L'indépendance syndicale, une hypocrisie pour Mélenchon

Publié le par JoSeseSeko

Photo: BéaLitt

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Dans un billet de son blog, le député de la France insoumise impute l'échec du front social contre la loi travail et le budget de la Sécu 2018 aux syndicats, laissant entendre qu'il aurait mieux valu suivre ses prérogatives. Il en appelle à en finir avec la Charte d'Amiens, afin de "savoir faire équipe et savoir joindre les efforts de mobilisation entre la sphère politique et la sphère du mouvement social".

"Une nouvelle fois, le dogme du « mouvement social indépendant de la politique » a montré sa limite" écrit, dépité, Jean-Luc Mélenchon, sur son blog, mardi 31 octobre (cf lien n°1). La raison? C'est l'échec de l'opposition à la réforme du code du travail par ordonnances, voulue par le président Emmanuel Macron. Les journées de mobilisation en septembre et en octobre ont vu de moins en moins de monde manifester, en dépit de la marche qu'a organisé la France insoumise, avec son leader Mélenchon, le 23 septembre dernier. Du coup, le député avoue que "pour l'instant, Macron a le point", lors d'un voyage en Grèce pour soutenir ses camarades du parti Trajet de liberté de Zoé Konstantopoulou, ancienne présidente de la Voulí (Parlement grec).

Haro sur la Charte d'Amiens

Maintenant, à qui la faute? Selon le député, il en revient aux syndicats de se remettre en question, vu qu'ils n'ont pas appelé à manifester au moment de l'examen du budget de la Sécurité sociale, allant contre les fondamentaux de cette organisation. Mais surtout, le député des Bouches-du-Rhône reproche aux syndicats de tenir à leur indépendance du parti politique, qui s'inscrit en droite ligne de la Charte d'Amiens élaborée par la Confédération générale du travail (CGT) en 1906 (cf lien n°2), et non de 1905, comme l'écrit Mélenchon, enchaînant ainsi des erreurs, car la Charte d'Amiens est une réaction à l'unité socialiste opérée en... 1905, avec la Section française de l'Internationale ouvrière. Ce qui, pour un être cultivé de sa trempe est une bévue pour le moins surprenante.

Cette "hypocrisie" selon Mélenchon, fait que la France est une exception dans les pays développés car dans d'autres pays, notamment l'Allemagne, le Royaume-Uni et les pays scandinaves, les syndicats sont intimement liés aux partis politiques sociaux-démocrates ou socialistes, comme le Parti travailliste avec le Trade union congress par exemple. Mais cette exception française semble plutôt théorique car dans la pratique, nombre de leaders syndicaux ont été des membres des directions de partis politiques. Notamment ceux de la CGT qui étaient en même temps des cadres du Parti communiste français. Il n'empêche, la CGT de 1906 était alors tournée vers l'anarcho-syndicalisme, le syndicalisme révolutionnaire, tandis que la CGT de 2017 est vue comme réformiste, même si elle garde des relents marxistes-léninistes, de par l'histoire avec le PCF et les conséquences de la révolution russe d'octobre 1917.

Des forces indépendantes

Pour remédier à cet échec syndical, Mélenchon propose que les différents mouvements - sociaux, associatifs, politiques - joignent leurs forces, au nom du "besoin d'une convergence populaire", car de manière isolée, elles sont plus faibles à ses yeux. Il n'a pas tellement tort au sujet des syndicats vu combien le taux de syndicalisation en France est le plus faible parmi les pays développés depuis plusieurs années. Avec plusieurs raisons telles les scissions de syndicats dans le temps, leur bureaucratisation, l'éloignement entre les directions confédérales et leurs bases syndiquées, l'incapacité à convaincre les jeunes de l'utilité de se syndiquer, etc.

Mais en s'en prenant frontalement aux syndicats dans leur manque de cohésion, Mélenchon peut donner l'image de quelqu'un qui appelle les mouvements opposés à suivre sa ligne et seulement sa ligne politique, en voulant en finir avec la Charte d'Amiens. Et ceci, bien que ce soit diamétralement opposé, épouse une rhétorique chère au patronat, qui souhaite inféoder les syndicats, les tenir à sa merci et que de par leur indépendance, ils poseraient davantage de problèmes qu'ils n'apporteraient de solutions, dans la droite ligne de l'anti-syndicalisme made in France. Bref, la position de Mélenchon a, pour certains, un arrière-goût de "politique de la terre brûlée", dans la mesure où le meneur de la FI doit être le principal, sinon l'unique opposant à la politique prônée par Macron et son Premier ministre, Édouard Philippe. Or, les "acquis sociaux" que souhaite défendre Mélenchon sont nés de luttes menées par des forces indépendantes les unes des autres, comme les augmentations de salaires ou congés payés en 1936, liés aux grèves sur le tas, prenant de court le gouvernement du Front populaire de Léon Blum, par exemple.

Donc, joindre des forces, ça semble logique. Mais si c'est pour se mettre au-dessus d'autres forces, c'est contre-productif.

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