Entre deux journées de manifestation, la grève multisectorielle a été reconduite dans certaines activités plus d'autres moyens d'action visant à faire plier le pouvoir et la droite pour retirer le projet de loi, encore en discussion au Sénat jusqu'au 12 mars.
Qui de la rue ou du Parlement est le plus légitime pour faire passer ou recaler un projet de loi? En voilà une question philosophique et juridique que le mouvement d'opposition au dépeçage des retraites (pardon, réforme des retraites) pose depuis la mi-janvier. Et la journée du 7 mars, scrutée avec attention de toutes parts, a montré qu'il n'y a pas d'essoufflement, mais l'entrée dans une nouvelle phase de la lutte. Si les taux de grévistes n'ont pas été si importants que présumés par l'ensemble des syndicats, le nombre de personnes ayant battu le pavé est, par contre, du jamais vu depuis près de 50 ans selon les syndicats, avec 3,5 millions de personnes dans toute la France (1,28 million selon le ministère de l'Intérieur), dont 700.000 à Paris.
Porte close
Forts de cette mobilisation d'ampleur inédite en ce début de 21e siècle, les syndicats entendaient bien être accueillis à l'Élysée, pour qu'Emmanuel Macron ne fisse plus la sourde oreille tant cette réforme ne passe pas auprès des citoyen(ne)s. Mais Macron préféra botter en touche et envoyer la patate chaude auprès de la Première ministre Élisabeth Borne, qui elle-même refourgue la problématique au ministre du Travail Olivier Dussopt. En vérité, les syndicats, qui maintiennent leur unité, trouvent porte close devant eux, signe que le pouvoir ne compte pas du tout lâcher son projet et qu'il va falloir le soumettre à aller au retrait, via une grève multisectorielle inscrite dans la durée.
Au-delà des grèves, du blocage de lieux de protection (raffineries, usines), certaines actions syndicales considérées comme illégales se sont développées ces derniers jours. Dans le secteur de l'énergie, la CGT revendique avoir donné un tarif réduit aux boulangeries, mais également des coupures d'électricité, que ce soit en ciblant le Stade de France et le village olympique, ou encore dans la permanence du président du Sénat Gérard Larcher (cf liens n°1, n°2, n°3). Mais en opposition à cela, certains diront que ce genre d'action syndicale est légitime. Puis au-delà peut-on dire, à travers l'ampleur de la lutte contre la réforme des retraites que celle-ci est considérée comme illégitime, bien que légale? Telle est la question.
Jouer la montre au Sénat
Au sujet de Larcher et donc du Sénat, la chambre haute du Parlement discute du dépeçage des retraites, avec l'adoption de l'article 7 dans la nuit du 8 au 9 mars (cf lien n°4). Mais il reste 13 articles du projet de loi à examiner d'ici le 12 mars, fin du délai de la première lecture du Sénat. Est-ce que les sénateurs auront le temps d'aller jusqu'au bout? Il y a de quoi en douter car si les sénateurs socialistes, communistes et écologistes ont permis qu'il y ait discussion et vote jusqu'à l'article 7, afin de montrer que le camp macroniste a besoin du parti Les Républicains (LR) pour faire passer cette loi, ils feront en sorte de jouer la montre pour empêcher que les 13 articles suivants soient votés.
Ce qui donnerait, au final, une situation où le projet de loi gouvernemental n'aurait pas été voté dans sa globalité dans les deux chambres du Parlement. Et qu'ensuite une commission parlementaire mixte (7 députés, 7 sénateurs) devra se réunir avant une seconde lecture à l'Assemblée nationale. Ce qui promettra d'être tendu car du côté des députés LR, plusieurs d'entre eux refusent de voter. Sûrement en raison du fait que leurs électeurs leur ont fait savoir qu'ils y sont opposés et qu'en cas d'adoption, donc d'alliance objective avec Renaissance (parti de Macron), ils y perdraient électoralement.
Affaire à suivre...
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