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Le dilemme Daech au niveau pétrolier

Publié le par JoSeseSeko

Photo: AFP/Karim Sahib

Photo: AFP/Karim Sahib

Ces derniers mois, le cours du baril de pétrole à la bourse de Londres baisse vers un prix désormais inférieur à 70 dollars. Ce qui est une première depuis 2009. Alors qu'en juin, le baril était à 115$. Les pays de l'Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP), qui se sont réunis fin novembre, ont maintenu un niveau de production de 30 millions de barils par jour.

Ce sont surtout les pays du Golfe qui ont décidé de maintenir le niveau de production à 30 millions de barils par jour, durant la réunion de l'OPEP, ayant pour raisonnement l'envie de contre le pétrole de schiste états-unien, qui a renforcé une certaine autonomie énergétique outre-Atlantique. D'autres membres du cartel, comme le Venezuela, auraient préféré réduire la production de pétrole, afin de faire face au manque à gagner de la rente pétrolière, obligeant Caracas à préparer des coupes budgétaires, y compris (peut-être) sur les programmes sociaux initiés par l'ancien président Hugo Chávez, qui sont largement basés sur les revenus du pétrole vénézuélien.

Rôle éminent de Daech

Parmi les facteurs explicatifs de cette tendance à la baisse, il y en a un que je n'avais pas évoqué dans mon précédent article au sujet du prix du pétrole, c'est le rôle de l'État islamique en Irak et au Levant (EIIL), désormais appelé Daech (ce qui revient à la même chose) par les gouvernements occidentaux et arabes. Cette organisation contrôle depuis plusieurs mois une partie de la Syrie et surtout le nord de l'Irak, très riche en pétrole. D'ailleurs, l'EIIL n'hésite pas à se procurer du pétrole, le vendre du côté de la City, auprès de financiers peu regardants sur la provenance du pétrole car l'offre sur le marché se fait à prix cassé, et permet par conséquent à Daech de se financer en armes et en munitions.

En bradant ainsi ce pétrole irakien, Daech pousse à la baisse du prix du baril, quitte à devoir susciter au niveau diplomatique des alliances improbables puisque les États-Unis et l'Iran, fâchés depuis 1979, sont tentés de s'entendre, avec des intérêts divergents. Pour Washington, c'est lutter contre des bourreaux monstrueux (version officielle), qui détiennent du pétrole qui devrait revenir à l'Oncle Sam (version officieuse). Pour Téhéran, il s'agit de lutter contre ceux qui lui causent une baisse de ses recettes pétrolières et qui menacent des alliés (Syrie) dans la région.

Arbitrage lutte/consommation

Les pays occidentaux, principalement ceux de l'Union européenne (UE), se retrouvent dans un choix délicat. Soit continuer à lutter contre Daech, soit consommer du pétrole à vil prix. C'est assez cornélien puisqu'en continuant à lutter contre l'EIIL (et peut-être en le battant complètement), le prix du pétrole ne manquera pas de grimper vers de nouveaux sommets, ce qui se fera ressentir du côté des pompes à essence en particulier. Ou bien, mettre un engagement moindre dans la lutte au Moyen-Orient, de manière à profiter de ce prix du pétrole bradé (il faut le dire), puisque c'est une énergie fossile généralement importée, et donc une balance commerciale moins déficitaire pour nombre de pays de l'UE, comme la France par exemple.

Effet d'hystérèse et déflation

Vu la baisse du cours à la bourse, est-ce qu'elle est proportionnée à la pompe pour l'automobiliste lambda, par exemple? Clairement non! Pour une raison évidente. Les compagnies pétrolières (Total, Eni, Shell, BP, Exxon Mobil, etc.), qui se font des couilles en or avec cette énergie, vont limiter au maximum cette baisse du prix dans les stations d'essence, parce que leurs bénéfices fondraient. Néanmoins, il y aura tout de même une baisse du prix à la pompe, mais de proportion moindre à ce qui s'observe dans les marchés financiers. Cela suffira toutefois aux automobilistes de croire qu'ils se sont enrichis par cette opération, ce que les économistes appellent communément "illusion monétaire". Par contre, le retour de bâton sera très dur une fois que le cours grimpera, et les compagnies pétrolières le feront clairement sentir à la pompe. Et là, on pourrait parler d'effet d'hystérèse puisque le prix naturel (en-dehors du contexte géopolitique) tend à augmenter. Pour une bonne raison: un épuisement des réserves de pétrole sur la planète.

Mais en ce moment, la baisse du prix du pétrole est loin d'être une superbe nouvelle pour les pays de l'UE. En effet, comme le pétrole est beaucoup importé dans ces pays, il va renforcer une dynamique déflationniste déjà fortement présente dans cette région économique, et au bout un endettement réel renforcé, comme l'avait analysé l'économiste États-unien Irving Fisher, avec sa théorie de déflation par la dette.

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