Que justice se fasse

Publié le par JoSeseSeko

Photo: Alter1fo

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Suite aux multiples déclarations de femmes victimes de harcèlement sexuel, voire de viols sur les réseaux sociaux, des enquêtes sont menées envers des hommes tels Tariq Ramadan ou Pierre Joxe qui se retrouvent face à la vox populi. Ce qui n'est pas sans polémiques, ni risque de manipulation politicienne de part et d'autre, selon les cas exposés. La sérénité doit primer pour ne pas entraver l'État de droit, qui doit tout de même se remettre en question à propos des violences faites aux femmes.

Assiste-t-on à un changement radical des mentalités ou est-ce que ça serait un coup d'épée dans l'eau? Toujours est-il que la parole des femmes victimes d'abus sexuels, à travers le hashtag #BalanceTonPorc, suite aux témoignages d'actrices au sujet du producteur états-unien Harvey Weinstein, a montré combien l'ensemble de la société est concerné par cette problématique, impliquant nécessairement une remise en question du rapport entre les hommes et les femmes. Du moins dans les pays occidentaux, où le modèle patriarcal est un ciment important de la structure sociale de ces pays.

Pointés du doigt

Depuis quelques jours, certains témoignages tournent à des accusations ad hominem envers des personnalités publiques telles Pierre Joxe, Éric Monier ou Tariq Ramadan, avec dépôt de plainte pour harcèlement sexuel (et/ou moral), ou bien plainte pour viol. Dans le cas de l'ancien ministre de l'Intérieur, puis de la Défense sous les mandats de François Mitterrand, c'est l'écrivaine Ariane Fornia, fille d'Éric Besson, ancien ministre sous Nicolas Sarkozy et ancien membre du Parti socialiste, qui porte plainte pour agression sexuelle pour des faits remontant à 2009 (cf lien n°1). Ce à quoi Joxe récuse ces accusations, parlant d'un "mauvais canular" et que plusieurs anciennes collaboratrices sont intervenues pour prendre sa défense.

Pour Monier, c'est la journaliste Anne Saurat-Dubois qui a déposé plainte contre lui, mardi 31 octobre, auprès du procureur de la République, François Molins, comme elle l'a indiqué sur Twitter.

Les faits remontent à 2012, quand l'actuel directeur de la rédaction de LCI occupait le même poste au sein de la rédaction de France 2 et que Dubois était en CDD au sein de la chaine publique. Elle explique qu'au moment d'un déjeuner qui devait tourner sur un bilan des compétences, le directeur de la rédaction lui fait des avances qu'elle refuse et que dans ce cas, il lui promettait de faire de sa vie "un enfer". Mais le plus déroutant, c'est que d'autres journalistes de France 2 confirment les dires de Saura-Dubois et avouent savoir quel est le comportement de Monier auprès des femmes (cf lien n°2). Ce à quoi le groupe TF1, qui emploie Monier indique par communiqué que la présomption d'innocence doit être respectée et que l'employé en question a déposé plainte pour dénonciation calomnieuse.

Controverse extrême

Le cas de Ramadan est plus particulier car il relève d'une dimension politicienne. L'islamologue suisse, petit-fils du fondateur des Frères musulmans, est accusé de viol par trois femmes, dont les témoignages indiquent une méthode quasi identique. À savoir, un rendez-vous dans un hôtel, en marge d'une conférence, pour discuter en principe, autour d'une boisson ou d'un biscuit. Mais selon les témoignages, un moyen d'endormir la méfiance des victimes pour leur faire subir des sévices sexuels, illustrant une contradiction entre le personnage public et l'individu privé. "le conte de fée s’est transformé en cauchemar, le prince charmant en monstre" décrit Henda Ayari, l'une des victimes qui a porté plainte, dans une interview auprès du journal Le Parisien. Ce à quoi Ramadan a porté plainte pour dénonciation calomnieuse.

Mais pourquoi écrire davantage sur Ramadan que sur Joxe et Monier, me direz-vous, chers lecteurs? Parce que l'islamologue concentre depuis plusieurs années des polémiques dans le débat francophone, et plus précisément en France. Et ces accusations poussent la controverse sur le personnage à l'extrême. D'un côté, les plus chauds partisans de Ramadan hurlent au complot, n'hésitant pas à faire dans l'antisémitisme le plus abject qui soit - digne des nazis dans ce cas -, à menacer et insulter Ayari sur les réseaux sociaux, d'autant plus que cette dernière était une salafiste qui s'est éloignée de ce courant intégriste de l'islam depuis 2015, jugée désormais comme une "traitresse" par ces extrémistes. De l'autre, les adversaires les plus virulents de l'islamologue, allant de l'extrême-droite à la gauche laïciste et fraternaliste - au sens qu'en donne Aimé Césaire au sujet de cette gauche-là -, sont unies pour dénoncer, avec ces témoignages, la "duplicité", le "double discours" de Ramadan, décrit comme un "cerveau malade" il y a quelques années; qu'il est à leurs yeux, inévitablement coupable et qu'en raison de son influence dans la communauté musulmane, c'est une occasion de considérer que les musulmans de France seraient responsables de la conduite de Ramadan, traduisant une islamophobie, aux dires de certains observateurs qui appellent à ne pas essentialiser cette affaire, à mieux considérer le silence prudent de la communauté musulmane, à laisser la place à la sagesse et au discernement, à faire confiance à la justice pour faire son travail le plus intègrement possible (cf lien n°3).

Une justice efficace

Toutes ces déclarations de femmes victimes de violences donnent à la justice un grand rôle pour la suite des événements. Mais cela suppose qu'elle soit en mesure de montrer de la sévérité envers les coupables de violences envers les femmes. Or, la justice montre des faiblesses. Par exemple, les peines encourues contre des violences faites aux femmes, voire des féminicides, semblent moins lourdes que pour le cas d'homicides, peut-être en raison du fait que le système juridique français se base sur le principe d'égalité et par conséquent, ne veut pas marquer des spécificités en matière de crimes (cf lien n°4). De quoi indigner les esprits sur ce manque d'affinement du droit, qui se disent que le système judiciaire français serait au fond injuste, notamment envers les victimes. Récemment, un fait de viol sur mineur de moins de 15 ans requalifié par le parquet du Val-d'Oise comme une "atteinte sexuelle sur mineure de 15 ans" car la victime, 11 ans lors des faits, aurait été consentante. Ou encore la vague d'indignation sur les réseaux sociaux suite à la une du journal Les Inrockuptibles sur Bertrand Cantat, ex-chanteur de Noir Désir et tueur de l'actrice Marie Trintignant en 2003, ayant été condamné à huit ans de prison, dont les quatre dernières effectuées sous le régime de la liberté conditionnelle.

Charge aux magistrats, aux juristes ou à la ministre de la Justice Nicole Belloubet de rectifier le tir, pour que les citoyens aient pleinement confiance envers la justice.

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