple de la République démocratique du Congo, où Macron s'y rendra les 4 et 5 mars, est particulièrement frappant. Le plus grand pays francophone au monde (probablement le pays le plus peuplé de la francophonie) a une opinion publique farouchement critique envers la France en raison du réchauffement des relations diplomatiques et militaires, opérées sous Macron, entre la France et le Rwanda de Paul Kagame, principal responsable de la guerre larvée dans l'Est du Congo-Zaïre depuis 1996, conséquence de long terme du génocide des tutsis en... 1994. N'en déplaise aux pro-Kagame qui incriminent uniquement les congolais de leurs difficultés et en profitent pour se victimiser, alors que plusieurs ONG, ainsi que des rapports des Nations unies, soulignent le soutien du Rwanda auprès de groupes rebelles congo-zaïrois comme le M23, qui a ressurgi ces derniers mois. Une épine dans le pied du président congolais Félix Tshisekedi, en place depuis 2019, après des élections sujettes à controverse - euphémisme! - et dont le mandat va être mis en jeu avec des élections (présidentielle, législatives, sénatoriales, provinciales) normalement prévues à la fin de l'année.
Et comme cette visite de Macron à Kinshasa intervient un mois après celle du pape François, accueilli avec une ferveur populaire incroyable, la comparaison promet de sauter aux yeux. Signe qui ne trompe pas, l'artiste Fally Ipupa, figure contemporaine de la rumba congolaise, avait posté sa rencontre avec Macron, mardi 28 février sur les réseaux sociaux. Les commentaires fortement critiques à ce sujet montrent combien il n'est pas bon de s'afficher avec Macron. En tout cas, l'opinion publique congo-zaïroise ne porte guère d'estime auprès de la France de Macron car selon une enquête d'opinion, moins 30% des congo-zaïrois ont une bonne opinion de la France, qui est le pays occidental le plus détesté dans le pays, tandis que le pays recueillant le plus d'opinions favorables en RDC est... la Russie (61% d'opinions favorables, cf lien n°4).
L'écologie, un prétexte
Cette tournée en Afrique centrale se veut être axée sur l'écologie, mais aussi la culture à travers la question de la restitution d'objets d'art saisis sous la période coloniale. Mais il faudrait être naïf de penser qu'il ne s'agira uniquement que de ces sujets-là. En plus du contexte évoqué ci-haut, la question écologique est éminemment économique. Surtout quand le bassin du Congo est le deuxième poumon vert de la planète et qu'il peut servir pour la transition écologique. Ne serait-ce que sur la capacité à développer l'hydroélectricité. Et comme pour ses minerais, la RDC suscite les convoitises, notamment dans l'objectif de réaliser le barrage Inga III, dont le potentiel permettrait de produire 44.000 MW (mégawatts) (cf lien n°5). Ce qui, selon certaines expertises, permettrait à 40% du continent africain d'avoir accès à l'électricité 24h/24, 7jrs/7, 365 jours/an.
Il ne serait pas étonnant que Macron veuille obtenir un accord avec Tshisekedi sur la réalisation et la production hydroélectrique du barrage pour le compte d'EDF, histoire de rétablir les comptes de l'entreprise renationalisée l'an dernier, tant ils ont affiché un déficit record!
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