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Sale temps pour la gauche française

Publié le par JoSeseSeko

Photo: Twitter

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Avec l'annonce de la réforme de la déchéance de nationalité par le gouvernement, la gauche française semble se montrer impuissante, comme ce fut le cas tout au long de l'année 2015.

Annus horribilis pour la gauche française. Pour elle, 2015 sera une année à oublier, pour beaucoup de personnes qui tiennent à ses idées. Mais pour d'autres, une leçon à tirer si cette gauche veut relever la tête, afin de convaincre des citoyens qui sont déçus - à juste titre - du gouvernement de Manuel Valls, ainsi que du président de la République, François Hollande.

Le boulet "socialiste"

Le Parti socialiste (PS), au pouvoir avec Hollande et Valls, entraîne dans son échec politique toute la gauche radicale française alors que celle-ci a commencé à prendre conscience qu'il devenait suicidaire de suivre sans se poser de question la citrouille PS. L'histoire de la déchéance de nationalité relancée par Hollande suite aux attaques du 13 novembre dans Paris, a poussé certains militants socialistes de quitter le parti car ils ne se reconnaissent plus dans le choix pris par la direction du PS, dans la droite ligne du gouvernement, qui marque un but contre son camp. Mais ça, le pouvoir exécutif n'en a cure, tenant à lorgner sur la droite et l'extrême-droite pour rester au poste en 2017 (cf lien n°1). Une stratégie qui ne manque pas d'audace mais vouée à l'échec car nombre d'électeurs ont en tête le proverbe suivant: "préférer l'original à la copie".

Cette politique droitière des cadres du PS et du gouvernement ne peut qu'être nuisible à la gauche radicale française. À croire qu'elle a oubliée qu'après le 9 thermidor et l'exécution de Maximilien Robespierre, elle fut mise au banc suite aux émeutes réprimées par l'armée en 1795. Bon, on n'est plus dans cette extrémité-là mais politiquement, les thermidoriens du PS (Hollande, Valls, Jean-Christophe Cambadélis, etc.) mettent en ridicule les idées de la gauche radicale (refus de l'austérité, défense de l'alternative socialiste/communiste, adaptation à la crise écologique avec l'écosocialisme, abandon de tout impérialisme néo-colonial et foncièrement raciste), mais comme le PS est présenté comme un parti de gauche, à l'instar du Parti radical dans la IIIe et la IVe Républiques, il en est en vérité le fossoyeur rêvé par les défenseurs de "l'ordre établi".

Une gauche radicale en lambeaux

À la gauche du PS, ça devient une friche, voire un champ de ruines. Les élections régionales ont confirmé la tendance décroissante de cette partie de l'échiquier politique hexagonal observable depuis 2012, alors qu'en son sein, la recherche de l'autonomie par rapport au PS prenait forme avec le temps. Du côté d'Europe écologie-les Verts (EELV), la duperie de l'accord passé avec le PS en 2012 et l'axe social-libéral du gouvernement ont poussé la majorité du parti à adopter une stratégie d'autonomie, ou d'alliances avec le Front de gauche. Ce qui n'a pas été du goût de certains élus EELV (François de Rugy, Jean-Vincent Placé), qui ont claqué la porte durant l'été pour former l'Union des démocrates et écologistes, une coalition de partis tenant à une alliance avec le PS coûte que coûte, pour avoir des élus.

Pour le Front de gauche (FG), c'est plus délicat. D'abord, la question des rapports avec le PS cristallise les tensions au sein des partis membres de la coalition, en particulier le Parti communiste français (PCF) et le Parti de gauche (PG), les deux partis les plus importants. Le PCF, autour de Pierre Laurent, tient à soigner ses relations avec le PS comme c'est le cas depuis les années 70-80, où les socialistes ont pris le dessus sur les communistes, rendant ces derniers vulnérables et soumis. Le PG, avec Jean-Luc Mélenchon, ancien socialiste, tient au contraire à accentuer la différenciation à faire entre le FG et le PS, pour éviter d'être entraîné dans la chute de ce dernier. En vain. Comme l'écrit l'historien Roger Martelli, le Front de gauche arrive "à la fin d'un cycle", appelant à un renouvellement de sa pensée, en étant une force novatrice, passant de "l'anti" au "post" ou à "l'alter", ou du moins davantage le porter dans son programme politique (cf lien n°2).

Tirer des leçons de l'Europe

Pour la gauche française, non seulement elle doit se remettre en question sur sa perspective nationale, mais aussi au niveau européen. Et c'est au FG que le travail devra être fait. la coalition a été ravie de voir son allié grec, Syriza, gagner les législatives en début d'année, voyant le jeune leader Aléxis Tsípras devenir Premier ministre. Cela donnait des ailes même si ça savait bien que ça allait être compliqué. Mais en dépit du référendum du 5 juillet, le revirement de Syriza, devenu un nouveau Pasok, tuant toute volonté d'alternative politique et économique en Grèce car Tsípras et ses camarades ont sacralisé l'euro, alors que cette devise forme un couple infernal avec l'austérité. Mais là encore, il faudrait qu'au sein du PCF, ça évolue car comme au sujet du PS, les communistes tiennent à une certaine ligne qui a fait long feu. Et ce, en dépit de remarques d'intellectuels de gauche comme l'économiste et philosophe Frédéric Lordon, qui ne cesse d'alerter dans ses articles publiés dans le mensuel Le Monde Diplomatique.

Du coup, avec l'amère expérience de Syriza en Grèce, certains rabattent leurs espoirs sur Podemos, en Espagne. Même piège puisque Pablo Iglesias, leader de Podemos, suit une trajectoire similaire à celle de Tsípras, en déclarant qu'il ne peut pas faire plus que Syriza, une fois au pouvoir. Ça n'a pas empêché Podemos d'être la troisième force politique espagnole, avec les élections législatives du 20 décembre dernier, mais ce parti paie quand même l'évolution social-démocrate de Syriza car en début d'année 2015, il pouvait prétendre à la victoire. Néanmoins, ce qui fait que ces partis aient pris de l'importance (en-dehors du rapport à l'euro), c'est qu'ils accordent du crédit aux jeunes (des leaders entre 30 et 40 ans), adaptés aux nouvelles technologies en matière de communication, malgré divers horizons sociaux, et qu'ils ont adopté une ligne autonomiste par rapport aux sociaux-démocrates (en réalité sociaux-libéraux). Ce qui n'est pas visible en France car la gauche radicale ne tient pas (ou plus) à promouvoir de jeunes cadres dirigeants, privilégiant l'ancienneté, un horizon social et pigmentaire standard (classe moyenne supérieure, blanc), ne pouvant pas ainsi attirer l'attention de citoyens prolétaires et racisés vers eux, même si les idées convergent. Bref, le "Podemos à la française" ne s'improvise pas.

Pour conclure, il y a quelques années (2011, je crois), le journal Courrier international titrait en une: "la gauche française est-elle la plus bête du monde?" Quatre ans plus tard, on serait tenté de dire "oui", mais en vérité, il faudrait affiner en déclarant que le PS français est le plus bête du monde et qu'il attire le reste de la gauche française dans sa chute.

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