Une embellie à suivre

Publié le par JoSeseSeko

Photo: JPDN/SIPA

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L'augmentation des ventes de voitures en France en 2015 est signe d'une bonne santé des constructeurs automobiles, malgré la polémique sur les moteurs diesel. Les constructeurs français reprennent du poil de la bête et un changement s'opère dans les choix des consommateurs.

Tout d'abord, je tiens à vous souhaiter une bonne et heureuse année 2016, mes chers lecteurs. Qu'elle soit signe de prospérité, d'équilibre, d'harmonie dans tous les domaines de votre vie. Et pour ce premier article de l'année, je tenais à parler d'automobile. Durant mon séjour familial en Italie, je tombais sur le journal de TV5 Monde, une chaîne francophone, le vendredi 2 janvier, évoquant la bonne tenue des ventes de voitures en France en 2015. Ma sœur me demanda si le pétrole aurait joué un rôle clé dans cette histoire. C'est sûr que cette énergie n'est pas anodine, mais d'autres facteurs sont à tenir compte pour faire une analyse élargie et plus précise de la situation.

L'automobile au top

La faible croissance de l'économie française n'a pas l'air de se démontrer au niveau de l'automobile. Les ventes de voitures particulières neuves en France ont bondi de 6,9% l'année dernière selon le Comité des constructeurs français d'automobiles (CCFA), soit 1,917 million de bagnoles neuves contre 1,796 en 2014. C'est la plus forte croissance du secteur depuis 2009 (cf lien n°1), année marquée par l'introduction de la prime à la casse, afin de rajeunir le parc automobile français (un automobiliste français gardant sa voiture plus de 8 ans en moyenne). Sur l'ensemble de l'année, ce sont les constructeurs français qui se taillent la part du lion puisque Renault et PSA (Peugeot-Citroën) ont vu leurs ventes croître de 5,2% et 4,2%, le premier restant quand même derrière le second. En effet, PSA reste le groupe automobile vendant le plus de voitures en France, avec plus de 550 000 véhicules vendus en 2015 contre près de 480 000 pour le groupe Renault. En tout cas, c'est une bonne nouvelle pour les deux, avec des actions qui ont monté au CAC 40 (cf lien n°2), notamment pour Renault, rouillé par des luttes internes entre Carlos Ghosn, le PDG, et l'État français, qui avait augmenté ses part dans le capital de l'ex-Régie au cours du mois d'avril 2015.

Du côté des constructeurs étrangers, Volkswagen affiche une bonne santé, avec une croissance des ventes de l'ordre de 3,9% sur l'année, même si sur le mois de décembre, le constructeur allemand paie le contrecoup de l'affaire de tricherie sur les tests anti-pollution, avec une chute de 8,9% des ventes - dont -15,9% pour la marque Volkswagen -, par rapport à décembre 2014, selon les données du CCFA. Un véritable coup dur pour le "Deutsche qualität"! Du coup, les autres constructeurs étrangers (Toyota, Ford, Mercedes, Fiat, etc.) grignotent des parts, comparativement à leur concurrent allemand mais aussi envers les constructeurs français, bien que ces derniers soient majoritaires dans leur marché domestique.

Un changement structurel sourd

Derrière ces données dans le vert, comment y voir les raisons de cette bonne nouvelle? Et j'écris bien au pluriel car elles sont multiples et diverses dans leurs importance. De même qu'il faut savoir si elles sont endogènes ou exogènes, comme disent les économistes. Il y a au moins trois raisons de cette embellie de l'automobile en France qui me viennent à l'esprit:

  1. La première est liée au pétrole. Comme j'avais raconté tantôt, ma sœur me demanda si le prix du pétrole aurait influencé dans la consommation de voitures (bien qu'une voiture soit en réalité un investissement). Je lui ai alors répondu que le pétrole est un facteur clé pour expliquer cette hausse des ventes. En effet, le prix du baril de pétrole a chuté de plus de la moitié de sa valeur durant l'année 2015, oscillant entre 40 et 50 dollars le baril, contre plus de 110 dollars en juin 2014. Une baisse bienvenue pour les constructeurs. Mais comme cette baisse est liée à des problèmes géopolitiques et non à la structure même du marché de l'or noir, il faut considérer le pétrole comme un facteur exogène qui rend l'économie folle, et dont le secteur automobile ne peut jouer un contrôle là-dessus.
  2. La deuxième raison, selon moi, est endogène, c'est la chute du diesel. La France est connue pour être le pays où le moteur diesel est roi, en raison d'une fiscalité avantageuse car les constructeurs français fabriquaient surtout ce type de voitures par le passé. Mais avec le scandale de Volkswagen sur les tests anti-pollution des voitures diesel, l'image s'est vite traduite car selon le CCFA, le parc automobile français était composé à 57,2% de voitures diesel en 2015, contre 63,9% en 2014. Mais comme l'essence a absorbé la plupart des pertes du diesel (38,6% du marché en 2015 contre 33% en 2014), cela donne une stagnation des voitures utilisant pleinement des énergies fossiles (95,8% en 2015 contre 96,9% en 2014)
  3. Dernière raison, également structurelle et liée à la précédente, c'est le développement des véhicules hybrides ou électriques à 100%. Les voitures hybrides sont passées de 2,5% à 3,3% du marché, de même que le CCFA indique que les ventes de voitures électriques ont bondi de 64% en 2015, de manière à ce qu'elles représentent 0,9% du parc automobile, contre 0,6% l'année précédente. Et ce, en dépit de la baisse du pétrole. C'est dire si le défi de l'électrique peut marcher en France, avec un changement structurel profond dans les mentalités des automobilistes.

Maintenant que ces raisons, selon moi, sont posées, comment vont-elles interagir dans les prochaines années? Selon des connaisseurs du marché de l'automobile, le changement structurel encore sourd, à l'avantage des voitures hybrides ou électriques, va s'intensifier en raison des dispositifs fiscaux qui vont devenir moins avantageux pour les voitures diesel et à l'inverse renforcés pour les véhicules hybrides ou électriques, ces derniers étant un moyen de rajeunir le parc automobile française où la bagnole est estimée (à juste titre) être un investissement de moyen/long terme. En outre, la technologie, la recherche sur la batterie va rendre progressivement le coût d'une voiture électrique moins cher. De même que le prix du pétrole ne pourra pas rester à son niveau actuel car structurellement, il est poussé vers une hausse très forte et durable. Enfin, si le reste de l'économie française affiche une meilleure mine en 2016, avec pour effets une baisse du chômage et une montée des salaires, alors la demande de voitures neuves pourrait continuer de croître, indépendamment du changement structurel qui s'opère.

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