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Loi travail: pas de motion de censure

Publié le par JoSeseSeko

Photo: PHILIPPE LOPEZ / AFP

Photo: PHILIPPE LOPEZ / AFP

Comme les 58 signatures nécessaires pour déposer une motion de censure n'ont pas pu se faire, le projet de loi travail est passé en deuxième lecture à l'Assemblée nationale, avant de retourner au Sénat. Un geste qui ne sera guère pardonné par plusieurs milliers d'électeurs envers le Parti socialiste.

Pas de motion de censure. Dès mardi soir, la droite avait indiqué qu'elle n'en ferait pas. Par contre, l'opposition de gauche, notamment du côté du Front de gauche (FG) et d'Europe écologie-les Verts (EELV) comptait en déposer une avant 15h, ce 6 juillet, soit 24 heures après l'utilisation de l'article 49.3 par le Premier ministre Manuel Valls, engageant la responsabilité du gouvernement sur le projet de loi travail qui mobilise, même si ça a décliné sur la manifestation, mardi 5 juillet. Par conséquent, le projet de loi est adopté à l'Assemblée nationale. Il doit tout de même retourner au Sénat avant d'adopter une lecture définitive, le 20 juillet.

Refus de franchir le Rubicon

Comme en mai dernier, lors de la précédente tentative de motion de censure "progressiste", l'aile gauche du Parti socialiste (PS) et les partis à gauche du PS ne sont pas arrivés à faire déposer une motion de censure. Et toujours à deux voix près, car il il faut 58 députés minimum pour prendre en compte cette motion de censure, et que seulement 56 députés ont osé signé une telle déposition. Signe que les députés socialistes "frondeurs" le sont de manière dégradée. Bon nombre d'entre eux sont terrifiés à l'idée de ne pas être investis pour les élections législatives de 2017 et espérer sauver leur siège. Mais le gouvernement et la direction du PS ont comme principe: "obéissez ou je tire!" Par conséquent, ils n'osent pas franchir le Rubicon de l'honnêteté intellectuelle et politique. Ça confirme bien l'idée que le PS d'aujourd'hui a deux expression faciales: d'abord une face bonapartiste, exacerbant le respect du chef autoritaire et imposant aux députés de se comporter en pantins. Et d'autre part, un visage stalinien, où la menace de la purge est agitée à tout bout de champ.

Une addition à saler

Par cet acte, le gouvernement prouve combien il n'entend que ce qu'il veut entendre, en dépit des leçons électorales du passé. Le projet de loi travail a nourri tellement de crispations depuis plusieurs mois, et une opposition de la rue qui suit la devise de Paris "fluctuat nec mergitur" ("il est battu par les flots mais il ne sombre pas"). Mais M. Valls n'en a cure et compte passer en force, à l'instar de son ancien mentor politique, l'ancien Premier ministre Michel Rocard (1998-1991), mort le 2 juillet dernier.

Or, à moins d'un an des élections présidentielles et législatives, c'est un signal d'autoritarisme et de droitisation qui ne passe plus pour nombre d'électeurs susceptibles de voter PS. Pour preuve, beaucoup d'articles de presse indiquent la chute du nombre de militants socialistes depuis 2012 et si on rajoute l'annulation de l'université d'été du PS, prévue à Nantes fin août, c'est signe que l'addition va être salée pour le parti. Déjà que les dernières échéances électorales ont enregistré une chute vertigineuse d'élus socialistes, l'état-major du parti devrait se préparer à une déculottée l'an prochain, pire que lors de la présidentielle de 2002 et les législatives de 1993.

Vote ou abstention?

En tout cas, ce genre de comportement du pouvoir, complètement inverse à ses engagements au moment de 2012, ne va pas inciter des citoyens prolétaires ou de classes moyennes prolétarisées à voter un PS ouvertement (social-)libéral. Au contraire, ça illustre la thèse d'un "cens caché" au niveau du vote, chère au sociologue Daniel Gaxie, où ce dernier indique que la classe dominante (bourgeoisie) vote davantage et les élus agissent encore plus pour les intérêts particuliers de cette dite classe sociale. En parallèle, l'abstention est plus forte pour la classe dominée (prolétariat), car elle s'estime lésée par les gouvernements successifs et pour certains de ses membres les plus politisés, elle vit dans une pseudo-démocratie, voire une a-démocratie. Faut-il s'attendre à une abstention massive l'an prochain, pour les deux grandes élections nationales? C'est une hypothèse à ne pas écarter, même si elle signerait la désacralisation de la présidentielle aux yeux des citoyens car c'est l'élection qui recueille le plus de participation électorale.

En tout cas, le vote PS n'est plus une garantie. Mais comme dans les précédentes élections (municipales, européennes, départementales, régionales), ce parti entraîne tout le reste de la gauche dans une trajectoire mortifère, avec un Valls dans la peau du fossoyeur le plus parfait (ou presque), puisqu'il est considéré par la droite, par plusieurs "mass media" et se considère lui-même, comme quelqu'un de gauche. Mais bon, comme le disaient les Inconnus, ayant bien repéré le comportement des élus, des publicitaires, des médias, avec une ironie mordante: "Il ne faut jamais prendre les gens pour des cons mais il ne faut pas oublier qu'ils le sont".

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