Il ne fait pas bon d'être Afro-descendant en Occident

Publié le par JoSeseSeko

Photo: Reuters/Shannon Stapleton

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Les récentes bavures policières (ou assassinats lâches pour certains radicaux) aux États-Unis, ou les polémiques sur des paroles ou expositions en France montrent à quel point les tensions communautaires sont enracinées dans les pays développés, et que la tentation du communautarisme est de plus en plus croissante.

Il se passe toujours quelque chose à Ferguson, dans le Missouri, et ses environs. Après Micheal Brown en août dernier, un autre Afro-américain de 18 ans, Antonio Martin, a été retrouvé mort par des balles de policiers WASP (White Anglo-saxon protestant), au moment du réveillon de Noël. Ce qui a pour conséquence de réveiller les tensions entre les habitants et les forces de l'ordre, d'autant plus que l'un des porte-paroles de la police de Ferguson a été suspendu pour des propos "déplacés" (pour rester poli), samedi 27 décembre.

Une impunité publique

Ce qui irrite par-dessus tout, tant chez les noirs que chez les autres groupes répertoriés en fonction de leur couleur de peau, aux États-Unis comme en France (voir lien après l'article), c'est le sentiment d'impunité envers des personnes qui sont censées protéger les citoyens. Et ce sentiment, appuyé par les décisions des tribunaux de Ferguson ou de New-York de ne pas inculper des policiers blancs, dont pourtant les preuves de bavures de leur part sont avérées.

Du coup, on peut pertinemment en vouloir à la police de lyncher en fonction du faciès, et réutiliser (peut-être en détournant) des phrases du philosophe cynique Grec de l'Antiquité Diogène ("Voilà de grands voleurs qui en attrapent des petits"), ou plus près de nous, l'écrivain et homme politique Français du XIXe siècle Victor Hugo ("La police partout, la justice nulle part"), et l'écrivain Britannique du XXe siècle George Orwell ("Tous les animaux sont égaux mais certains sont plus égaux que d'autres").

Liberté d'expression "raciste"

Tandis qu'aux États-Unis, ça tire presque à tout bout de champ (n'oublions pas tout de même qu'il y a des policiers qui n'agissent pas forcément de la sorte), la liberté d'expression "raciste" a droit de cité en France. En effet, plusieurs polémiques sont venues presque coup sur coup renforcer le sentiment du "deux poids-deux mesures" au sein des Afro-descendants Français. D'abord, les propos de Willy Sagnol, entraîneur des Girondins de Bordeaux, sur les caractéristiques du "joueur typique Africain"; puis l'exposition ExhibitB du Sud-africain Brett Bailey, à Saint-Denis et Paris.

Le premier cas relève du cliché, renforcé par la comparaison que fait Sagnol avec des joueurs "Nordiques". Mais ce qui n'a guère été relevé, et je le déplore, c'est l'argumentaire économique de Sagnol sur l'intérêt du joueur Africain, qui n'est "pas cher (sic)". Il emploie, sans s'en rendre compte, une rhétorique semblable à celle de l'économiste Britannique du XIXe siècle David Ricardo avec sa théorie des avantages comparatifs, et il le dit de manière d'autant plus franche que les joueurs Africains membres de son effectif vont lui manquer prochainement, avec la Coupe d'Afrique des nations.

Quant à ExhibitB, c'est un schéma encore plus pervers. Nombre de personnalités qui se veulent de gauche, sensibles au socialisme, ont défendu l'exposition, considérant avec un esprit hautain, "fraternaliste", que les opposants à ExhibitB (majoritairement Afro-descendants) sont des censeurs ayant une mentalité de "concierges". Or, ils n'en ont cure des arguments des opposants. Ces derniers, contrairement à ce qui s'est écrit, ne rejettent pas le fond de l'exposition (à savoir, montrer les méfaits de la classe possédante blanche sur la classe dépossédée noire), mais reprochent à Bailey de ne montrer que la classe dépossédée noire, servant de partie émergée de l'iceberg de la barbarie. Si Bailey avait montré des colons, des bourgeois et des curés blancs (ne jamais oublier le rôle néfaste de la religion, quelle qu'elle soit, dans l'exploitation d'une classe sociale et/ou ethnique, sur une autre) exploitant des paysans, des prolétaires noirs, la polémique n'aurait pas atteint le niveau qui a été observé. J'en suis convaincu. Mais malheureusement, cette histoire n'aidera pas à enseigner correctement sur l'esclavage, la colonisation, et le néo-colonialisme, et pourtant, c'est bien plus important qu'une exposition.

Le piège du communautarisme

Vu comment le tableau semble décrit avec les paragraphes précédents, il serait bon de se replier sur soi, sur ses "frères de couleur", bref, de faire du communautarisme noir, africain. Gros piège tendu par la classe bourgeoise, qui par définition n'a pas de couleur et a son intérêt à défendre au niveau mondial, et d'éviter que la classe prolétarienne ait sa "conscience de classe", selon le philosophe et économiste Allemand Karl Marx, qui la rendrait moins sensible à la question de la couleur. Le problème, c'est que cette bourgeoisie mondialisée et unie a réussi son coup, divisant prolos blancs, noirs, jaunes, les forçant à s'opposer entre eux pour qu’ils développent une logique communautariste empêchant toute prise de conscience de buts communs.

Pour finir, le "entre nous" prend le pas sur le "nous tous", ce dernier renvoyant au communisme. Or, comme tout le monde le sait, le communisme a accumulé du discrédit avec les régimes politiques qui s'en réclamaient durant le XXe siècle, même si cette pensée alternative, et son alter ego qu'est le socialisme, refait peu à peu surface dans les pays occidentaux frappés par la crise économique depuis 2008.

Et dire que 2014 correspondait au 220e anniversaire de la 1ère abolition de l'esclavage en France, par les Montagnards, partisans de Robespierre, Saint-Just, Danton, Collot d'Herbois, Belley, et bien d'autres. Quel gâchis!

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