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L'hebdomadaire Marianne en cessation de paiement

Publié le par JoSeseSeko

L'hebdomadaire Marianne en cessation de paiement

Le journal Marianne, fondé par Jean-François Kahn et Maurice Szafran, annonce déposer le bilan alors qu'il s'apprêtait à fêter ses 20 ans d'existence. Conséquence d'une ligne éditoriale fraternaliste et droitisée qui aura fait fuir trop de lecteurs.

Le numéro 1030 de Marianne pourrait être l'un des derniers. L'hebdomadaire qui existe depuis 1997, en prolongement de l'Événement du jeudi, s'est déclaré en cessation de paiement en décembre dernier, en raison de salaires et de 13e mois impayés par la direction du journal. Le journal, détenu à 86% par Yves de Chaisemartin, PDG du titre de presse, verra son statut clarifié par le tribunal de commerce de Paris jeudi 5 janvier. Selon plusieurs sources, Marianne devrait être mis en redressement judiciaire pour six mois avec poursuite de l'activité journalistique. "Le redressement judiciaire nous permettra de préserver notre trésorerie et d'investir, notamment pour développer le site" affirme le PDG. D'ailleurs, le prix de vente en kiosques passe de 3,5€ à 4€ dès le prochain numéro. Un cadeau de début d'année pour tenter de renflouer les caisses.

Chute des ventes

Ce qui provoque ce dépôt de bilan est la situation économique du journal. D'une part, les recettes publicitaires du journal ont chuté de 25% en 2016 mais ce sont les ventes qui posent problème. Selon l'OJD, le journal vendait en moyenne 143.571 exemplaires sur le troisième trimestre 2016, soit une baisse de 8,3% par rapport aux 156.646 exemplaires moyens vendus en 2015. D'ailleurs, l'année 2015 avait marqué une hausse des hausses, signe que le lectorat semblait revenir au sein de Marianne. Mais ça reste bien loin de 2012, où l'hebdomadaire affichait plus de 230.000 exemplaires vendus en moyenne selon l'OJD. Ce qui signifie combien le mandat de François Hollande a porté la poisse à ce journal considéré comme de gauche par de nombreux analystes. Mais malgré tout, Marianne compte procéder à des investissements, portés sur le numérique, où les abonnés pourraient écrire des chroniques sur le site du journal, selon la direction de la rédaction.

Une ligne éditoriale ratée

Certes, le dépôt de bilan de Marianne illustre l'état économique d'une presse française en grande difficulté, se rendant du coup frileuse à l'idée d'injecter de jeunes journalistes dans les rédactions, surtout s'ils sont non-blancs et en dépit de leurs compétences journalistiques réelles. En parallèle, la presse français subit une schizophrénie palpable de la part du lectorat, qui la lit et qui la critique en même temps, sans peser le pour et le contre. Mais ce qui arrive à Marianne est lié à sa stratégie de conquête de nouveaux lecteurs, à sa ligne éditoriale. En effet, le mandat de Nicolas Sarkozy a fait que Marianne adopta une ligne éditoriale à gauche qui séduisait les lecteurs. Mais après l'élection de François Hollande, l'hebdomadaire a droitisé sa ligne, en voulant élargir son lectorat, notamment sur la question de l'islam. En lien avec l'islam, le laïcisme affiché par le journal donna des pages entières à Caroline Fourest ou au politologue Laurent Bouvet, initiateurs du Printemps républicain, qui apporte un soutien à Manuel Valls dans sa campagne en ce moment.

Par voie de conséquence, de nombreux lecteurs de gauche ont fui le journal et ses positions islamophobes - sur le burkini à l'été 2016 -, ou négrophobes avec l'exposition ExhibitB en décembre 2014. Et ce, sans convaincre des lecteurs de droite, qui préfèrent de loin l'original - Valeurs Actuelles - à une ridicule copie. Mais l'évolution de Marianne montre combien le fraternalisme est ancré à gauche, comme le dénonçait Aimé Césaire en 1956, dans sa Lettre à Maurice Thorez. Et ce journal est un élément, parmi d'autres, des difficultés de la gauche française actuelle à prendre en considération l'antiracisme politique et se réconcilier avec lui. En outre, écrivant des articles pour dénoncer un communautarisme arabo-musulman ou afro-descendant, le journal Marianne affiche en retour un communautarisme blanc qui possède la presse et peut donc s'exprimer sans souci. Une hypocrisie quand ça prétend défendre le pluralisme des idées, la liberté de la presse.

Peut-être vous dites-vous, chers lecteurs, que je suis entrain de tirer sur une ambulance de manière gratuite. Or, pour être honnête, j'étais lecteur de Marianne durant quelques années et que si je fais cette critique, c'est en connaissance de cause. D'ailleurs, pour prouver combien ce journal a mal évolué, un article d'octobre 2015 intitulé "18-25 ans: Génération gonflée... et gonflante?" était navrant au niveau journalistique et je ne me suis pas gêné d'en faire une critique acerbe sur ce point. Bref, peut-être que Marianne servira d'exemple pour une presse qui se doit d'être cohérente avec elle-même pour convaincre des lecteurs.

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