Mort de Papa Wemba sur scène

Publié le par JoSeseSeko

En plein concert en Côte d'Ivoire, le chanteur congo-zaïrois s'est effondré sur scène et il ne s'est pas relevé. Un grand nom de la musique africaine et mondiale s'en va.

Beaucoup d'artistes (comédiens, musiciens) auraient voulu mourir sur scène, à l'instar de Molière, mort durant une représentation de sa pièce Le Malade Imaginaire en 1673. Papa Wemba a finalement connu la même destinée que le comédien français du XVIIe siècle. Samedi 23 avril, alors qu'il jouait en concert à Abidjan, en Côte d'Ivoire, pour un festival organisé par le groupe ivoirien Magic System, le chanteur congo-zaïrois a passé l'arme à gauche, à l'âge de 66 ans. Il rejoint ainsi les autres artistes morts depuis le début de l'année tels l'anglais David Bowie, le français Michel Delpech, ou encore l'états-unien Prince, mort jeudi 21 avril, du côté de Minneapolis, sa ville natale.

Enfant de la rumba congo-zaïroise

Né en 1949 dans la province du Kasaï-Oriental, dans un Congo encore colonisé par la Belgique, Jules Shungu Wembadio Pene Kikumba (son nom d'état civil) était loin de voir un parcours dans la musique mais avec les évolutions d'un Congo nouvellement indépendant et puis les événements personnels (décès de son père en 1966), Papa Wemba pouvait utiliser sa voix dans la musique. Influencé par Tabu Ley Rochereau, un des pionniers de la rumba congolaise dans les années 1950 et 1960, il s'inscrit dans ce genre musical, faisant partie des fondateurs du groupe Zaïko Langa Langa en 1969. Un groupe phare dans la rumba congo-zaïroise depuis ses débuts, malgré les différents changements de membres, dont Papa Wemba, qui quitta le groupe en 1974 pour une carrière solo. Fondant par la suite le label Viva la musica, il se donne une certaine autonomie musicale tout en permettant une nouvelle génération d'artistes de faire leurs débuts via son label, comme Koffi Olomidé par exemple. Les années 1980 et 1990 furent pour Papa Wemba la reconnaissance internationale. Tapant dans l'œil de Peter Gabriel (ancien leader du groupe rock Genesis), Papa Wemba connut le succès, exportant ainsi, comme Tabu Ley Rochereau, Pepe Kallé ou Zaïko Langa Langa, la rumba congo-zaïroise en France ou même aux États-Unis. L'album Emotion, sorti en 1995, sera vendu à 500.000 exemplaires aux États-Unis, un exploit sur le territoire états-unien! Les années 2000, moins fringantes, avec des affaires judiciaires (trafic de visas), mais la popularité de Papa Wemba est restée intacte, au Congo-Zaïre comme ailleurs.

Avec ce décès, c'est un pan entier de l'histoire musicale congo-zaïroise qui s'éteint. Et comme beaucoup de congo-zaïrois d'origine, c'est une part de mon enfance qui s'en va. Comme pour Tabu Ley Rochereau, j'ai été bercé par les morceaux de Papa Wemba dans les années 90, grâce à ma mère. Alors, bon nombre d'entre vous, chers lecteurs, doivent se demander pourquoi rendre hommage à quelqu'un qui leur est étranger. J'espère que cette lecture vous incitera, un tant soit peu, à vous intéresser à cet artiste, quand bien même la barrière linguistique pourrait vous rebuter. Puis, pour finir, on doit à Papa Wemba le mouvement de la SAPE, qui se revendique porteur de l'élégance africaine, même si pour moi, cela ressemble davantage à de la frime qu'à du raffinement. Mais c'est peut-être lié à une certaine dérive.

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