L'égalité femmes-hommes, c'est pour quand?

Publié le par JoSeseSeko

Photo: JoSeseSeko

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À la suite d'un appel sur les réseaux sociaux, quelques centaines de personnes se sont rassemblées, place de la République, et dans d'autres places en France, pour parler des inégalités que les femmes subissent par rapport aux hommes, et mobiliser les esprits sur ce sujet, en cette année électorale qui se prépare.

"Qu'est-ce qu'on veut? L'égalité! Quand ça? Maintenant!" Un des slogans entonnés dans le rassemblement, place de la République, avec l'hymne des femmes. Plusieurs milliers de personnes en France se sont regroupées dans les places publiques, ce lundi 7 novembre, dont bien 200-300 à Paris. Pour la la grande majorité, c'était des femmes, qui avaient lancé, pour certaines d'entre elles liées aux mouvements féministes, un appel à se rassembler sur les réseaux sociaux à partir de 16h30. Un appel plus ou moins entendu, étant donné que les conditions météo ont refroidi l'atmosphère et contraint sûrement des citoyen(ne)s à rentrer se réchauffer.

Des inégalités (encore) présentes

Ce rassemblement servait de piqûre de rappel sur les inégalités entre les femmes et les hommes, notamment au niveau économique. Parmi les données mises en avant par les manifestantes - même s'il y a des hommes présents à leurs côtés -, il y a celles qui concernent les différences salariales entre les hommes et les femmes, le temps consacré au travail domestique (non rémunéré), bien plus important chez les femmes, ou encore le fait que les hommes occupent majoritairement des postes à responsabilité, avec le salaire qui va avec, etc.

C'est une lutte de tous les instants pour que les femmes parviennent à une égalité pleine et entière avec les hommes. L'eurodéputée écologiste Karima Delli indique qu'il faudrait, selon un rapport, 170 ans pour arriver à l'égalité femmes-hommes. C'est dire si certains ne sont pas pressés de voir ça un jour! Et les témoignages de femmes ayant connu de mauvaises postures sont évoqués devant la modeste foule. Une cinéaste évoquant un écart salarial de 25% entre une réalisatrice et un réalisateur, à travail égal, une cadre déclarant qu'elle gagne 7.000€ de moins par an que son collègue masculin, ou une ancienne cadre virée durant sa grossesse, ayant gagné son procès aux prud'hommes et fondant ensuite une société engageant uniquement des femmes. Ces exemples confirment combien une Française a bien plus de mal à gagner sa vie décemment selon certaines enquêtes internationales, en dépit d'améliorations sur la présence des femmes en politique par exemple.

Grève le 8 mars?

Du coup, certaines intervenantes à la tribune ne veulent pas que ce rassemblement du 7 novembre soit un coup pour faire du buzz. "Il faut une continuité", selon elles, avec un appel à manifester le 25 novembre prochain, journée européenne contre les violences faites aux femmes, mais surtout une grève le 8 mars 2017, lors de la journée internationale du droit des femmes. Et sachant que ça tombe en pleine campagne pour l'élection présidentielle, la thématique de l'égalité femmes-hommes y trouverait un écho médiatique de premier ordre. En tout cas, ça scandalise les esprits que les femmes soient moins bien payées tout en travaillant plus. En effet, c'est scandaleux en soi. Mais dans le capitalisme, c'est une norme qui lui donne un moyen de se pérenniser, en jouant sur le patriarcat.

Zone d'ombre

Néanmoins, une zone d'ombre semble poindre le bout de son nez. Un intervenant - oui, vous lisez bien un terme masculin, cher(e)s lecteur(trice)s - a tenu à parler de l'intersectionnalité, c'est-à-dire, que les luttes sont liées les unes des autres et qu'elles ne peuvent être traitées indépendamment. Une idée qu'une intervenante féministe semble y donner une moindre importance car selon elle, "la première inégalité est entre l'homme et la femme". Certes. Mais il n'est pas idiot de penser aux inégalités entre les femmes, à savoir qu'une femme ayant des origines extra-européennes aura plus de difficultés d'accès à l'emploi et un moindre salaire qu'une femme sans ascendance migratoire en France, comme le rappelle le rapport de France stratégie sur le coût économique des discriminations. Voire même qu'une Française ayant des racines hexagonales ou européennes a un bien meilleur niveau de vie qu'un Français ayant des origines extra-européennes.

Enfin, il n'y a pas eu de représentantes de mouvements féministes extra-européens, en particulier des afroféministes, place de la République. Signe que le féminisme doit s'écrire au pluriel car il y a des féminismes, ayant du mal à s'accorder, en raison de la position dominante du féminisme occidental, marqué comme d'autres mouvements politiques (communisme européen) par l'idée que l'occident est la région du monde où le Progrès et la Raison y sont affirmés et qu'il faut exporter ce modèle, par principe universaliste. Ce qui n'est pas sans rappeler un comportement fraternaliste, tel que l'avait analysé et dénoncé le poète et politicien martiniquais Aimé Césaire, il y a 60 ans de cela.

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