Échec des Égaux

Publié le par JoSeseSeko

Échec des Égaux

Par la complicité d'un indic, la police mit la main, il y a 220 ans, sur les meneurs de la conjuration des Égaux, dont Gracchus Babeuf, empêchant la mise en place d'un mouvement préparant les bases théoriques du socialisme ou plutôt du communisme.

Le Directoire fut sans cesse menacé. Établi après le 13 Vendémiaire an IV (5 octobre 1795), évitant un retour des royalistes au pouvoir, ce régime organisé par les Thermidoriens devait faire gaffe à sa gauche, en empêchant une résurrection du club des Jacobins, voire la montée en puissance de révolutionnaires extrémistes et fermement républicains ("du pain et la Constitution de l'an I"). Le tout dans une situation financière gravissime avec la suppression des assignats en mars 1796, renforçant la probabilité d'une banqueroute imminente et une coalition européenne qui reste encore importante aux frontières.

Une gauche à reconstruire

Face à ce Directoire, qui poursuivit la politique de la Convention thermidorienne, qui renversa Maximilien Robespierre le 9 Thermidor an II (27 juillet 1794), une opposition de gauche reprit peu à peu du poil de la bête. Avec parmi ses meneurs François Babeuf, qui changea de prénom pour adopter celui de Gracchus, en hommage aux Gracques, deux frères tentant une réforme agraire dans la république romaine du Ier siècle avant J-C. Journaliste, Babeuf prit part aux côtés des Montagnards contre les Girondins en 1793 mais ayant lancé des critiques envers certains Montagnards, il fut emprisonné une bonne partie de l'an II. Libéré peu avant le 9 Thermidor, il tenta en vain de défendre Robespierre et ses partisans, bien qu'il fut un critique absolu de la Terreur, surtout au sujet de son application extrême en Vendée avec les colonnes infernales, parlant à l'époque de "populicide". Un terme sujet à débat chez les historiens ces dernières décennies.

Face à la Convention thermidorienne et la mise en place de la Constitution de l'an III, supprimant le suffrage universel pour un suffrage censitaire, Babeuf se montra plus virulent que jamais avec son journal Le Tribun du Peuple, qui attira de plus en plus de prolétaires et révolutionnaires et prit part à l'insurrection du 1er Prairial an III (20 mai 1795), et fut d'ailleurs emprisonné suite à la répression gouvernementale. En dépit de la loi d'amnistie pour les révolutionnaires à la fin de la Convention, la gauche d'inspiration jacobine fut surveillée de près lorsqu'elle établit le Club du Panthéon, rassemblant d'anciens jacobins tels Félix Le Peletier, Sylvain Maréchal ou encore Antoine Antonelle, défendaient une ligne plus à gauche mais comme Babeuf avait des amitiés dans ce club et qu'il défendait l'application de la Constitution de l'an I, le Directoire fit appel à l'armée de l'Intérieur, commandée par un certain Napoleone Buonaparte (pardon, Napoléon Bonaparte) peu après le 13 Vendémaire, pour supprimer le Club, le 8 ventôse an IV (27 février 1796).

Les Égaux de Babeuf

Comme les moyens légaux de changer la République ne furent plus possibles, Babeuf et d'autres (Augustin Darthé, Philippe Buonarroti, Le Peletier, Maréchal, Antonelle) passèrent dans la clandestinité pour préparer la Conjuration des Égaux. Cette tentative fut précédée d'un Manifeste des Égaux, dont Maréchal fut le principal rédacteur avec Babeuf, déclarant que les conspirateurs prépareraient une "République égalitaire", où la propriété privée serait abolie, de même que le droit de succession et que le principe du collectif serait prioritaire, afin d'arriver à "l'égalité parfaite" et au "bonheur commun", avec une application de la Constitution de l'an I, donc le retour du suffrage universel. Un discours bien plus extrême que les Montagnards de 1793 et qui prépare les bases du communisme, tel qu'il a été défini entre autres par Karl Marx et Friedrich Engels au XIXe siècle.

Le mouvement des Égaux attira bien des personnes dans Paris, notamment dans la police et l'armée. Parmi les militaires séduits par le camp "babouviste", figure Georges Grisel, un officier du camp de Grenelle. Mais doutant de la faisabilité du projet, il devint un indic pour le Directoire, informant notamment Lazare Carnot, un des cinq Directeurs sur la préparation. Ainsi, le 21 Floréal an IV (10 mai 1796), Babeuf fut arrêté, avec Darthé, Buonarroti, Jean-Pierre Amar puis le général Jean Antoine Rossignol. Le Directoire élimina ainsi la menace la plus sérieuse à sa gauche mais du coup, s'aliéna en partie un soutien fort utile face au péril royaliste qui n'avait pas totalement disparu en 1796.

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