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"Ça va mieux", de manière abstraite ou concrète?

Publié le par JoSeseSeko

Photo: STEPHANE DE SAKUTIN/AFP

Photo: STEPHANE DE SAKUTIN/AFP

Les données publiées par l'Insee sur la croissance au premier trimestre 2016 semblent confirmer le regain d'activité dans l'Hexagone. Mais cela reste à confirmer pour les trimestres qui suivront, notamment vu les tensions autour du projet de loi travail.

"Ça va mieux", ne cesse de marteler le président François Hollande, ces dernières semaines. Pour celles et ceux qui en doutent profondément, les résultats du premier trimestre 2016 publiés par l'Institut national de la statistique et des études économiques (Insee), pourraient en convaincre une bonne partie. En effet, l'institut indique que la croissance du Produit intérieur brut (PIB) de la France au premier trimestre 2016 est de +0,6%. Une performance revue à la hausse car dans une première estimation, l'Insee prévoyait +0,5% de croissance de l'économie française au premier trimestre.

Influence de la consommation et de l'investissement

Dans le détail des données fournies par l'Insee, il est notable de souligner l'apport important de la consommation et de l'investissement. Pour la consommation, et plus précisément celle des ménages, c'est assez traditionnel qu'elle booste la croissance française car l'Hexagone est considérée par certains économistes "hétérodoxes" comme une économie wage-led, i.e, le poids de la consommation dope la croissance. Pour le premier trimestre 2016, les dépenses de consommation ont cru de 1%, alors qu'elles n'avaient pas évolué au quatrième trimestre 2015. Ce qui semble traduire une confiance accrue des ménages sur la santé de l'économie française. Notamment dans les biens équipés (+2,1%), tels l'équipement du logement, l'automobile ou l'habillement, précise l'Insee.

L'autre grande nouvelle qui peut rassurer le gouvernement et faire affirmer que "ça va mieux", c'est du côté de l'investissement. Ces dernières années, l'investissement des entreprises était fortement ralenti. Mais selon l'Insee, ça s'accélère sur le dernier trimestre 2015 (+1,2%) et surtout sur le premier trimestre 2016 (+1,6%). C'est en particulier dans l'industrie manufacturière que l'investissement est relancé (+4,1%), signe que les industriels tiennent à moderniser un capital fixe qui a fait son temps, afin de laisser la place à un nouveau processus productif.

Une marche vertueuse?

Une accélération du PIB, c'est bien, mais encore faut-il voir si le PIB par habitant suit une trajectoire semblable. Au micro de la radio publique France Inter, ce mardi 31 mai, Dominique Seux, éditorialiste au quotidien Les Échos, déclare que le PIB par français a fini par retrouver, ces derniers temps, son niveau d'avant la crise de 2008-2009. Et là encore, cela donne un argument supplémentaire à l'idée que la situation s'améliore de manière générale.

En accouplant ces données de l'Insee avec les estimations de Pôle emploi au sujet du chômage, en baisse pour les mois de mars et avril 2016, tout semble indiquer que cette année soit celle de la fameuse "inversion de la courbe du chômage", objectif avoué depuis 2013 par M. Hollande. Et par ricochet, une amélioration encore plus nette des comptes publics, avec un déficit encore réduit et peut-être un endettement moins important rapporté au PIB. Bref, "tout irait pour le mieux dans le meilleur des mondes".

Or, le ressenti des Français est loin d'être si concordant avec les statistiques. Le chômage reste bien supérieur à ce qu'il était au début du mandat présidentiel de M. Hollande, le coming-out social-libéral de janvier 2014 reste en travers de la gorge de plusieurs électeurs de gauche, dont les expressions les plus significatives sont l'abstention massive durant les élections régionales ou la série de manifestations contre le projet de loi travail, faisant éclore le mouvement Nuit Debout, faisant pousser des grèves dans les raffineries, les transports, etc. Du coup, comme les données de l'Insee correspondent à une période où le mouvement social contre le projet de loi travail venait à peine de se développer, reste à voir dans quelques mois l'impact réel que ça aurait sur l'économie française dans ce deuxième trimestre 2016, pour savoir si ça va véritablement mieux pour tous, ou si l'amélioration est limitée à une partie de la population.

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