La rengaine de l'austérité pour l'Espagne et le Portugal

Publié le par JoSeseSeko

Photo: YVES LOGGHE/AP

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Même si des sanctions ne comptent pas se faire au sujet des "dérapages budgétaires" de l'Espagne et du Portugal, la Commission européenne exige que les deux pays de la péninsule ibérique appliquent de nouvelles mesures d'austérité, sans qu'il n'y ait aucune garantie d'efficacité sur le redressement des comptes publics.

L'Espagne et le Portugal l'ont échappé belle. Mercredi 27 juillet, la Commission européenne a finalement décidé de ne pas établir de sanctions économiques à l'égard de ces deux pays. Ces sanctions devaient correspondre à 0,2% du Produit intérieur brut (PIB) de chacun des deux pays. Et pourtant, ça a failli passer. Selon le journal La Tribune (cf lien n°1), le président de la Commission européenne, le Luxembourgeois Jean-Claude Juncker, soutenait l'idée de sanctionner les États ibériques, comme plusieurs dirigeants européens. Néanmoins, la France et l'Italie, d'après le journal économique, défendaient leurs partenaires latins, et ont obtenu gain de cause.

Apparences trompeuses

Cette absence de sanction est perçue comme un signal laxiste par une minorité de dirigeants européens, qui tiennent à un respect des règles et à une grande rigueur financière, d'après le journal Les Échos (cf lien n°2). Comme le rappelle ce quotidien économique, le déficit public de l'Espagne atteignait 5,1% du PIB en 2015; celui du Portugal étant de 4,4% du PIB. Bien éloigné du seuil toléré de 3% du PIB, convenu dans les critères de Maastricht. Vu comme ça, Bruxelles aurait manqué une occasion de faire respecter les règles, en sanctionnant Madrid et Lisbonne, et de se rendre crédible auprès du monde de la finance.

Mais les apparences sont bien trompeuses. En réalité, la Commission sanctionne la péninsule ibérique. Par quels moyens? En imposant de nouvelles mesures d'austérité - coupes budgétaires, hausses d'impôts et taxes, gel des fonds structurels versés aux deux pays - et en obligeant un retour express à un déficit public inférieur à 3% - dès 2016 pour le Portugal; à partir de 2018 pour l'Espagne -. Ce qui représente près d'un demi-milliard d'euros d'économies à faire pour Lisbonne en un an, et 24 milliards d'euros sur trois ans du côté de Madrid, à réaliser essentiellement en 2017, comme l'indique La Tribune.

Risques économiques, politiques

Cette contrepartie qu'est l'austérité exigée par Bruxelles, n'est pas sans risques. Risques économiques tout d'abord, avec un effet de ralentissement d'une croissance qui semblait pourtant repartie dans les deux pays. Notamment en Espagne, où différentes institutions prévoyaient un taux de croissance supérieur à 3% du PIB pour 2016. En outre, dans le cas espagnol comme pour le cas portugais, ce serait faire prolonger une politique d'austérité déjà en place depuis 2011, sans que ça ne réduise considérablement le chômage de masse, laissant poindre l'idée d'une "décennie perdue" car en Espagne par exemple, même s'il a tendance à baisser ces derniers temps - autour de 21% -, il reste plus de deux fois supérieur à ce qu'il était avant la crise (environ 8% en 2007).

Puis ce prolongement de politiques d'austérité présente des risques politiques. Au Portugal, le gouvernement composé de socialistes ne tient que grâce à un accord de soutien trouvé entre le Parti socialiste et la gauche radicale portugaise (Coalition démocratique unitaire; Bloc de gauche), après les législatives d'octobre 2015, où ces blocs sortirent majoritaires. Et l'idée que le gouvernement socialiste de António Costa accepte de nouvelles mesures d'austérité passera très mal auprès des soutiens parlementaires de gauche radicale. Quand à l'Espagne, il n'y a toujours pas de majorité parlementaire, après les élections du 26 juin dernier, bien que la droite au pouvoir avec Mariano Rajoy, ait pu gagner quelques sièges supplémentaires par rapport aux élections du 20 décembre 2015.

Effet Brexit?

Alors pourquoi Bruxelles fait de l'hypocrisie en laissant croire à une absence de sanction alors que le prolongement de l'austérité ou le gel des fonds structurels pour Madrid et Lisbonne prouvent que ces deux pays sont sanctionnés. Est-ce lié à un effet Brexit? C'est fort envisageable, vu la phrase suivante de Pierre Moscovici, ancien ministre de l'Économie et actuel commissaire aux Affaires économiques:

  • "Une approche punitive n'aurait pas été la meilleure au moment où les peuples doutent de l'Europe"

C'est un aveu de méfiance de la part des technocrates, des membres de la classe dominante européenne envers les masses, qui tiennent à suivre l'exemple britannique jusqu'à évoquer une sortie de l'Union européenne (UE). Il faut dire que ce Brexit a de quoi réveiller les esprits, et peut être salutaire pour l'avenir de l'UE. Quand bien même ce serait une sortie par la droite, "la sortie de la plus moche des façons" selon l'économiste Frédéric Lordon.

Toujours est-il que cette hypocrisie sur l'histoire des sanctions envers l'Espagne et le Portugal, des pays très pro-UE au demeurant, la classe dominante européenne semble être aux abois, craignant toute chose qui lui parait subversive, montrant les crocs pour se faire respecter mais parfois, n'anticipant pas le fil des événements, qui peuvent ainsi lui échapper.

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