Plan Juncker, un miracle pour l'Europe?

Publié le par JoSeseSeko

Photo: Keystone

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Depuis la fin du mois de novembre, la Commission européenne, avec son président Luxembourgeois Jean-Claude Juncker, a préparé un plan de relance pour une économie de l'Union européenne qui affiche une croissance molle.

Les tenants les plus modérés d'une autre politique économique européenne que celle de l'austérité, semblent être satisfaits. Le plan Juncker, du nom du président de la Commission européenne, prévoit 315 milliards d'euros d'investissements dans des infrastructures (transports, etc.), la recherche, le numérique, ou encore la transition énergétique. Sur ce dernier exemple, ce serait une bonne dynamique pour des États dépendants du pétrole, actuellement en baisse mais dont l'effet boomerang est à craindre, ou d'autres énergies potentiellement dangereuses comme le nucléaire.

Soutien timide du couple franco-allemand

Mais pour que ce plan ait une concrétisation réelle, il faut que les États de l'Union européenne (UE), en particulier ceux de la zone euro, y trouvent leur compte dans cette histoire. Et dans ce cas, c'est l'Allemagne et la France qui donnent la plus grande impulsion en matière de politique européenne, étant donné que Berlin et Paris sont les 2 premières puissances de l'UE. En début de semaine, le couple franco-allemand a déclaré soutenir le plan Juncker, sans pour autant préciser l'apport qu'il ferait dans cette politique de soutien de l'activité.

Toujours est-il que de part et d'autre du Rhin, on tient à l'existence de ce plan, y compris en Allemagne, qui commence à ressentir sur sa propre économie, les effets négatifs des politiques d'austérité que Berlin a imposé à ses partenaires. L'équilibre est devenu instable pour la première puissance économique de l'UE. Et du côté de Paris, cela permet un léger relâchement de la pression européenne sur la question du déficit que traîne l'Hexagone.

Un pari sur le privé

Mais pour arriver à un tel montant, la Commission européenne fait un gros pari sur l'investissement privé. En effet, seulement 21 milliards d'euros d'argent public sont prévus dans le plan Juncker, 16 par le budget européen (prévu pour être en équilibre) et 5 par la Banque européenne d'investissement. Et la Commission Juncker estime qu'il y aura un effet de levier de 15 (BEI). Ce qui signifie que pour un euro investi par la Commission et la BEI, 15 euros seront créés dans l'économie réelle, grâce aux investissements privés. C'est juste énorme. D'où les 315 milliards.

Une chimère économique

Le problème dans cette histoire, c'est que les décideurs européens pensent pouvoir faire une relance tout en voulant couper dans les structures économiques de l'État, avec obligation de réduire les dépenses publiques pour les États membres de l'UE suite au Traité pour la stabilité, la coordination et la gouvernance, qu'ils ont signé en 2012. Or, dans ce cas, selon des économistes hétérodoxes, vouloir faire un appel d'air aux entreprises tout en leur réduisant des débouchés avec l'État, c'est presque tuer la poule dans l'œuf.

En outre, vu les comparaisons internationales, le plan Juncker fait pâle figure à côté du plan Obama, aux États-Unis, puisque Washington a lancé en 2009 près de 650 milliards d'euros d'investissements publics, dont les effets viennent peu à peu démontrer leur efficacité en 2014, avec un taux de chômage qui décroît, et en jouant également sur le rachat des titres de dette publiques par la Réserve fédérale, ce que l'UE évite de faire pour la Banque centrale européenne (BCE).

Question de l'euro

Enfin, il reste un sujet qui reste difficilement débattu, c'est l'euro. La monnaie unique représente un boulet pour nombre de pays, malgré le fait que les annonces du président de la BCE, Mario Draghi, sur le taux directeur et la question de la lutte contre la déflation, ont permis à l'euro de réduire son taux de change avec le dollar (américain), passant sous la barre des 1,23$ (pour 1€), une première depuis 2009.

Toujours est-il que l'euro a une mauvaise réputation et que cela est perçu (avec des nuances) comme un choc asymétrique positif pour l'Allemagne. Or, un euro davantage contrôlé par une BCE plus à l'écoute des citoyens européens, qui ne sont pas forcément si hétérogènes qu'on pourrait le penser, pourrait harmoniser la zone. Mais c'est un doux rêve, je crains.

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