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Les "lois scélérates", dignes d'une République bourgeoise

Publié le par JoSeseSeko

Les "lois scélérates", dignes d'une République bourgeoise

Un siècle auparavant, les Thermidoriens, des bourgeois cherchant à remettre en avant les principes libéraux de 1789 et à éliminer toute trace du tournant populaire de 1792, exécutaient les Jacobins de Robespierre, Saint-Just, Couthon, etc, faisant croire que la Terreur serait terminée (28 juillet 1794-10 thermidor an II). Le 28 juillet 1894, l'Assemblée nationale, acquise au centre-gauche et à la droite réactionnaire, donc pleinement bourgeoise, vota la 3ème loi dite scélérate, visant clairement les anarchistes, avec application de la censure, l'interdiction des journaux anarchistes tels le Père Peinard d'Émile Pouget, le fichage de militants anarchistes, etc. Elle fut la conséquence de l'assassinat du président de la République, Sadi Carnot, le petit-fils de Lazare Carnot, ce faux héros-vrai ordure de la Révolution française.

Ces lois de 1893-1894 furent le symbole d'une IIIe République où les députés étaient majoritairement des hommes d'affaires, des financiers, des capitalistes, pouvant agir pour leurs seuls intérêts, sans scrupules, même si cela pouvait tourner au scandale. Or, à la fin du XIXe siècle, l'affaire de Panama démontra à quel point la corruption fut grande en France, et les militants anarchistes, proches de la thématique de la "propagande par le fait", théorisée entre autres par Mikhail Bakounine, grande figure -avec Karl Marx- de la Ière Internationale (Association internationale des travailleurs), gagnèrent en influence et tenaient à montrer leur capacité révolutionnaire avec la lutte armée. Car ces dernières années du XIXe siècle furent marquées par des vagues d'attentats anarchistes, d'Auguste Vaillant à Sante Geronimo Caserio, assassin du président Sadi Carnot, en passant par François Ravachol ou Émile Henry. Durant son procès, ce dernier revendiqua une "guerre sans pitié que nous avons déclarée à la bourgeoisie", tout en se méfiant des socialistes, briseurs de grèves violentes et à ses yeux, défenseurs de l'ordre social, comme durant les grèves de Carmaux qu'il cita en exemple. Pourtant, l'un de ceux qui pourfendit le plus ces lois scélérates fut... Jean Jaurès, devenu député socialiste et qui suivit de près la grève de Carmaux, justement. Il démontra le deux poids-deux mesures de ces lois, interdisant la "propagande" anarchiste et socialiste (une pierre, deux coups, c'est le raisonnement de la classe possédante), tout en portant aux nues la presse conservatrice, religieuse (La Croix), et que finalement, les véritables scélérats s'en tirent.

Toujours est-il que ces lois scélérates ont affaibli l'anarchisme au sein du mouvement ouvrier, qui se tourna à partir de ce moment-là vers le socialisme, et que les anarchistes qui restent choisissent une voie plus pacifique, à travers l'anarcho-syndicalisme ou le syndicalisme révolutionnaire puisqu'un an plus tard, la Confédération générale du travail (CGT) fut fondée à Limoges. Mais aussi, et hélas d'ailleurs aujourd'hui, cela donne une vision de l'anarchiste comme un terroriste-né, alors que la "propagande par le fait" ne dura qu'une décennie, sur les siècles d'existence de la pensée anarchiste, tandis que depuis des millénaires, les religieux, notamment les monothéistes (chrétiens, juifs, musulmans) se font passer, grâce à la bourgeoisie du reste, pour des pacifistes alors qu'ils ont toujours été des guerriers, et fait progresser leur "opium du peuple" dans l'oppression, la colonisation, la violence, la duperie.

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