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Le protectionnisme, l'arme des riches

Publié le par JoSeseSeko

Photo: Yves Herman/Reuters

Photo: Yves Herman/Reuters

Avec l'élection de Donald Trump qui a fait du protectionnisme un de ses chevaux de bataille économiques, la tentation de voir cette politique économique devient plus grande dans le monde. Mais dans d'autres régions, notamment les plus pauvres, les instances internationales veillent à ce que le libre-échange soit la norme. Tout comme en Europe, même si ça se discute de plus en plus.

En matière de commerce international, l'heure d'un retour au protectionnisme semble être venue. Du moins, pour ceux qui peuvent avoir un poids géopolitique et un intérêt au niveau intérieur à le faire. C'est le cas de États-Unis avec Donald Trump, qui n'a cessé de marteler durant l'élection présidentielle de 2016 qu'il mènerait une politique protectionniste une fois élu, et ça semble se confirmer de la part de l'homme d'affaires devenu locataire de la Maison-Blanche, vu la pression mise sur Ford par rapport à des emplois au Mexique par exemple, ainsi qu'un retrait de Washington du traité de libre-échange transpacifique et l'arrêt des négociations avec l'Union européenne (UE) sur le traité de libre-échange transatlantique, connu pour son sigle anglais TAFTA (Transatlantic free trade agreement). Et comme chez Trump, ça se double d'un nationalisme furieux, xénophobe, raciste, l'idée inspire le Front national de Marine Le Pen, épouvantail pouvant prétendre être au pouvoir à l'issue d'une élection présidentielle, dont l'horizon ne s'éclaircit guère, à deux mois du premier tour (23 avril).

Mythe de la "mondialisation heureuse"

Ce retournement d'opinions au sujet du protectionnisme montre combien le libre-échange a bercé bien des illusions dans les années 1990, au moment de la chute du bloc soviétique, avec ce qu'il faut appeler le mythe de la "mondialisation heureuse". C'est dans ce contexte que fut mise en place l'Organisation mondiale du commerce (OMC), chargée de faire accélérer le processus de réduction des barrières tarifaires (droits de douane) et non-tarifaires (normes environnementales) sur l'ensemble des pays, afin de faciliter le libre-échange, présenté depuis les économistes libéraux Adam Smith ou David Ricardo, comme des conditions nécessaires au développement de chaque pays.

Une idéologie bien douteuse car dans l'histoire économique, les pays actuellement les plus riches, tels les États-Unis, la Grande-Bretagne ou la France par exemple, se sont surtout développés en faisant une politique protectionniste avant de pratiquer le libre-échange, comme le rappela l'économiste français Thomas Porcher dans une interview au Bondy Blog en juin 2016, lors d'un rassemblement contre le TAFTA, qu'il considère d'ailleurs comme "un traité du début des années 1990", inadapté aux enjeux économiques et environnementaux du 21e siècle (cf lien n°1). Et dans l'exemple états-unien, il est bon de rappeler que c'est également, voire même davantage, sur la question du protectionnisme ou du libre-échange, que la guerre de Sécession (1861-1865) fut déclenchée par les États du Sud, qui défendaient le libre-échange, contrairement à ceux du Nord, ayant élu d'Abraham Lincoln, qui étaient largement protectionnistes. Enfin, depuis la crise de 2008-2009, le commerce international a réduit fortement la voilure. Dans son numéro 364 du mois de janvier 2017, le mensuel Alternatives économiques indique que les parts d'importations de biens intermédiaires en Chine, aux États-Unis ou dans la zone euro, ont toutes diminué, ainsi que les activités bancaires, financières internationales. Cela dit, le journal rappelle que selon l'OMC, les échanges commerciaux continuent de progresser, mais de manière moindre.

Libre-échange en débat en Europe

Même si désormais plusieurs économistes respectés, tels les États-uniens Paul Krugman, Dani Rodrick ou Larry Summers, reconnaissent leur erreur dans l'idée que le libre-échange, et de manière plus large, la mondialisation, feraient des gagnants dans l'ensemble, et qu'au contraire, cette dernière ne fait qu'accroitre les inégalités, notamment pour les plus pauvres dans les pays développés par exemple, la question du libre-échange continue à faire débat sur l'arène politique. Et tout particulièrement dans l'UE, où le Parlement européen a ratifié, mercredi 15 février, l'accord de libre échange avec le Canada, connu sous son acronyme anglais CETA, par 408 voix pour, 254 contre et 33 abstentions (cf lien n°2). Cet accord, qui n'est pas seulement un traité de libre-échange classique, à l'instar du TAFTA, fait en sorte qu'il y ait un immense marché entre l'Union européenne et le Canada, concernant plus de 550 millions d'habitants dans les deux espaces, avec des barrières réduites à une portion congrue, et qui promet des créations d'emplois et de la croissance. Autrement dit, ce n'est pas une garantie d'avoir ces fameux emplois et cette croissance qui est sacralisée de partout. Mais en outre, aucune mention n'est faite de l'accord de la COP21 sur le réchauffement climatique dans ce traité, appelé à être ratifié par les parlements de chacun des 27 pays membres de l'UE. C'est même un nouvel aveu d'impuissance de la part de l'UE (cf lien n°3), qui pourrait prendre un virage protectionniste et s'affirmer véritablement sur la scène internationale, car elle demeure la zone développée la plus ouverte commercialement, et du coup la plus fragile économiquement.

Néanmoins, la réflexion économique tend à progresser chez certains européens, face à une pensée mainstream qui a droit de cité partout. Y compris dans la gauche française, où l'idée d'un Frexit tend à prendre racine dans certains esprits, mais qu'il ne faut pas s'en contenter dans une optique de renversement du capitalisme. Et cela passe notamment par une redéfinition des politiques commerciales, notamment avec l'Afrique francophone, maintenue dans une trappe à pauvreté via la Françafrique.

Renforcement communautaire en Afrique

Justement, au sujet de l'Afrique, l'une des plus grandes faiblesses économiques du continent est son incapacité à établir une préférence pour les échanges communautaires comparativement au commerce avec d'autres régions du monde, contrepartie des programmes d'ajustement structurel imposés par le Fonds monétaire international ou l'OMC depuis les années 1980. Selon l'économiste togolais Kako Nubukpo, les pays d'Afrique francophone ayant comme devise le Franc CFA se font des échanges entre 12% et 15% de leurs échanges globaux. Pour lui, un renforcement communautaire doit s'opérer sur le continent, en plus d'une préparation à une sortie du Franc CFA, qu'il souhaite dans un ouvrage collectif Sortir l'Afrique de la servitude monétaire: à qui profite le Franc CFA. L'économiste togolais tient ouvertement une ligne protectionniste, avec l'idée d'appliquer une politique économique de substitution aux importations, très critiquée par les économistes libéraux, mais qui a permis à la Corée du Sud de devenir une puissance économique qui compte dans le monde, par exemple.

Enfin, il faut quand même dire, contrairement à la propagande libérale qui pousse des cris d'orfraie en parlant du protectionnisme comme semblable à l'autarcie, ayant poussé à la seconde guerre mondiale, que la mondialisation (libre-échange), était déjà à un niveau important avant la première guerre mondiale, puis que le protectionnisme n'empêche pas les gens de commercer à travers la planète.

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