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Quand Macron tente de blanchir l'Occident sur les problèmes de l'Afrique

Publié le par JoSeseSeko

Photo: AFP/LUDOVIC MARIN

Photo: AFP/LUDOVIC MARIN

Durant sa conférence de presse finale du sommet du G20 à Hambourg, le président Emmanuel Macron a indiqué qu'il tient au renforcement des relations en matière de sécurité. Mais l'idée d'un plan pour le développement de l'Afrique serait voué à l'échec et les problèmes de l'Afrique sont liés à différents trafics et au terrorisme, à ses yeux.

"Le défi de l’Afrique, il est totalement différent, beaucoup plus profond et civilisationnel aujourd’hui" s'exclame Emmanuel Macron, suite à une question posée au sujet de la politique du G20 envers l'Afrique, samedi 8 juillet à Hambourg (cf vidéo ci-dessus). Durant cette conférence de presse, le président français a tenu à faire entendre que la question des moyens ne saurait pas régler les problèmes du continent africain. Dans un exercice d'auto-question et d'auto-réponse, Macron a listé ce qui sont, à ses yeux, les fameux problèmes de l'Afrique, que sont "les États faillis, les transitions démocratiques complexes, la transition démographique qui est l’un des défis essentiels pour l’Afrique, les trafics multiples qui nécessitent des réponses pratiques en terme de sécurité, de coordination régionale. Trafic de drogue, trafic humain, trafic de bien culturel et c’est le fondamentalisme violent du terrorisme qui fait tout cela. Tout cela mélangé, crée les difficultés de l’Afrique".

Pyromane

Vu les propos de Macron, il y aurait de quoi être d'accord dans un premier temps. Mais si chacun utilise la réflexion, le temps de l'analyse, il y a de quoi se dire que Macron fait dans la rhétorique bien-pensante de l'Occident qui serait le pompier alors que c'est le pyromane dans l'histoire. Pourquoi? Prenons le début de la réponse. Les États faillis, la complexité des transitions démocratiques sont essentiellement dus à des structures économiques et sociales issues de l'histoire coloniale, qui alimentent la corruption généralisée dans une logique néocoloniale. Après tout, les richesses du continent africain sont largement contrôlées par les multinationales occidentales - dont françaises -, plus celles venant de Chine, au détriment de populations locales maintenues dans une trappe à pauvreté, quand il ne s'agit pas de guerres où les femmes se font violer et les enfants transformés en chair à canon. Sans compter, dans le cadre spécifique de l'Afrique francophone, le contrôle que fait Paris au niveau monétaire avec le Franc CFA, ce cancer économique pour cette région de l'Afrique, dont plusieurs économistes souhaitent en finir mais dont Macron n'en a pipé mot dans sa conférence de presse. Or, ces éléments-là sont des problématiques structurelles pour l'Afrique, poussant une partie de la population, la plus éduquée, à s'exiler pour espérer réussir, risquant de s'exposer au racisme institutionnel comme dans l'ensemble de l'Europe par exemple.

Sur la question du terrorisme, il serait bon de savoir qui a fait en sorte qu'il prenne ses aises sur le continent? Bien moins les pouvoirs locaux corrompus, qui sont effectivement des boulets pour l'Afrique, que les pays occidentaux et leur politique militaire qui sait détruire mais qui ne sait pas reconstruire après. Les interventions occidentales en Irak et en Libye ont fait que L'Irak post-Saddam Hussein ou la Libye post-Mouammar Kadhafi ont servi de base pour diverses organisations terroristes qui peuvent s'y disséminer et tenir longtemps, foutant un bordel monstre. Et ces dernières peuvent trouver des moyens d'agir dans différents endroits, avec des soutiens locaux, pour mieux se cacher ensuite, comme Boko Haram, allié de Daech au Nigéria, au Tchad, au Niger, etc.

La clé de la démographie

Un des éléments de réponse de Macron dans son opposition à un plan d'aide pour le développement de l'Afrique est le suivant: "Dans des pays qui font encore 7 enfantements par femme, vous pouvez dépenser des milliards d’euros, vous ne stabilisez rien". Autrement dit, ça fait trop de gosses. Si Macron avait été plus précis dans son discours - mais un politicien français précis, surtout sur des questions internationales, il faudrait croire au père Noël -, il aurait du dire qu'en Afrique, le nombre d'enfants par femme est de 4,45 en moyenne, et que le taux de croissance démographique sur le continent est de 2,45% selon les données de l'Institut national d'études démographiques. Ce qui relativise les choses et permet de rappeler que la mortalité est également très élevée en Afrique, pour diverses raisons (guerres, pandémies, difficulté d'accès aux produits de santé de qualité majoritairement fabriqués en Occident, etc.).

La démographie est une clé, sinon la clé pour les enjeux du continent africain. Soit la jeunesse africaine, ainsi que les afro-descendants nés ou ayant grandi en Occident, arrive à faire son trou et faire relever la tête d'un continent qui forme encore un colosse aux pieds d'argile. Soit, elle subit verrouillage institutionnel, de par l'influence historique et encore présente du dit Occident loin d'être un bienfaiteur comme il tente de se faire passer à travers le discours de Macron, et cette jeunesse tentera de percer en Occident, agissant comme un effet boomerang sur ce dernier. À plus d'un titre d'ailleurs puisque l'Afrique sera le continent le plus impacté par le réchauffement climatique tout au long du XXIe siècle. D'où l'encyclique du pape François en 2015, qui veut prendre l'Occident capitaliste par les bons sentiments, afin d'éviter une trop grande compression à l'échelle de la planète qui aboutirait à une explosion dans des esprits qui pourraient être sensible à l'écologie politique, à l'écosocialisme.

En tout cas, personne ne peut se permettre de se disculper, y compris l'Afrique elle-même car elle n'a pas su amputer ses membres les plus corrompus, afin de retrouver sa place dans l'histoire alors qu'elle y était entrée de plein pied. Ce qui veut dire que la vision eurocentrée de l'histoire devra descendre de son piédestal. Ce qui ne serait pas un mal.

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