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La loi Travail ayant besoin d'un nouveau 49.3 pour passer

Publié le par JoSeseSeko

Photo: Reuters

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Le Premier ministre dégaine, pour la troisième fois, l'article 49.3 de la Constitution au moment d'un nouveau passage du projet de loi travail devant l'Assemblée nationale, signe d'une méfiance continue du gouvernement envers sa majorité parlementaire.

Le proverbe "jamais deux sans trois" ne se dément pas. Ce mercredi 20 juillet, alors que le projet de loi travail revient en lecture devant l'Assemblée nationale, le Premier ministre Manuel Valls passe en force, avec une troisième utilisation de l'article 49.3 de la Constitution au sujet de ce texte, qui n'a cessé de faire la polémique et de motiver les esprits à vouloir manifester dans la rue, depuis plusieurs mois. En tout cas, depuis que les sondages sur sa popularité ou sur le projet de loi sont (largement) défavorables, le Premier ministre s'en moque alors que quand c'était positif pour lui, il n'hésitait pas à mettre en avant ces indicateurs. Hypocrisie, quand tu nous tiens...

Bâillonnement de l'opposition de gauche

Toujours est-il que pour la troisième fois, le gouvernement bâillonne le Parlement, et surtout sa majorité à l'Assemblée nationale. Une partie des députés du Parti socialiste (PS), appelée "les frondeurs", est tentée de s'opposer à ce texte, tout comme environ la moitié des députés d'Europe écologie-les Verts (EELV). Ceux du Front de gauche sont majoritairement contre et n'hésiteront pas à signer et/ou déposer une motion de censure envers le gouvernement de M. Valls. Il n'empêche, ces députés socialistes "frondeurs", issus de l'aile gauche du PS pour la plupart, sont poussés vers le départ du parti depuis un moment. Rares sont ceux qui ont osé franchir le Rubicon, ravalant leurs principes afin de s'assurer une investiture pour les élections législatives de juin 2017, qui sont promises à un Waterloo pour le PS tellement les électeurs sont désabusés envers ce parti; ce qui entraînerait le reste de la gauche dans les abysses, comme d'habitude depuis 2012.

Les masques sont tombés depuis longtemps, du côté de la direction du PS et du gouvernement. Ce parti affiche une droitisation extrême depuis son retour au pouvoir, mettant volontiers l'accent sur le sociétal afin de vouloir éviter toute opposition à une remise en cause de conquêtes sociales, considérées par les libéraux, comme des entraves à l'économie. Bref, le PS affiche une pensée thermidorienne, s'exprimant jusque dans la répression des manifestants contre le projet de loi travail, notamment depuis fin avril 2016. Mais il a également une attitude à la fois bonapartiste et stalinienne. Bonapartiste par le culte qui doit être réservé au chef (Hollande ou Valls), à lui déminer le terrain en préparant des primaires à gauche de manière à avoir le moins d'adversaires possibles sur sa gauche en 2017. Stalinienne par l'intimidation et la menace permanente de purges au sein du parti envers des députés tentés par une motion de censure. Une brutalisation de "son propre camp" que regrettait encore feu Michel Rocard, mentor de M. Valls, bien qu'il ait le record d'utilisation de l'article 49.3 - 28 fois! - durant sa période de gouvernement (1988-1991). Mais le contexte était différent à l'époque (majorité relative), diront certains.

Des contradictions sidérantes

Il semble joué qu'une nouvelle mention de censure ne puisse pas voir le jour, comme lors de la précédente utilisation du 49.3, le 6 juillet dernier. Pourtant, certains activistes n'ont pas renoncé à cette idée. En particulier la commission Économie politique de Nuit Debout, qui a multiplié les contacts avec des députés PS, EELV, FG, ainsi que des centristes de l'Union des démocrates indépendants, des élus du parti les Républicains, ou des non-inscrits (Isabelle Attard, Pouria Amirshahi), ayant quitté leur groupe parlementaire depuis plusieurs mois. Cette commission, en place depuis le mois d'avril, a proposé puis rédigé une motion de censure "citoyenne" (cf lien n°2), de manière à convaincre différents bords politiques, soucieux d'être en phase avec les citoyens-électeurs, dont l'opinion au sujet du projet de loi travail est considérée comme en opposition avec le gouvernement.

Les contacts les plus avancés ont été avec des députés PS, EELV et FG (cf lien n°3). Du côté du FG, ça semble marcher pour cette motion. Pour EELV, l'engagement pris à signer une motion de censure semble ne plus être d'actualité selon la commission. Enfin, du côté des "frondeurs" du PS, la plupart des personnes contactées par la commission n'envisagent pas de signer une nouvelle motion de censure. Notamment le député Benoît Hamon. L'ancien ministre, qui s'était initialement engagé pour signer la motion de censure citoyenne, compte plutôt s'aligner sur le comportement de ses collègues maintenant.

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