Et un shutdown pour Donald Trump!

Publié le par JoSeseSeko

Photo: Curt Johnson

Photo: Curt Johnson

Faute d'un accord au sein du Congrès, pourtant à majorité républicaine et donc dans le même parti que Donald Trump, une fermeture de plusieurs services publics fédéraux sera effective à partir du 22 janvier. De quoi mettre l'actuel locataire de la Maison-Blanche dans une position délicate et instable.

Pour célébrer le premier anniversaire de l'investiture de Donald Trump à la Maison-Blanche, rien de tel qu'un cadeau empoisonné! Ça tombe bien, il y en a qui est arrivé vendredi 19 janvier, c'est le "shutdown" (fermeture en français). Le Congrès, composé de la Chambre des représentants et du Sénat, n'a pas pu se mettre d'accord pour voter le budget fédéral prévu pour 2018. Par conséquent, à partir de lundi prochain, 850.000 fonctionnaires fédéraux seront mis au chômage technique et sans paye, car considérés comme "non essentiels" au fonctionnement de l'administration fédérale, plus 1,4 million de militaires sans solde (cf lien n°1).

Un "Trumpshutdown"

Ce shutdown est surtout lié au Sénat car il faut, dans cette situation, la majorité des 3/5emes pour valider. Bien que le Parti républicain de Trump soit majoritaire au Sénat - tout comme à la Chambre des représentants -, il dispose de 51 élus sur 100 sièges. Et les sénateurs du Parti démocrate n'ont pas été convaincus de voter pour, en raison de l'absence de régularisation de 690.000 jeunes immigrés au statut précaire. Une position jugée irresponsable de la part de l'état-major de la Maison-Blanche, accusant les démocrates de "prendre en otage" les états-uniens. Le chef des sénateurs républicains, Mitch McConnell, estime pour sa part que la fermeture était "100% évitable".

En face, les démocrates renvoient la responsabilité à Trump. D'où un commentaire ironique de la part de Chuck Schumer, leader des sénateurs démocrates: "Ce sera appelé le 'Trumpshutdown' car personne, personne ne mérite autant que le président Trump d'être jugé responsable de la situation dans laquelle nous nous trouvons". Il faut dire que l'actuel président états-unien dispose d'un Congrès majoritairement issu de son camp et que c'est la première fois qu'un shutdown se produit alors que le parti au pouvoir à Washington contrôle également le Congrès. Autant le dernier shutdown, datant de 2013, n'était pas illogique car Barack Obama n'avait pas la majorité à la Chambre des représentants, autant celui-ci est un camouflet pour Trump, en raison de la majorité qu'il dispose.

Une fiscalité de riche

Trump lui-même, ne cache pas sa colère face à cette situation, accusant les démocrates de faire une manœuvre politique pour saboter sa politique économique, en particulier la réforme de la fiscalité récemment votée par le Congrès (cf lien n°2). Cette réforme fiscale vise à réduire le taux d'impôt sur les sociétés, ramené de 35 à 21%, le taux d'imposition des hauts revenus, dans l'optique de stimuler l'activité (rapatriement des profits des filiales de firmes états-uniennes à l'étranger) avec l'idée que davantage d'argent pour les entreprises et les plus riches se diffuserait forcément dans l'économie réelle. Or, selon Alternatives économiques, citant la Réserve fédérale (Fed), cette politique, qui est marquée de l'idée libérale de la théorie du ruissellement, pourrait ne pas avoir l'effet escompté car l'économie aurait déjà atteint le plein-emploi (cf lien n°3). Dans ce cas de figure, cela créerait une surchauffe de l'activité économique, obligeant la Fed à revoir à la hausse son taux directeur. Ce qui ferait ralentir l'émission monétaire, obligeant le dollar à s'apprécier et comme la demande intérieure n'est pas très forte, l'argument de la stimulation de l'activité de la part de Trump et de ses partisans pourrait voler en éclats.

Surtout qu'avec cette réforme, ce sont des recettes fiscales qui diminuent pour l'État fédéral. Par conséquent, il faudrait que l'État fédéral, de même que les États fédérés, se mettent en cure d'austérité pour éviter un trop lourd déficit public. Ce que Trump et ses partisans adhèrent car après tout, ils estiment que l'État doit être au service particulier de la classe sociale dominante, comme il le fut jusqu'au milieu du 20e siècle. Et pourtant, l'État doit encore être important pour faire de l'interventionnisme tous azimuts, notamment sous un angle protectionniste. Mais à vouloir aller dans cette optique-là, c'est mal préparer l'avenir vu le sous-investissement progressif dans les infrastructures ou dans l'éducation, qui est un gros vecteur d'inégalités aux États-Unis et dont le niveau n'incite pas à l'optimisme à long terme, tant la création d'emploi outre-Atlantique se tourne vers davantage de précarité.

Bref, un premier anniversaire que Trump n'est pas prêt d'oublier!

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