Le chant du cygne pour Évra?

Publié le par JoSeseSeko

Photo: L'Équipe

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Avec son coup de pied lancé contre un supporter olympien lors du déplacement du club à Guimarães, jeudi, Patrice Évra risque le licenciement de la part de la direction du club, qui pourrait ainsi anticiper une lourde sanction de la part de l'UEFA envers le joueur. Une affaire qui pourrait être marquante dans la relation à établir avec les supporters marseillais pour l'OM version McCourt-Eyraud.

La prise kung-fu de Patrice Évra, parallèle à celle d'Éric Cantona envers un supporter de Crystal Palace en 1995, a fait le tour des réseaux sociaux depuis jeudi soir, mêlant ironie, moquerie, déception et tristesse. Remarque, ça évite de trop parler de la lamentable défaite de l'Olympique de Marseille sur le terrain de Guimarães. Mais ce coup de sang de la part de l'arrière gauche de 36 ans risque d'être la dernière image qu'on associerait de lui dans le monde du football, tant son début de saison était indigne de lui. Mais il faut croire que l'ancien joueur de Monaco, de Manchester United ou de la Juventus Turin a senti le poids des ans d'un coup, et que ça ne veut rien pardonner. Encore moins quand il s'amuse ou se veut généreux sur les réseaux sociaux, tant le contraste avec ses prestations sur le terrain.

Maitriser ses nerfs

Mais ce qui est sidérant dans cette histoire, c'est que "tonton Pat", comme il est surnommé, n'a pas su maitriser ses nerfs, alors que par le passé, notamment peu après la coupe du monde 2010 cauchemardesque, dont il était le capitaine, il était copieusement pris en grippe par les commentateurs et le public, et il usait de la répartie pour retourner la situation à son avantage et progressivement retrouver sa place, notamment en équipe de France, où à défaut d'être indiscutable comme l'écrit So Foot (cf lien), il était devenu incontournable. Et pourtant, en arrivant à l'OM en janvier dernier, il savait qu'il entrait dans un club où la ferveur est très forte, quitte à être très critique au moindre faux pas. La preuve en est, il déclarait ceci: "J'ai choisi l'OM, car beaucoup de personnes m'ont dit de ne pas venir, à cause de l'ambiance chaude, des gens qui oublient vite... Moi, j'aime où il y a la merde. Je suis comme ça, on ne me changera pas".

Donc, le voir péter un boulon envers un supporter de l'OM, c'est assez pathétique. Surtout vu son expérience. Or, des joueurs plus jeunes ont connu de vives tensions avec les supporters marseillais mais ont su retourner la situation. Florian Thauvin par exemple. Longtemps pris en grippe par le Vélodrome, le milieu offensif s'est même battu avec un supporter au lendemain de la défaite à domicile contre Caen en août 2015, quand Marcelo Bielsa démissionna du poste d'entraineur. Et après un exil temporaire à Newcastle, il est revenu à l'OM, déterminé à réussir et à se faire aduler des supporters. Ce qui s'est fait la saison dernière, la meilleure de sa carrière (15 buts, 9 passes décisives), lui permettant de postuler pour l'équipe de France et symbolisant un certain nouvel état d'esprit au sein du club. Même si ce dit état d'esprit est fragile.

Un symbole déchu

Au lendemain de cette altercation, Évra fut donc convoqué par Jacques-Henri Eyraud, président de l'OM, pour un entretien préalable à une mise à pied. Et il est certain que cette décision est pénible pour Eyraud car Évra était présenté comme un symbole de joueur d'expérience, au palmarès long comme le bras (5 titres de champion d'Angleterre, 3 titres de champion d'Italie, 1 Ligue des champions, etc.) capable de venir dans un OM nouvelle version, et que si les performances sur le terrain devinrent trop critiques, il compenserait par un apport dans le vestiaire, notamment en prodiguant des conseils auprès des minots du centre de formation par exemple. Et quelque part, par son geste, le défenseur s'est déchu lui-même, en attendant une sanction de l'UEFA qui pourrait être de plusieurs mois sans jouer. Et vu l'âge du footballeur, c'est comme l'inciter à prendre une retraite anticipée.

Atténuer les tensions

Cet accident est bien difficile à gérer pour l'OM version McCourt. D'un côté, il affiche une certaine fermeté envers Évra et la direction était attendue au tournant sur ce sujet. De l'autre, essayer de responsabiliser les groupes de supporters impliqués dans l'altercation (MTP, Fanatics, etc.) tout en voulant atténuer les tensions entre les groupes et le club. Un exercice devenu délicat car si la saison dernière, les groupes de supporters (MTP, Fanatics, Yankee Nord 87, South Winners, CU84, Dodger's, Club des amis de l'OM, Handi fan club, Club central des supporters) montraient une grande mansuétude à l'égard du nouvel actionnaire principal Frank McCourt et de Eyraud, la lune de miel a été consommée durant l'été 2017, avec un mercato estival qui n'a clairement pas été à la hauteur des attentes selon les supporters, en raison d'effets d'annonces et d'un recrutement fait à la hâte fin août d'un attaquant. Sans compter la collaboration de la direction du club avec la Ligue de football professionnel pour sanctionner certains groupes de supporters d'accès au stade.

Bref, le temps des excuses n'est plus toléré.

Publié dans Sport, Football, Ligue 1, OM, Evra

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