Esprit Charlie, existes-tu?

Publié le par JoSeseSeko

Esprit Charlie, existes-tu?

Un an après l'attaque de la rédaction de Charlie Hebdo, de l'Hyper casher de la porte de Vincennes et deux mois après les attaques dans Paris, l'atmosphère est assez tendue en France pour certains, en fonction des origines sociales ou ethniques. Bien loin de la devise "Liberté, égalité, fraternité".

Pour commémorer le premier anniversaire de l'attaque qu'il a subi, le 7 janvier 2015, le journal satirique Charlie Hebdo n'a pas fait dans la dentelle. Sa une (cf vidéo ci-dessus) montre Dieu dans la peau d'un tueur avec une kalachnikov, comme celles utilisées par les frères Kouachi pour mitrailler Cabu, Bernard Maris, Charb, Tignous, etc. Cette une choque nombre d'esprits, on en fait une polémique, mais en vérité, c'est pathétique! Et comme dit une certaine personne sur Facebook: "Quand tu dis que Dieu n'existe pas, c'est pas très logique de l'accuser de vendre des armes". Une phrase de bon sens puisque la ligne de Charlie est athée. Pour des personnes ne croyant pas en Dieu, qu'est-ce qu'elles en parlent alors! Bref, des athées pour rire car se focalisant sur Dieu, ils en oublient la condition humaine et n'arrivent pas à la cheville d'autres athées tels l'allemand Karl Marx, le russe Mikhaïl Bakounine ou bon nombre des Communards de 1871, qui pointaient leur pensée sur l'humanité, point.

Sacralisation

Le plus paradoxal dans cette histoire est que depuis un an, ce journal satirique, qui chargeait sur le domaine du sacré (religion), a été sacralisé par les pouvoirs publics et la grande majorité de la classe politique française, au nom de la liberté d'expression. Les morts doivent se retourner dans leur tombe! Et ce d'autant plus qu'avec son athéisme pour rire revendiqué, Charlie Hebdo avait une sensibilité anarchiste. Être porté aux nues par les défenseurs de l'ordre bourgeois, c'est bien cocasse quand on y songe!

Il n'empêche, l'hebdomadaire illustre bien le proverbe: "à chaque chose, malheur est bon." En effet, depuis cette tragédie, le journal vit mieux financièrement parlant. Auparavant, menacé de disparition malgré 40 à 50.000 exemplaires vendus par semaine, il vend désormais plus du double, sans compter les millions d'exemplaires du numéro qui a suivi l'attaque du 7 janvier. Puis l'un des projets de Charb, à savoir une réforme des aides à la presse à l'avantage de journaux hebdos ou mensuels généralistes, fut passé durant l'année 2015, ne masquant pas les difficultés des journaux français, communes à celles d'autres pays.

Dérive sécuritaire

Mais cette attaque du 7 janvier montra que la France n'est plus à l'abri du terrorisme et que dans ce genre de situation, la réponse classique est la dérive sécuritaire, comme au XIXe siècle envers les anarchistes puis les socialistes. À peine visible après janvier, sauf avec la loi renseignement, cette dérive s'accéléra en novembre, suite aux attaques dans Paris. Premier axe, l'État d'urgence, qui soit disant simplifie les enquêtes policières contre les terroristes réels ou supposés mais vise au-delà, des formes d'opposition, y compris pacifiques, à la politique gouvernementale. Les manifestants écologistes assignés à résidence ou arrêtés au moment de la COP21 en savent quelque chose.

Le coup de grâce est venu du président François Hollande lui-même, en demandant une réforme de la Constitution avec une extension de la déchéance de nationalité, le 23 décembre dernier. Ce but contre son camp de la part du président n'est pas passé inaperçu, montrant bien le cynisme pervers des hommes de pouvoir, clôturant d'ailleurs un annus horribilis pour la gauche française, considérée par certains comme la plus bête au monde, après en avoir été l'une des plus inspirantes et influentes durant des décennies.

Illusion nationale

Peu après le 7 janvier, il y eut lieu une grande "marche républicaine", le 11 janvier, dans Paris. Plus de quatre millions de personnes dans la rue. Comme j'y étais, je peux vous dire que c'était forcément poignant. Mais en vérité, je sentais déjà que c'était illusoire et j'avais alerté vos esprits, chers lecteurs, dès le lendemain. Certains m'ont reproché mon pessimisme dans cette histoire, mais force est de constater qu'au fil du temps, mon raisonnement fataliste et désabusé est bien fondé. Les actes islamophobes, négrophobes ont grimpé en flèche en 2015, les abus de contrôle au faciès également, et la question de la déchéance de nationalité ne peut que renforcer un racisme institutionnel un peu subtil de la part des autorités françaises, et pourtant dénoncé en octobre 2015 avec la Marche de la dignité. Puis, le coup de l'unité nationale, ça signifie historiquement une "boucherie sociale". Les premières années de la Révolution française - jusqu'au 10 août 1792 -, l'Union sacrée en 14-18 sont là pour nous le faire rappeler. Mais encore, faut-il en avoir conscience et comme disait Marx: "Celui qui ne connaît pas l'histoire est condamné à la revivre."

"L'esprit Charlie", qui a été servi à toutes les sauces durant l'année 2015, est un superbe écran de fumée pour aliéner les esprits. Tout comme la remise en avant intentionnelle, incitative, du drapeau tricolore par les politiciens, après le 13 novembre. D'ailleurs, sur les réseaux sociaux, celles et ceux qui montraient des réserves, ou des critiques, sur cette utilisation perverse du drapeau tricolore, étaient cloués au pilori par les pro-drapeau, considérant qu'ils étaient des "haineux de la patrie", des mauvais français aux "propos outranciers", etc. Ces pro-drapeau, malgré leur amour sincère de leur pays, ne se rendent guère compte de l'aliénation qu'ils subissent, du manque de spontanéité de leur pensée et s'attardent sur cette question alors qu'il faudrait s'attarder sur autre chose. Notamment à travers la question: "pourquoi en est-on arrivé là?" Et ça implique de réfléchir sur la politique extérieure de la France, sur la question d'un "choc des impérialismes" - avec une relecture des marxistes Lénine ou Rosa Luxembourg; relecture des théoriciens de la dépendance tels Raúl Prebisch, Samir Amin, Immanuel Wallerstein, Andre Gunder Frank, etc -, ou encore sur les rapports économiques et sociaux. Mais cela demandera un grand effort personnel de remise en question.

P.S: la vidéo ci-dessous est la chanson Not the one, du groupe punk-rock états-unien The Offspring, issue de l'album Smash (1994). Elle date, certes, mais est complètement d'actualité car elle décrit la réaction typique d'un citoyen lambda (blanc), se disant qu'il n'est pas le seul à avoir vu différents problèmes (mise au ban des SDF, femmes, minorités; insécurité; etc.), qu'il est pas responsable des guerres ou de la bombe nucléaire, comme ses aïeux, mais il ne fait rien pour les régler et ses descendants hériteront de ça, et comme lui, il ne se demanderont pas "pourquoi". Celui qui se demandera "pourquoi" aura déjà fait un pas en avant vers la vérité, la recherche de l'amélioration de l'humanité, mais sera du coup un ennemi pour la classe dominante, dont la morale envers la classe dominée est la suivante: "Il ne faut jamais prendre les gens pour des cons mais il ne faut pas oublier qu'ils le sont."

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article