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Une technocratie dominante en Europe

Publié le par JoSeseSeko

Photo: Philippe Sautier/ SIPA

Photo: Philippe Sautier/ SIPA

Une technocratie dominante en Europe

Les récents démêlés entre la Grèce et le reste de l'Union européenne montrent à quel point les peuples, même consultés, sont aux abonnés absents, face à une technocratie qui fait la sourde oreille aux revendications qui ne lui plaisent pas d'avance.

En ce 15 juillet, les Parlements nationaux sont appelés à voter l'accord trouvé dimanche 12 juillet pour un plan d'aides à la Grèce, contre une politique d'austérité. Le Parlement grec risque d'être tendu, vu que certains membres de Syriza, le parti de gauche radicale du Premier ministre Aléxis Tsípras, ont signalé leur intention de voter contre, sachant que le Premier ministre, qui a signé cet accord, émet des réserves sur ce sujet. Les autres parlements des pays membres de l'Union européenne vont voter pour assez largement.

Le pouvoir aux technocrates

Comme certains journaux - The Guardian ou La Tribune par exemple - l'ont écrit, l'accord du 12 juillet est une punition envers la Grèce, voire une défaite de l'Europe, vu l'ampleur de la réaction des chefs d'État conservateurs, Allemagne en tête, plus la technocratie européenne, face au "Non" au référendum du 5 juillet en Grèce sur l'accord du 26 juin dernier, qui était en fait la première version de l'accord du 12 juillet. La main tendue de Tsípras semble être une volte-face, voire une trahison pour certains. Cela montre à quel point l'humoriste Coluche avait du bon sens avec la formule qu'on a attribué: "La dictature, c'est ferme ta gueule. La démocratie, c'est cause toujours!"

En plus, ils n'ont pas traîné car ils voulaient stopper rapidement cet incendie avant qu'il ne se propage ailleurs (Espagne, Portugal, Irlande, Italie, etc.). En cela, ils ont retenu la leçon. En 2005, ces mêmes conservateurs technocrates, fidèles à l'orthodoxie économique, étaient stupéfiés par le "Non" en France et aux Pays-Bas au Traité constitutionnel européen (TCE). Ils avaient mis trois ans avant de le faire passer en tapinois par le Parlement en France, avec le traité de Lisbonne, qui en est sa copie conforme. Néanmoins, ce TCE bis a connu des difficultés en Irlande, où il a fallu 2 référendums pour le faire valider, en 2009. Le gouvernement irlandais (conservateur) plus le reste de l'UE forçaient les irlandais à s'incliner, alors qu'ils avaient voté "Non" auparavant.

Extension d'absence démocratique

Malgré l'existence d'un Parlement européen, élu par les électeurs, cette institution est marginale au sein de l'organisation européenne. Il n'a guère les moyens de contrôler la technocratie, voire même, il la soutient, comme l'a avoué l'allemand Martin Schulz, le président social-démocrate du Parlement européen, qui voudrait un "gouvernement de technocrates" à la place du gouvernement Syriza -Grecs indépendants en Grèce. Du coup, je me permets, chers lecteurs, de vous écrire un paragraphe de l'économiste Francis Delaisi, issu d'un ouvrage méconnu mais ô combien important, La Guerre qui vient, écrit en 1911 (avant 14-18 par conséquent)

  • "En dépit des apparences démocratiques [en France], le peuple, on le sait, ne gouverne plus et ne contrôle plus ses gouvernants. Une petite bande de capitalistes se sont emparés des Conseils d'administration des grandes Sociétés financières; ils tiennent en leurs mains les banques, mines, chemins de fer, compagnies de navigation, d'eau, de gaz, d'électricité, bref tout l'outillage économique de la France [...] ils dominent le Parlement, disposent des ministres et prennent à leur solde la grande presse qui fait l'opinion publique. Habilement cachés derrière le paravent démocratique, ils sont en réalité les maîtres des destinées du pays."

On est exactement dans ce cas de figure, à l'échelle continentale désormais! Si on en a conscience, deux choix s'imposent: soit s'abstenir, avouant que le vote a un "cens caché" aujourd'hui, soit voter pour "les extrêmes" (sachant que la grande presse fait croire que l'extrême-droite et l'extrême-gauche, c'est bonnet blanc-blanc bonnet. Or, c'est une tromperie complète.). Du coup, si on est sérieux, réfléchi et qu'on analyse correctement l'information, le fait, alors il est évident que parler d'une crise grecque est un contresens absolu. C'est une crise européenne, dont la classe dominante, s'appuyant sur les politiciens conservateurs, n'a pas l'air disposée d'en sortir. En outre, le mainstream économique, déjà surpuissant au niveau académique, l'est davantage au niveau des institutions politiques. Difficile pour un hétérodoxe de pouvoir influencer les gouvernants et les gouvernés face à une telle machine de guerre! Mais pas impossible non plus. Les prix Nobel états-uniens Joe Stiglitz, Paul Krugman, l'économiste français Thomas Piketty, qui sont loin d'être des antilibéraux, tirent la sonnette d'alarme. Un François Hollande pourrait être inspiré de les écouter et de convaincre via leurs idées, par exemple. Mais bon, ça devient du rêve!

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