Défilé de la tyrannie de la majorité

Publié le par JoSeseSeko

Défilé de la tyrannie de la majorité

L'invalidation des arrêtés municipaux anti-burkini par le Conseil d'État pourrait peut-être calmer des esprits échaudés ces dernières semaines. Toujours est-il que la gauche politique n'en ressort pas grandie auprès des citoyens français d'origine extra-européenne, ainsi que dans le reste du monde.

Est-ce que c'est véritablement la fin de la récrée de la connerie? Ce n'est pas sûr mais en invalidant les arrêtés municipaux contre le port du burkini sur des plages françaises, au début du mois d'août 2016, le Conseil d'État peut permettre, vendredi 26 août, de calmer le jeu, qui devenait de plus en plus morbide (cf lien n°1). La polémique sur ce vêtement, considéré comme un moyen d'asservissement de la femme musulmane pour certains, comme une expression de la liberté de culte pour d'autres, n'a pas cessé de défrayer la chronique ces quinze derniers jours. Le tout, peu de temps après des attaques terroristes qui ensanglantèrent le territoire en juillet.

Une image déplorable

Le grand effet de cette montée en puissance de cette histoire par différents protagonistes aura été de donner une image déplorable de la France. L'image d'un pays laïc a pris un gros coup car d'une part, tous ceux qui se réclament de la laïcité, pointaient du doigt leurs compatriotes de confession musulmane qui joueraient les provocateurs ou qui seraient aliénés par le courant salafiste en portant ce vêtement dans des plages, pouvant provoquer des troubles à l'ordre public. Et d'autre part, cette affaire servit de prétexte pour exiger une réforme de l'Islam de France, notamment au niveau politique, avec l'exemple de la nomination de Jean-Pierre Chevènement à la présidence de la Fondation pour l'Islam de France, et dont certains propos appelant à la "discrétion" passent mal. Bref, la loi de 1905, instaurant la laïcité "à la française", s'est fait doublement violer par des personnes qui s'en réclament.

Mais "une image vaut mille mots". Celle de la femme partiellement voilée et sommée de se déshabiller par des policiers, dans une plage à Nice, alors qu'elle dormait, en est un triste exemple. Ça montre à quel point la dérive totalitaire est mûre dans l'Hexagone, rappelant combien "l'esprit du 11 janvier" 2015 est une illusion de plus dans l'histoire de France car le vivre-ensemble est un mythe, dans le cadre d'une société capitaliste développée comme l'est celle de la France.

Obsession religieuse

Cette histoire indique l'obsession que fournit la religion en général, et l'islam en particulier, auprès des décideurs politiques. Le fait qu'il y mettent le curseur là-dessus n'est pas anodin dans la mesure où ça oriente les esprits ailleurs que sur les questions économiques, sociales ou diplomatiques. Mais du coup, ces gens-là commettent des maladresses qui prouvent malgré tout que ça s'inscrit sous un angle de lutte des classes, un terme ô combien mal vu mais pourtant essentiel. Durant l'été 2015, la France permit à la famille royale d'Arabie Saoudite de privatiser une plage et de se faire protéger par la police, alors que ce pays est le point de départ des courants les plus intégristes de l'islam. Un an après, des Français de confession musulmane, n'ayant pas le même niveau de vie que le roi d'Arabie Saoudite et sa famille, se font embêter par des policiers sur les plages françaises. Le "deux poids-deux mesures" y trouve un argument de choix ici.

Le camp de la discorde

Ça pourrait s'arrêter là, mais la "tyrannie de la majorité", chère à Alexis de Tocqueville, sociologue bien-pensant du XIXe siècle, a horreur d'être concurrencée sur le terrain politique, sous l'angle pigmentaire. Du 25 au 28 août, un "Camp d'été décolonial" s'organise du côté de Reims, afin que les "non-blancs" puissent se réunir entre eux. Alors là, le "consensus mou de la démocratie molle" tire à boulets rouges contre ces compatriotes qu'ils condamnent d'être anti-républicains et de faire du "racialisme" (cf lien n°2). Et ce, du Front national au Parti socialiste (plus des fractions du Front de gauche). Les médias ne sont pas en reste, notamment le journal Marianne, qui ne mâche pas ses mots contre cette réunion "non-mixte" et "interdite aux blancs". Ce qui sous-entend que selon les organisateurs, le blanc est forcément un ennemi, aux yeux de l'auteur de l'article dans Marianne. Mais s'il s'était (un peu) renseigné sur le programme (cf lien n°3), il y a un sujet qui est posé, s'intitulant "Qu'est-ce qu'un(e) allié(e)?" Ce qui signifie clairement qu'un "blanc" n'est pas un ennemi en soi et que ce sujet, parmi les autres qui vont être discutés dans ce camp d'été, s'inscrit dans une perspective sociale et dans une trajectoire de long terme. Bref, le rapport de force politique est valorisé.

Du coup, ces politiciens et hommes de média "blancs", surtout à gauche, reprochent à ce mouvement vu comme "marginal", d'agir comme les Afro-américains. Mais ces bien-pensants oublient qu'ils ont américanisé la France, pour le meilleur et surtout pour le pire (violences policières, politique extérieure atlantiste, "racisme institutionnel", etc.). Face à ce contexte, les "racisés" estiment qu'utiliser les différentes méthodes des Afro-américains des années 1960 (Malcom X, Black Panthers, Martin Luther King) pour faire avancer leurs droits. Mais tout ça oblige à rappeler que ces biens-pensants politiques ou médiatiques qui se disent de gauche ne comprenaient pas non plus pourquoi des afro-descendants s'estimaient insultés (à juste titre) lors de l'exposition Exhibit B, fin 2014. Ils affichaient ainsi une attitude condescendante et surtout fraternaliste. Et dire que la notion de fraternalisme est due à Aimé Césaire, lorsqu'il écrivit sa Lettre à Maurice Thorez en 1956, expliquant son départ du Parti communiste français (PCF) par l'attitude du PCF, aligné sur le dogme de Joseph Staline, avec l'instauration de peuples "avancés" qui doivent aider des peuples "arriérés" à foncer vers la Civilisation et le Progrès, tels des grands frères montrant à leurs cadets la marche à suivre (même si elle est violente). Une pratique fort éloignée de la pensée de Karl Marx et que Césaire dénonce, au nom du marxisme, du communisme, de l'internationalisme.

Communautarisme?

En fait, toutes ces histoires montrent combien l'antiracisme "moral", symbolisé par des associations telles SOS Racisme, la LICRA, le MRAP, etc. plus des think tanks comme le Printemps républicain ne savent pas lutter contre le racisme, au contraire. Et du coup, des nouveaux antiracistes "politiques" et "racisés" entendent bien approfondir la lutte antiraciste, quitte à s'inscrire dans une démarche de rupture. Par conséquent, les seconds se font accuser de "communautarisme" par les premiers. Ce genre d'attitude du camp dominant, majoritaire, n'est pas sans rappeler celle du personnage de Basile dans le Mariage de Figaro de Beaumarchais, au moment où la mère de Figaro épouse le docteur Bartholo, avec les répliques suivantes:

Figaro s'approche. Y a-t-il longtemps que Monsieur n'a pas vu la figure d'un fou?

Basile. Monsieur, en ce moment même.

Figaro. Puisque mes yeux vous servent si bien de miroir, étudiez-y l'effet de ma prédiction. [...]

Cette émergence d'un "antiracisme politique" fait peur et oblige à en jeter l'opprobre à tout prix, quitte à finalement s'aligner sur une droitisation des esprits. Et si ces gens-là espèrent que les citoyens "non-blancs" viendront voter en masse l'an prochain, pour la présidentielle et les législatives, c'est qu'ils croient au Père Noël tellement ils poussent cette partie de la population à bouder les urnes et que ces derniers, notamment les plus jeunes, sont moins tentés d'être silencieux, de courber l'échine.

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