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Le foot bourgeois verrouille la Ligue des Champions

Publié le par JoSeseSeko

PHOTO: AFP/TOBIAS SCHWARZ

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La formule de la Ligue des champions, à partir de 2018 jusqu'en 2021, a été réformée, vendredi 26 août à Monaco, renforçant le poids des quatre grands championnats européens (Espagne, Angleterre, Allemagne, Italie). Une preuve supplémentaire que le capitalisme libéral, au nom de la concurrence, tend vers l'oligopole et aliène les esprits (supporters).

Les grands clubs européens ont le sourire. Et il y a de quoi. Vendredi 26 août, l'Union des associations européennes de football, connue sous le sigle UEFA, a entériné une réforme sur la participation à la Ligue des champions pour l'horizon 2018-2021, permettant au quatre meilleurs pays selon l'indice UEFA d'avoir 4 clubs qualifiés dans les phases de poule. Le lobby des grands clubs européens, l'Union des clubs européens (ECA), qui prit le relais du G14, est pleinement satisfait.

Une UEFA affaiblie

Le jeu du chantage de l'ECA a pleinement fonctionné pour que cette réforme aille dans son sens. En effet, ce lobby menaçait de créer une nouvelle compétition, la SuperLeague, afin que l'UEFA puisse générer davantage de recettes pour les grands clubs européens (Manchester United, Real Madrid, FC Barcelone, Bayern Munich, Juventus Turin, Borussia Dortmund, Milan AC, etc.) et ça a bien marché. D'autant plus que l'instance du foot européen est affaiblie dans sa gouvernance car Michel Platini est démis de ses fonctions par rapport à des histoires de pots-de-vins liés au scandale de la FIFA et de son ancien président, Sepp Blatter, et que le successeur de M. Platini ne sera pas élu avant le 14 septembre prochain.

En outre, cette réforme ne touche pas à l'organisation des phases de poule (32 équipes réparties en huit groupes de quatre clubs). Donc, à partir de 2018, la moitié des places sera acquise de facto à quatre clubs issus des championnats espagnol, anglais, allemand et italien. Une défaite pour Michel Platini car quoiqu'on puisse penser de son rôle dans le "FIFA gate", l'ex joueur de l'équipe de France dans les années 1980 et triple Ballon d'or était détesté des grands clubs, en instaurant le fair-play financier (limitation des déficits des clubs) puis en ouvrant l'accès à des clubs issus des "petits pays" à la Ligue des Champions.

Une France cocue?

La nouvelle de cette réforme d'attribution des places en Ligue des Champions, ainsi que le nouveau mode de calcul de l'indice UEFA, basé sur les 10 dernières saisons à partir de 2018 - et non plus sur les 5 dernières comme maintenant -, suscite des réactions contrastées. Jean-Michel Aulas, président de l'Olympique lyonnais et membre de l'ECA, ne cachait pas sa joie de voir cette réforme aboutir. Dans une interview accordée au journal l'Équipe, il estime que la France y gagne car il y aurait un tour préliminaire en moins pour le troisième club susceptible d'arriver en phase de poule, et il ne rencontrerait pas un club issu des quatre pays dominants. De même que selon M. Aulas, "les ressources des clubs en Ligue des Champions vont augmenter de 30% environ".

Mais cet optimisme est loin d'être unanime. Un de ses homologues de Saint-Étienne, Bernard Caïazzo, ne mâche pas ses mots sur cet accord:

  • "la France se retrouve condamnée à la cinquième place à vie, dans le meilleur des cas. Cette décision a été prise à la hussarde alors que l'UEFA n'a plus de président. Nos clubs sont spoliés. La Ligue va se mobiliser et tenter de mobiliser les autres Ligues."

Ça promet des discussions tendues dans les instances du foot français dans les prochaines semaines, sachant que la Ligue de football devra élire un nouveau président, suite au départ de Frédéric Thiriez en avril dernier.

Le foot bourgeois écrase tout

Cette réforme montre combien le foot-business, qu'il faudrait appeler foot bourgeois, tient à augmenter son pouvoir depuis l'arrêt Bosman, il y a 20 ans de cela. Et comme le foot est un secteur économique comme un autre, il est notable de remarquer qu'il suit la tendance générale de l'évolution du mode de production capitaliste depuis les années 1980-1990. Faire miroiter les esprits sur la question des vertus du marché, de la concurrence, imaginer un monde avec une croissance infinie des revenus et qu'avec la concurrence, tout le monde a une chance de réussir. Bref, le discours libéral classique, néo-classique, qui se répand volontiers dans les mass media, qui est véhiculé dans l'enseignement supérieur et qui "gagne dans les têtes".

Mais c'est en fait un instrument d'aliénation de la part de la classe dominante (bourgeoisie) envers la classe dominée (prolétariat). Et ce, d'autant plus que le football est le sport prolétaire, ouvrier, par excellence. C'est encore plus aliénant car ça touche profondément les milieux populaires. Or, force est de constater qu'au nom de la concurrence, de la liberté du marché, un oligopole est en place et ne cesse de se renforcer, pour concentrer encore plus de recettes. M. Aulas a avoué l'enjeu de la réforme. La moitié de la gouvernance des coupes européennes va tomber sous la coupe des clubs, l'autre moitié pour l'UEFA. Ça donne un pouvoir immense aux grands clubs et la menace d'une ligue fermée pesait lourd car il laisse entendre que cette ligue fermée pouvait générer "cinq milliards d'euros annuels" de recettes pour les clubs.

Bref, une dynamique de concentration des pouvoirs économiques et politiques au sein d'un petit nombre - voire un futur monopole -, c'est ce qu'avait analysé Karl Marx au XIXe siècle et dans une moindre mesure Joseph Aloïs Schumpeter au XXe siècle. À moins d'un réveil miraculeux, les supporters ne seront plus considérés que seulement des consommateurs d'un spectacle sportif.

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