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Réformer l'administration pour masquer l'intérêt particulier

Publié le par JoSeseSeko

Réformer l'administration pour masquer l'intérêt particulier

La réforme territoriale, qui va désormais entrer dans les mœurs pour 2016, permet au gouvernement de montrer combien la fonction publique doit être réduite, car trop nombreuse et coûteuse. Mais cela cache autre chose, à savoir, un service rendu à la classe la plus favorisée.

Durant ce mois de décembre 2014, l'Assemblée nationale adopte la "réforme territoriale", préparée depuis quelques mois par le gouvernement de Manuel Valls. Cette réforme concerne surtout les régions de l'Hexagone (les régions d'Outre-mer ne changent pas, curieusement...), passant de 22 à 13. Par conséquent, certaines d'entre elles vont fusionner, comme par exemple l'Alsace, la Lorraine et la Champagne-Ardennes; le Poitou-Charentes, le Limousin avec l'Aquitaine; le Rhône-Alpes avec l'Auvergne; ou encore le Nord-Pas-de-Calais avec la Picardie.

Particularismes locaux et cohérence géographique

Même si cette réforme est, dans le fond, un peu demandée par du monde depuis des années (d'ailleurs la droite, si prompte à faire des critiques, n'est pas allée au bout du processus législatif sur ce sujet quand elle avait le pouvoir durant 10 ans, soit dit en passant), elle subit des résistances des particularismes locaux, pour diverses raisons. L'Alsace ne veut pas fusionner avec la Lorraine et la Champagne-Ardennes, par crainte que Strasbourg ne soit pas la capitale régionale. Un autre exemple, c'est la question du rattachement du département de Loire-Atlantique, donc de Nantes, à la Bretagne. Pour les tenants de cette idée, c'est la résonance historique puisque Nantes a été la capitale de la Bretagne durant plusieurs siècles. Mais cela n'a pas été retenu par Manuel Valls et le ministre de l'Intérieur, Bernard Cazeneuve, en raison de la position du statut quo, défendue par l'ancien Premier ministre, Jean-Marc Ayrault.

Il y a aussi des régions fusionnées, qui vont être d'une telle taille qu'on se demande si c'est cohérent ou pas. La fusion entre Rhône-Alpes et Auvergne rendra cette région la plus étendue dans la République, avec une forte distance entre Lyon et Clermont-Ferrand. Alors que cette dernière est plus proche de Limoges, capitale du Limousin, que de Lyon. Cependant, il y a des fusions logiques et acceptées. Celle entre Bourgogne et Franche-Comté est plutôt bien vue au sein de la population, car historiquement, ces deux régions formaient une seule entité à la fin du Moyen-Âge, avec l'histoire de Charles le Téméraire, duc de Bourgogne, par exemple.

Critiquer le "fonctionnarisme" pour masquer les bénéfices privés

Le but avoué de cette réforme territoriale est de vouloir réduire le nombre de fonctionnaires régionaux. En effet, en réduisant le nombre des régions, on mutualise des services, des ressources, mais aussi les dépenses, de telle manière à pouvoir rééquilibrer les comptes. Et bien sûr, les think tanks libéraux applaudissent des deux mains cet effort de l'État et des collectivités locales à "réduire la voilure". En effet, depuis des années, ces tenants de l'orthodoxie économique et leurs relais politiques (droite, mais aussi la gauche social-libérale qui est au pouvoir avec Valls et le ministre de l'Économie Emmanuel Macron) ou médiatiques (presse écrite, audiovisuelle, etc.), disent à quel point les fonctionnaires sont une plaie publique, l'alpha et l'oméga de la cause du déficit public chronique en France, qui fait gonfler la dette publique (au niveau de l'État, des régions, ou des communes), ô combien dangereuse car inter-générationnelle.

Mais cette critique du fonctionnarisme, et cette défense de l'austérité, si elle devait être jusqu'au-boutiste, signifierait l'arrêt de mort de ces tenants. En effet, ceux qui disent que la fonction publique est semblable à la peste, vivent des subventions que lui accorde gracieusement la puissance publique (aides à la presse, CICE, pacte de responsabilité, etc.), celles-ci étant essentielles pour leur existence, même s'ils sont membres de la classe dominante. C'est du gaspillage de l'argent public, ou bien une "redistribution à l'envers". En outre, si la dette publique se réduisait, ce serait un désavantage pour les ménages les plus riches car ils sont les plus à-mêmes de posséder les titres de dette publique, et les intérêts qui vont dans leur poche. Enfin, ils omettent la loi de Wagner, du nom de l'économiste allemand Adolph Wagner qui l'a énoncé à la fin du XIXe siècle, qui stipule que "plus une économie se développe, plus l'État est dispendieux." C'est-à-dire que si la part des dépenses de l'administration publique rapportée au Produit intérieur brut augmente, c'est signe de développement économique. Discutable théoriquement mais aisément vérifiable empiriquement.

Retour au service particulier

Finalement, ces tenants hypocrites de l'austérité ne veulent juste que la puissance publique serve les intérêts de la classe possédante, comme c'était le cas durant le XIXe siècle. Intraitable avec les pauvres, docile avec les riches, en fait. Et en pointant du doigt une fonction publique considérée comme malsaine. Ce n'est pas nouveau, ce que je raconte jusqu'à présent, puisqu'au siècle dernier (XXe siècle), on ressortait cette critique pour mieux masquer les bénéfices privés et les subventions étatiques à des organismes particuliers, comme le raconte l'historien Henri Guillemin (que j'ai déjà cité à plusieurs reprises dans d'autres articles de ce blog), dans une des conférences télévisuelles consacrées à l'avant-guerre de 14-18, dont on célèbre le centenaire du début. La vidéo ci-dessous est une d'entre elles, évoquant la "République bourgeoise", et son fonctionnement. Le passage sur la fonction publique, et également sur les revenus des députés, est relativement court (de 6:10 à 7:24), mais complètement actuel. N'hésitez surtout pas, chers lecteurs, à regarder cette vidéo avec un grand intérêt.

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