Le PSG en quête d'une identité

Publié le par JoSeseSeko

Le PSG en quête d'une identité

Le Paris Saint-Germain, version Qatar, entend bien continuer sa domination sur le football français. Encore faut-il que les supporters les plus prolétaires s'y reconnaissent, ce qui n'est pas évident, tellement l'embourgeoisement du club est flagrant.

La saison 2015-2016 de Ligue 1 reprend ses droits ce week-end. Avec sa victoire à Lille vendredi 7 août, le Paris Saint-Germain (PSG), champion en titre, entend continuer sa mainmise sur le championnat français, commencée en 2013, face à une opposition qui a certes recruté en masse - l'AS Monaco avec des arrivées de jeunes joueurs, ou le grand bluff lancé par l'Olympique de Marseille (OM) en matière de transferts jusqu'à présent -, mais qui ne semblerait pas en mesure de faire vaciller le club parisien, selon plusieurs spécialistes de ce sport (anciens footballeurs, journalistes sportifs). Ce qui prouve combien la fameuse incertitude du sport a fait long feu.

Un embourgeoisement important...

Mais le PSG version Qatar espère enfin arriver à gagner la Ligue des champions, et être ainsi le deuxième club français à remporter le trophée européen le plus prestigieux (l'unique vainqueur français étant l'OM en 1993: "À jamais les premiers!"). Et pour cela, il compte y mettre les moyens financiers, d'autant plus que le club de la capitale française n'est plus concerné par le Fair-play financier depuis juin dernier. Ainsi, le PSG a pu s'offrir les services du milieu offensif argentin Angel Di Maria, ancien joueur du Real Madrid et de Manchester United, pour 63 millions d'euros.

Cet embourgeoisement du point de vue des capacités financières du club se confirme également dans les tribunes. Les abonnements au Parc des princes suivent une courbe hyper-inflationniste depuis 2010 (avant même le rachat du PSG par un consortium qatari), à contre-courant du risque de déflation de l'ensemble de l'économie française, soit dit en passant. Les supporters les plus bourgeois, seuls ou en famille, sont les plus à-même de suivre leur club de cœur à domicile, aidant en cela le PSG à accroître ses recettes en matière de billetterie, qui sont largement comparables à celles d'autres clubs européens désormais (Real Madrid, FC Barcelone, Manchester United, Juventus Turin, Bayern Munich, etc.).

... mais discriminant au niveau social

Officiellement, le relèvement des tarifs est fait pour garantir le "confort [des] supporters", dixit Frédéric Longuépée, directeur général adjoint du PSG, dans une interview accordée au journal Le Parisien en avril 2015. Le problème, c'est que le club tend à se séparer de ses supporters les plus prolétaires, qui ne peuvent plus se permettre le luxe de s'abonner, de voir un match au Parc des princes, avec cette politique des prix. Auparavant, il utilisait la voie de la répression, notamment en 2010, suite à la mort d'un supporter parisien qui s'entre-tuait avec un autre, en marge d'un PSG-OM gagné par les olympiens - champions de France cette année-là par ailleurs -, pour substituer certains supporters prolos dangereux par des bourges. Maintenant, c'est par les prix que cette gentrification s'intensifie.

Par conséquent, les mécontents s'expriment. Sur le réseau social Twitter, le hashtag #HonteAuPSG a pas mal tourné en mars-avril, au moment de la publication des tarifs pour la saison 2015-2016, certains montrant le prix de leur abonnement. À croire que supporter un club devient un goût de luxe!

Une âme perdue, plus d'hypocrisie

Cette question du prix est symbolique de l'évolution du football depuis 30 ans, avec des supporters qui tiennent vraiment à leur club qui sont mis au banc, remplacés par ce que j'appelle les supporters-consommateurs, ce que d'autres dénomment "footix". Le PSG suit cette voie, initiée par le Royaume-Uni, spécialiste en matière d'innovations qui ont pour but de déconstruire tout lien social en-dehors de celui créé par l'argent, rendant joueurs et fans interchangeables. Par conséquent, malgré la présence de joueurs prestigieux (Di Maria, Zlatan Ibrahimovíc, Edison Cavani, David Luiz, Thiago Silva, etc.) et d'un entraîneur (Laurent Blanc) qui a des résultats, un malaise se créé chez les fans du PSG. Et ce, depuis un moment. Un ami de mon père me confiait amèrement, au moment du rachat par le Qatar (2011): "Si on devient champions, cela ne sera que par l'argent!" Un ancien camarade au collège me racontait l'été dernier: "Je suis mal-à-l'aise avec ce PSG." Ou encore, mon meilleur ami, qui m'avouait ceci en mai dernier: "Je ne me reconnais pas dans le PSG actuellement, notamment à cause du manque de joueurs français titulaires." Ce dernier témoignage pointe du doigt l'absence d'âme française - exception faite du milieu relayeur Blaise Matuidi - au sein du club de la capitale qui titularise davantage des joueurs étrangers et ne semble pas faire place aux joueurs français, à l'instar des clubs anglais avec les joueurs nés du côté d'Albion.

D'un autre côté, il y a de l'hypocrisie, masquant à peine une capitulation de la part d'autres supporters. Je vous en apporte un nouvel exemple personnel, chers lecteurs, et pas des moindres, puisqu'il s'agit de mon père. Habituel fan du PSG, il était écœuré du comportement du PSG envers l'entraîneur Antoine Kombouaré fin 2011 et m'avait déclaré ceci: "S'ils virent Kombouaré, je ne supporterai plus jamais le PSG. Mieux, je supporterai l'OM!" Force est de constater qu'au fil du temps, il a oublié cette parole et est redevenu un supporter du PSG, tel un mouton qui revient la queue entre les jambes auprès de son berger, après être sorti du troupeau de l'aliénation. Pas étonnant du coup d'entendre certains penseurs ou politiciens proches du marxisme parler du foot comme d'un nouvel "opium du peuple"!

Une résistance organisée peu à peu

Néanmoins, il ne serait guère précis de ma part, de ne pas parler des mouvements alternatifs qui se font entre les supporters parisiens. Plusieurs supporters, inquiets de la voie suivie par la direction du club sans qu'il n'ait de comptes à rendre à ceux qui viennent au match, s'organisent dans un mouvement appelé "Socios PSG", inspirés par le modèle des supporters-actionnaires en Espagne, qui sont davantage informés et influents sur la vie du club, sa gouvernance économique et ses projets de moyen-long terme. Et ce d'autant plus que les députés planchent sur la question de "l'actionnariat populaire", avec une proposition de loi déposée en ce sens en juin 2015.

Une initiative bienvenue car quoique disent les supporters-consommateurs actuellement majoritaires, le PSG se mure dans un silence de mort. L'ambiance au Parc des princes est de plus en plus morne, en contradiction totale avec le développement sportif, comme l'affirment plusieurs supporters ces derniers mois, fatalistes et dépités qu'ils sont. Même un ancien joueur du club, Mamadou Sakho, le signale dans la presse.

Pour finir, je citerai une phrase du philosophe suisse des Lumières Jean-Jacques Rousseau, car elle illustre bien la situation actuelle du foot-business (embourgeoisement à tous crins, aliénation des footix, résistance parcemée mais réélle), et du monde capitaliste en général: "On a de tout avec de l'argent, hormis des mœurs et des citoyens."

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