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Qu'est-ce que la Terreur?

Publié le par JoSeseSeko

Qu'est-ce que la Terreur?

Au moment des exécutions de Maximilien Robespierre, de Louis-Antoine de Saint-Just, de Georges Couthon, d'Augustin Robespierre, de François Hanriot et d'autres leaders Jacobins, le 10 Thermidor an II (28 juillet 1794), les comploteurs, appelés par l'histoire les Thermidoriens, eurent tout fait en sorte d'incriminer Robespierre et les Jacobins comme responsables de la politique de Terreur, alors qu'ils en furent complices, et même profiteurs de cette situation.

Si on se réfère aux multiples écrits d'historiens sur le sujet, la Terreur semble être en place de septembre 1793 à juillet 1794, donc, presque durant tout l'an II de la République. Cela fait consensus. De même, sauf pour des bien-pensants qui ont horreur du sang mais qui défendent des "gens de bien" qui eurent du sang sur les mains, cette Terreur était inévitable, pour deux raisons:

- Le contexte extérieur était tragique pour la France républicaine. La 1ère coalition, composée principalement de l'Autriche, de la Prusse, de la Grande-Bretagne, et de l'Espagne, s'avançait dans le territoire français, avec le siège de Dunkerque, la perte de Mayence, la prise de Valenciennes, le siège de Landau, la capitulation de Toulon, la livraison de la flotte de la Méditerranée aux anglais, la trahison de Dumouriez passant à l'ennemi. Bref, une série de défaites qui menaçait la fin de la République.

- Le contexte intérieur sur-réagissait à ce contexte extérieur. Le soulèvement de la Vendée s'étendait sur la Bretagne, menaçant Nantes, puis les provinces plus à l'est, en direction (pourquoi pas?) de Paris, les Girondins écartés du pouvoir et rancuniers provoquèrent la rébellion "fédéraliste" dans 60 départements, les colonies des Antilles se soulevèrent pour la fin de l'esclavage, avec des chefs militaires noirs comme Toussaint Louverture, et enfin, la population ouvrière parisienne exigea du pain et des têtes à faire tomber, sous peine de faire renverser la Convention, avec une manipulation de certains politiciens notoires, au double-jeu subtil, tels Georges Danton.

En rappelant ce double contexte, et contrairement à la légende portée par les historiens bien-pensants, la Terreur ne fut pas voulue par le Comité de Salut Public, et encore moins par Robespierre, représenté comme l'architecte de la Terreur, mais elle lui fut imposée, forcée par la pression intérieure et extérieure. En outre, contrairement à une autre légende comme quoi le Comité de Salut Public dirigeait seul le pouvoir exécutif, c'est la Convention (donc l'Assemblée élue au suffrage universel) qui avait le pouvoir législatif et exécutif car elle imposait un roulement mensuel, permettant à certains membres du Comité (qui étaient également des députés conventionnels) de se retirer, et d'être remplacés par d'autres députés. De même que le président de la Convention, chef de l'État de manière officielle, est élu par ses collègues députés et a un mandat d'à peine 2 mois, et doit laisser sa place à un autre, pour être de nouveau président plus tard.

À partir du moment où la Terreur fut mise "à l'ordre du jour", avec la loi des suspects du 17 septembre 1793 (premier jour des sans-culottides de l'an I), cela mit la pression sur le Comité, obligé de réussir et d'être impitoyable envers celles et ceux qui seraient contre les idées révolutionnaires, ou soupçonnés de l'être. Une atmosphère pesante menant aux exécutions de Marie-Antoinette, des Girondins (Brissot, Vergniaud, Louis-Philippe d'Orléans dit Philippe-Égalité, cousin de Louis XVI, Manon Roland), de quelques généraux (Jean Houchard, Gaspard Brunet, Alexandre de Beauharnais, le premier mari de Joséphine de Beauharnais, etc.), répression des mouvements fédéralistes (notamment à Lyon avec Joseph Fouché, député en mission), des réquisitions, des nationalisations, un renforcement de la discipline, etc. Le résultat de tout cela? La fin de la rébellion en Vendée, avec les victoires républicaines de Cholet ou Savenay, mais aussi la répression envers les civils à travers les "colonnes infernales" du général Louis-Marie Turreau et les "mariages républicains" de Jean-Baptiste Carrier à Nantes, le ralliement des ex-esclaves insurgés des Antilles via l'abolition de l'esclavage, les séries de victoires aux frontières (Wattignies, Wissembourg, Tourcoing, Fleurus), les reprises des villes ou départements sous contrôle ennemi ou "fédéraliste". Au niveau militaire, des promotions de jeunes généraux talentueux tels Lazare Hoche, Jean-Victor Moreau, Jean-Baptiste Kléber, François Marceau, Thomas-Alexandre Dumas, Jean-Baptiste Jourdan, Louis Desaix, Jean-Étienne Championnet, Jean-Charles Pichegru, Napoléon Bonaparte, etc.

Au moment de Fleurus, la Convention, sous le rapport de Couthon, instaura la Grande Terreur, qui envoya plus de 1200 personnes sur la guillotine en un mois et demi, à Paris. Des personnes célèbres telles le poète André Chénier firent partie de la liste. Et pour se dédouaner, les membres libéraux/conservateurs du Comité de Salut Public rejetèrent la responsabilité sur Robespierre, au moment même où il était absent, en raison d'une tuberculose qui commença à le ronger. Le discours de l'Incorruptible du 8 thermidor (26 juillet) accéléra le coup d'État du lendemain (9 thermidor), composé d'une large coalition, de Lazare Carnot à Fouché, en passant par Carrier, Paul Barras, Jean-Marie Collot d'Herbois ou encore Bertrand Barère. Cette coalition était suffisante pour abattre Robespierre, mais aussi Saint-Just, dont les idées sociales et les résultats de ses missions auprès des armées du Rhin et du Nord en faisaient un homme plus dangereux que Robespierre pour les possédants et les conservateurs. Bref, l'opération a réussi et les Thermidoriens, pour beaucoup des criminels, bien plus que ne l'étaient les Jacobins, se dédouanèrent en rejetant leurs fautes, leurs exactions, sur la politique qui serait menée par un seul homme (plus ses alliés), Robespierre.

Or, avec le temps, cette fable a perdu de son efficacité à vouloir effacer le mensonge qu'il y a derrière. Mais il y a encore du chemin pour que la vérité soit (enfin) enseignée en histoire, notamment sur la Révolution française.

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