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Une police sur les nerfs

Publié le par JoSeseSeko

Photo: Capture d'écran

Photo: Capture d'écran

Une série continue de manifestations de nuit de la part de fonctionnaires de police, en soutien envers leurs collègues attaqués à Viry-Châtillon et grièvement blessés, souligne la nervosité que ces fonctionnaires traversent ces derniers temps. Mais n'ont-ils pas également une part de responsabilité, ainsi que les élus de tout bord, dans la détérioration des rapports entre eux et des citoyens des quartiers populaires?

Depuis la nuit du lundi 17 au mardi 18 octobre, plusieurs dizaines de policiers manifestent au niveau des Champs-Élysées, suite à l'agression qu'ont connu deux des leurs dans le quartier de la Grande-Borne, situé dans les villes de Viry-Châtillon et de Grigny, dans l'Essonne. Plus les jours passent, plus ça semble se radicaliser car ces manifs sauvages en fait se font par une base qui est irritée de ses syndicats, pourtant bien orientés à droite, notamment le syndicat Alliance, qui est le plus important dans la police nationale. Et dans la nuit du mercredi 19 au jeudi 20 octobre, certains policiers menaçaient de marcher sur l'Élysée. Digne d'un putsch militaire de jadis!

Hors-la-loi

Plusieurs images de ces manifestations de nuit montrent une grande partie du cortège de flics marchant à visage couvert. Ce qui est illégal, bien entendu, depuis une loi de 2010. D'autant plus s'ils sont armés. Et d'ailleurs, les policiers et les politiciens dénigraient ainsi des manifestants à la loi travail durant le printemps 2016 car ils se couvraient le visage, pour une partie d'entre eux, considérée de facto comme des casseurs. En même temps, les jets de gaz et de grenade lacrymogène par les CRS incitaient à se couvrir. Mais là, pas de cris d'orfraie des politiciens face à un tel comportement de la part des policiers, qui peuvent ainsi être hors-la-loi, en toute impunité. Comme quoi, entre des policiers et des citoyens lambda, soit "que vous soyez puissant ou misérable, les jugements de cour vous rendront blanc ou noir" (Jean de La Fontaine), ou soit "tous les animaux sont égaux mais certains sont plus égaux que d'autres" (George Orwell).

Soutenir la police ou pas?

Sur les réseaux sociaux, les appels à soutenir la police sont manifestes, ces jours-ci. Le mot-dièse #JeSoutiensLaPolice a fait fureur sur Twitter, notamment du côté de la droite libérale-conservatrice et de l'extrême-droite, comme l'attestent ces différents tweets:

Ce soutien est quelque peu hypocrite quand on y songe, vu comment la droite a fortement réduit, notamment sous la présidence de Nicolas Sarkozy, le nombre de fonctionnaires de police. Ce dont se plaignent volontiers les manifestants, appelant le gouvernement actuel à recruter encore plus de flics qu'il ne le fait actuellement.

En parallèle, un autre hashtag (version anglaise du mot-dièse) #QuiNousProtegeDeLaPolice a vu le jour et comme on peut s'y attendre, il affiche une couleur très liée à la gauche radicale (communisme, anarchisme), de nature très méfiante - euphémisme - à l'égard des forces de l'ordre "social" selon ces militants. En voici quelques exemples:

En tout cas, c'est la preuve que le clivage droite-gauche, qui semble si désuet pour les bien-pensants, le mainstream, n'est pas prêt de s'éteindre.

Une détérioration globale

Les réactions diamétralement opposées au sujet des policiers soulignent combien il y a une détérioration globale entre les forces de l'ordre et la société civile ces dernières années. Comme rappelé tantôt, la droite de gouvernement a supprimé des postes de policiers entre 2007 et 2012, de même que dès 2003, un certain Nicolas Sarkozy, alors ministre de l'Intérieur, supprima la police de proximité, la jugeant inefficace et axant sur l'aspect purement répressif de cette institution régalienne. Il est d'ailleurs très complexe de faire un bilan de la police de proximité, promue par le gouvernement de Lionel Jospin (gauche plurielle).

Toujours est-il que les tensions sont palpables par rapport à la police. Les comportements des flics durant leur excitation mutuelle avec les "casseurs" durant les manifs contre la loi travail renforcent cette idée de tension, alors que la marche (illusoire) du 11 janvier 2015 semblait sceller une réconciliation entre flics et citoyens, à tel point que ces derniers sont allés "embrasser un flic". Et dire que pour certains, quand ils étaient plus jeunes, ils déclaraient que le bleu marine leur "fait gerber". Enfin, il faut rappeler des affaires comme la mort d'Adama Traoré en juillet 2016 et qu'aucune condamnation envers les forces de l'ordre n'a pas pour l'instant été prononcée, signe que le laxisme de la justice n'est pas forcément là où il serait déclaré dans les médias. Puis le vote des fonctionnaires de police, qui évolue fortement vers le Front national ces dernières années, n'est pas prêt de rassurer les citoyens Français, notamment ceux ayant des origines extra-européennes, cibles de choix pour tous les amalgames possibles et imaginables. Bref, l'horizon semble s'obscurcir à vitesse grand V.

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