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Jamais deux sans trois pour Froome

Publié le par JoSeseSeko

Photo: Capture d'écran Youtube

Photo: Capture d'écran Youtube

Vainqueur du Tour pour la troisième fois, Christopher Froome s'impose devant Romain Bardet et Nairo Quintana, avec une manière qui a surpris ses adversaires, médusés au niveau psychologique. Du coup, ce Tour 2016 laisse bon nombre d'observateurs sur leur faim, attendant des attaques de leaders devenues très rares.

La passe de trois est réussie pour Christopher Froome. Le coureur britannique entre de plus en plus dans la légende de l'épreuve, rejoignant le Français Louison Bobet et l'États-unien Greg Lemond au niveau des triples vainqueurs du Tour. Même s'il termine dans les dernières places sur la dernière étape de la 104e édition du Tour de France, remportée par le sprinteur allemand André Greipel sur les Champs-Élysées, le leader de l'équipe Sky a pu savourer cette dernière journée. Le podium du classement général est complété par le Français Romain Bardet (AG2R-La Mondiale) et le Colombien Nairo Quintana (Movistar), signe que le Tour 2016 a été dessiné pour que les grimpeurs s'expliquent entre eux.

Un ascendant psychologique

Pourtant, Chris Froome n'est pas apparu aussi fringant sur ces trois dernières semaines que lors de ses deux précédents triomphes, en 2013 et en 2015. Il était attendu par ses adversaires dans les arrivées au sommet, comme Andorre-Arcalis ou le Mont Ventoux, mais il a pris l'ascendant psychologique sur Quintana et les autres dans... la descente du col de Peyresourde, lors de l'étape Pau/Bagnières-de-Luchon, qu'il a remportée grâce à son numéro dans la descente du col mentionné ci-contre. Et ce, dans un style peu orthodoxe - posé presque sur le cadre et roulant ainsi tout le long de la descente -. Mais aussi en faisant des bordures lors de l'étape Carcassonne/Montpellier. Sur ces exemples, c'était 10-20" de pris (plus les bonifications à l'arrivée), mais comme c'était des attaques surprises, ça a aseptisé ses rivaux les plus dangereux, dont Nairo Quintana.

Mais il ne faut pas oublier combien l'équipe Sky était dominatrice sur ce Tour. Les équipiers de Froome, qui pourraient être des leaders dans d'autres équipes, ont neutralisé les adversaires de leur leader. Mais il y a un bémol dans l'histoire. Lors de l'étape Montpellier/Chalet Raynard (Mont Ventoux amputé des six derniers kilomètres), Froome fut victime d'un incident de course qui le poussa à marcher à pied, en attendant un nouveau vélo, perdant 1'45 dans l'affaire, face à ses concurrents. Mais la commission de course, sous la pression de M. Froome et de la Sky, a gelé cet écart, permettant ainsi au Britannique de rester maillot jaune. Ce qui n'est pas sans rappeler l'influence qu'avaient Lance Armstrong et l'US Postal sur la course au début des années 2000, ainsi que la morale des Animaux malades de la Peste de Jean de La Fontaine:

  • "Que vous soyez puissant ou misérable / Les jugements de cour vous rendront blanc ou noir"

Bardet, pour l'instinct

Dans ce Tour 2016, où finalement les attaques ont été rarissimes, alors que le parcours montagneux s'y prêtait, la lueur d'émotion et d'instinct est venue de Romain Bardet. Le coureur français, a su se montrer équilibriste dans une descente pluvieuse dans l'étape Albertville/Saint-Gervais Mont Blanc, prouvant ses qualités d'excellent descendeur - un des meilleurs mondiaux -, pour aller gagner une victoire d'étape - la seule victoire française sur cette édition -, et ainsi prendre la deuxième place du classement général, à deux jours de l'arrivée à Paris. Le grimpeur auvergnat a pu faire parler la poudre à ce moment-là, embellissant un Tour qui était déjà rondement bien mené de sa part, limitant notamment les dégâts en contre-la-montre (son point faible), pour pouvoir prétendre à une place sur le podium. Et comme au critérium du Dauphiné libéré, il finit en dauphin de Froome, et vu son âge (25 ans), l'avenir semble lui donner des gages, trouvant cette année un équilibre entre son instinct d'attaquant et les responsabilités de leader au sein de l'équipe AG2R-La Mondiale, qui voit un de ses coureurs atteindre le podium, comme l'eut fait Jean-Christophe Péraud en 2014.

Les déceptions Quintana-Pinot

Sur ce Tour, deux favoris étaient attendus au tournant et ont failli dans leur tâche. Il s'agit de Nairo Quintana et de Thibault Pinot. Le grimpeur colombien de l'équipe Movistar, second de Froome en 2013 et en 2015, était attendu comme celui qui ferait tomber le Britannique. Mais il n'avait pas l'air d'avoir les jambes de l'an dernier, notamment dans les Alpes, où il se montra sur la défensive, n'arrivant jamais à enclencher l'accélérateur pour pousser M. Froome dans ses derniers retranchements. D'autant plus que les attaques "surprises" du Britannique ont du lui donner un coup au moral. Néanmoins, le Colombien finit troisième de ce Tour.

Quant à Pinot, c'est plus problématique. Le grimpeur franc-comtois, qui sortait d'un début de saison réussi (2e du Tour de Romandie, champion de France du contre-la-montre), a déraillé physiquement et surtout mentalement dans les étapes pyrénéennes, qui lui font décidément mal, surtout si elles sont les premières véritables étapes de montagne (2013; 2015 et donc 2016). Pourtant, il a eu un sursaut d'orgueil dans l'étape menant à Andorre-Arcalis, mais il coinça dans la montée finale. Puis le choc thermique de cette étape-là (41°C au départ; 4°C à l'arrivée) fit développer un virus qui le contraignit à l'abandon, après l'étape écourtée du Mont Ventoux. D'ailleurs, il ne pourra pas participer aux Jeux olympiques de Rio pour cette raison. Mais la deuxième place prise par M. Bardet pourrait faire enlever de la pression médiatique autour du grimpeur de la FDJ, d'autant qu'il se plairait à faire le Tour d'Italie, soit l'an prochain soit en 2018.

Le show Sagan

En-dehors de Froome, ou de Bardet, il y a un autre coureur qui a donné du piment en ce Tour 2016, c'est Peter Sagan. Le coureur slovaque, champion du monde sur route en titre, a fait le show, en gagnant trois étapes, et en se portant à l'attaque, dans des échappées lors d'étapes de montagne, afin de conquérir le maillot vert (classement par points) pour la cinquième fois consécutive. Agissant de la sorte, il a fait du bien au Tour et son aura auprès du public pourrait pousser l'équipe Tinkoff à continuer son existence, alors qu'elle serait censée s'arrêter à la fin de l'année.

Parmi d'autres coureurs combattifs, on peut citer le Colombien Jarlinson Pantano, qui a quelque part volé la vedette à son compatriote M. Quintana, avec sa victoire à l'étape Bourg-en-Bresse/Culoz et deux fois deuxième dans deux des étapes alpestres (Berne/Finhaut-Emosson ; Megève/Morzine); ou encore Julian Alaphilippe. Le coureur français aurait pu remporter l'étape de Culoz si un ennui mécanique et le manque de réactivité de son équipe ne l'y avaient pas empêché. Enfin, comment ne pas revenir sur la surprise Adam Yates? Le compatriote de M. Froome, maillot blanc (meilleur jeune), qui termine à la quatrième place du classement général, a lutté pour le podium jusqu'au bout, pour sa deuxième participation dans la Grande boucle. Mais c'est l'attaque de Bardet qui l'a délogé du podium, auquel il s'accrochait depuis les Pyrénées. Et dire que l'an dernier, A. Yades était seulement 50e au classement général. Ça laisse songeur... en tout cas, son frère jumeau Simon Yates, a du apprécier le travail mené.

Rendez-vous l'an prochain, avec un grand départ du côté de Düsseldorf, en Allemagne.

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