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François, la nouvelle "voix futée" de l'Église

Publié le par JoSeseSeko

Photo: AFP

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L'encyclique écolo du pape François, éditée en version papier le jeudi 18 juin, suscite des réactions largement positives, ce qui correspond à un nouveau Rerum Novarum de la part du meilleur allié du Capital.

"Un geste sans précédent". Cette phrase de Laurent Fabius, ministre des Affaires étrangères, balancée sur Twitter, résume bien la bonne réception de l'encyclique Laudato si' (traduit par Loué sois-tu en français) du pape François, publiée le 18 juin (bien que le site du Vatican indique que c'est en ligne depuis le 24 mai, voir lien ci-dessous). Du coup, toute la presse internationale, tous les gouvernements et les hommes d'affaires saluent ce texte du souverain pontife, à l'exception de certains catholiques climato-sceptiques, notamment aux États-Unis.

Sauver la "maison commune"

À l'heure où les pays se préparent à un sommet sur le climat très attendu en décembre prochain à Paris, cet appel du Pape à faire attention à la "maison commune". Les émissions de gaz à effet de serre, qui ne cessent de battre des records d'année en année, réveillent une méfiance traditionnelle de la part de l'Église envers les améliorations technologiques car elles conduiraient davantage à la destruction de la nature qu'à la préservation de son équilibre. Et ce qui pousse le Pape à écrire, c'est que le réchauffement climatique menace les populations les plus pauvres qui "vivent dans des endroits particulièrement affectés par des phénomènes liés au réchauffement, et leurs moyens de subsistance dépendent fortement des réserves naturelles et des services de l’écosystème, comme l’agriculture, la pêche et les ressources forestières."

Faisant fi des critiques, le Saint-père affirme que "le changement climatique est un problème global aux graves répercussions environnementales, sociales, économiques, distributives ainsi que politiques, et constitue l’un des principaux défis actuels pour l’humanité. Les pires conséquences retomberont probablement au cours des prochaines décennies sur les pays en développement." Il paraît, à ses yeux, nécessaire de faire du climat un "bien commun", accusant au passage les décideurs économiques et politiques (la classe dominante, quoi), qui "semblent surtout s’évertuer à masquer les problèmes ou à occulter les symptômes, en essayant seulement de réduire certains impacts négatifs du changement climatique."

Prendre par les bons sentiments

François semble montrer à la face du monde sa fibre écolo et entend bien peser de son autorité spirituelle pour modifier les rapports de force, à l'avantage des plus pauvres, et en s'ouvrant vers les non-croyants ou les minorités, comme il le fait (oralement) depuis le début de son pontificat. C'est brave, pourraient dire les candides. Mais si on est sérieux et connaisseur de l'histoire, on se rend compte que François utilise une vieille ficelle connue de ses prédécesseurs. Il veut prendre les hauts placés (comme lui) par les bons sentiments, leur indiquant qu'il faut être mesuré, ne pas déconner car ce serait la porte ouverte à des philosophies subversives (écologie politique, socialisme, écosocialisme), qui marginalisent "l'opium du peuple".

Pour illustrer mon propos - vu que pour l'instant, vous semblez effarés, chers lecteurs -, je vais vous parler de l'encyclique Rerum Novarum du 15 mai 1891, du pape Léon XIII. Cette encyclique est considérée comme un brûlot contre le capitalisme, où le Pape tente de défendre la classe ouvrière, s'indigne du fait que les capitalistes créent de la misère à côté d'eux, qu'ils ne méritent pas d'être des fidèles, etc. En fait, l'arrière-pensée de Rerum Novarum, comme l'explique l'historien Henri Guillemin (un chrétien très à gauche) dans la vidéo ci-dessus (à partir de 12:11), est la suivante: "Messieurs les capitalistes, soyez raisonnables. N'approfondissez pas la misère des prolétaires! À force, cela renforcera les voix prônant la subversion et poussera les esprits à vouloir détruire l'ordre social dans lequel je suis votre fidèle allié." De même que François s'ouvre vers les non-croyants, Léon XIII appelait implicitement à une entente entre les élites (catholique, libre-penseur, athée, etc.), pour sauvegarder les structures économiques et sociales, même si elles sont de plus en plus inégalitaires.

François = Léon XIII = réactionnaire retardataire

Donc, Laudato si', ce Rerum Novarum du XXIème siècle, montre combien l'Église reste d'une hypocrisie génétique depuis la période de l'esclavage, qui l'a enrichie. Et comme pour Rerum Novarum, cette encyclique de François est extrêmement retardataire. Cela fait plus de 40 ans que le Club de Rome dit ces choses-là. Un discours également tenu depuis plus de 40 ans pour René Dumont, premier candidat écologiste à l'élection présidentielle en France (en 1974), ou encore André Gorz, un des meneurs de l'écologie politique. Et même, on pourrait remonter à Karl Marx, qui en esquissait déjà certaines lignes dans le Capital en 1867, ou Adam Smith, bien loin d'être favorable au tout-marché.

Pour celles et ceux qui auraient encore des doutes sur la pertinence de mon propos, je vous cite deux personnages diamétralement opposés (Jean Jaurès, Georges Bernanos), mais qui ont réagi de la même manière face à l'encyclique de Léon XIII. À propos de la "voix futée" de Léon XIII, le socialiste Jaurès disait ceci: "L'Église ne s'est tournée vers les faibles que le jour où ils ont commencé à être une force. Elle a été comme ces parents hautains et durs, qui sont pris soudain de tendresses et d'égards pour un parent pauvre en apprenant qu'il va faire un gros héritage." Bernanos, écrivain monarchiste, proche de l'extrême-droite, fit un commentaire semblable: "C'est l'Eglise qui s'offre aux classes dirigeantes comme un contrefort indispensable contre le socialisme....Tôt ou tard, Rome se rejettera vers la réaction politique et sociale." La forme a évolué mais le fond reste le même. L'opium du peuple tient à garder son rôle de rempart contre l'écologie, l'écosocialisme, car c'est une question de survie.

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