Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

L'intersectionnalité se met en marche

Publié le par JoSeseSeko

L'intersectionnalité se met en marche

Reconsidérer le capitalisme et la lutte pour le détruire, dans un cadre où ce mode de production est renforcé par le racisme envers les non-blancs, tout en l'associant à la lutte des classes, voilà un des éléments de discussion durant cette journée sur l'intersectionnalité, qui s'est déroulée à Saint-Denis, dimanche 14 juin.

Sûr que ça ne fera pas l'info dans les prochains jours mais c'est un pari sur l'avenir de la conscience des racisés (africains, arabes, asiatiques, etc.), que l'organisation d'une rencontre sur l'intersectionnalité. Késaco? Si on se réfère à la définition sur Wikipédia, cela "étudie les formes de domination et de discrimination non pas séparément, mais dans les liens qui se nouent entre elles, en partant du principe que le racisme, le sexisme, l'homophobie ou encore les rapports de domination entre catégories sociales ne peuvent pas être entièrement expliqués s'ils sont étudiés séparément les uns des autres." Certains détracteurs estiment pour leur part, notamment en raison du caractère "non-mixte" (entendez par là, laisser de côté le blanc), que l'intersectionnalité développerait du racisme anti-blanc, du communautarisme. Ils ne le disent pas ainsi mais le sous-entendent fortement. Est-ce le cas? Du coup, j'ai vérifié par moi-même.

Démarche contre le capitalisme

L'un des éléments centraux des tenants de l'intersectionnalité, c'est un positionnement contre le capitalisme. Le constat est que les capitalistes (blancs pour la plupart) poussent à l'exploitation des racisés, à leurs divisions, à travers la corruption des dirigeants, qui servent les intérêts d'une classe sociale et d'une couleur de peau, en incitant les racisés à se battre entre eux tout en épargnant la bourgeoisie blanche (comme ce fut le cas en Afrique du Sud en avril dernier), en les forçant à devoir s'exiler de leurs racines pour vivre en Occident, s'ils ne meurent pas auparavant en mer, ou encore en subissant les foudres des forces de l'ordre quand ils vivent dans les pays occidentaux, ressuscitant l'idée de "racisme institutionnel", chère à Stokely Carmichael, ancien meneur des Black Panthers.

L'intersectionnalité entend également renverser le patriarcat, qui a trouvé sa pleine expression violente envers les femmes grâce au capitalisme. À ce propos, le féminisme occidental, qui semblait en pointe il y a quelques années, a capitulé, et c'est l'Afroféminisme qui a pris le relais. J'en avais (brièvement) parlé au moment du défilé du 1er mai, mais cette forme de féminisme tient à remettre en avant la dignité de la femme (africaine), car ces dernières années, elle a été oubliée par les féministes occidentales, qui ne s'intéressent guère de ce qui se passe ailleurs dans le monde, en particulier du viol utilisé comme arme de guerre envers les femmes à l'Est du Congo-Zaïre, depuis trop longtemps.

Alliance entre racisés nécessaire

L'un des ateliers auxquels j'ai pu assister se concentrait sur la question de l'alliance entre noirs et arabes (il faudrait rajouter les asiatiques, qui ne sont pas moins victimes de racisme que d'autres). Et ce sujet est épineux car les reproches entre afro-descendants et arabo-descendants sont anciens, en particulier sur l'esclavage pratiqué par les arabes, ce que certains blancs médiatisent pour vouloir masquer le commerce triangulaire. Néanmoins, avec la vague d'islamophobie manifeste depuis l'attaque de Charlie Hebdo en janvier dernier, les afro-descendants, qu'ils soient athées, agnostiques, chrétiens, musulmans, semblent se désolidariser.

Or, c'est ce que souhaitent les islamophobes de la part de certains racisés. Éviter toute approche unitaire. Comme cela se faisait envers les juifs dans les années 30. D'ailleurs, une des intervenantes cita Frantz Fanon, le grand intellectuel dé-colonialiste, qui lui-même reprit une phrase de son professeur de philosophie: "Quand vous entendez dire du mal des Juifs, dressez l’oreille, on parle de vous… Un antisémite est forcément négrophobe." Pareil au sujet des arabes. "Un islamophobe est forcément un négrophobe", doit-on désormais dire!

Quel rapport face aux différents blancs?

Bien que j'étais agréablement surpris de la qualité des discussions, de la démarche pour construire une alternative, appelée socialisme, communisme ou anarchisme dans l'histoire, je reste sur ma faim car la question du rapport avec les blancs reste sous-entendue, tapie dans l'ombre, pas forcément explicite. Pourtant, c'est nécessaire. Car comme l'intersectionnalité comprend la question de race ainsi que la lutte des classes, on ne peut pas se positionner face à un prolétaire blanc de la même manière que face à un bourgeois blanc.

Et dans ce cas, il faut prendre en compte de degré d'aliénation du prolo blanc, par-delà le discours paternaliste du bourgeois libéral/conservateur blanc, lui indiquant que le racisé est celui qui lui piquera son boulot - le concept "d'armée industrielle de réserve" développé par Karl Marx en sort globalisé -, ou la patte fraternaliste du progressiste blanc qui se dit socialiste ou communiste, expliquant au travailleur non-racisé que lui doit montrer comment marche le progrès, coûte que coûte. Du coup, le désintoxiquer relève d'un travail titanesque auquel tout exploité (racisé ou non) devrait faire. Mais cela nécessitera du temps et de l'information.

Pour finir, je citerai volontiers une phrase d'un des participants: "Nous devons construire nos vies comme des projets politiques".

P.S: Pour celles et ceux qui seraient curieux de ce mouvement de pensée et d'action, il y a une réunion prévue le 28 juin du côté de Bruxelles (ou dans la banlieue de la capitale belge). Cliquez sur le premier lien ci-dessous pour avoir plus de renseignements.

Commenter cet article