Round d'observation sur la fonction publique et la SNCF

Publié le par JoSeseSeko

Photo: JoSeseSeko

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La manifestation du 22 mars sur la fonction publique et la SNCF semble avoir mobilisé du monde, notamment à Paris, vu l'écart relativement faible entre ce qui est annoncé par les syndicats et la police. Une atmosphère vivante, électrique qui reste à voir si elle s'inscrit dans la durée et dans la convergence.

Quand une manif se réalise, la sempiternelle guerre des chiffres se met en marche. Pour les syndicats, notamment la Confédération générale du travail (CGT), 500.000 personnes ont battu le pavé dans environ 140 villes de France, contre 323.000 selon le ministère de l'Intérieur, jeudi 22 mars. Dans le cas de Paris, qui concentre beaucoup les esprits, la CGT relate 65.000 manifestant quand la police relève 49.000. Ce qui, ma foi, est un écart relativement faible par rapport à nombre de manifestations dans le passé.

Cortèges séparés

Ce qui est déroutant dans la manif à Paris, c'est que les cortèges étaient volontairement séparés. D'un côté, les cheminots partaient de la gare de l'Est; de l'autre, les fonctionnaires lançaient leur marche depuis Bercy et tout ce monde s'est retrouvé place de la Bastille. Il n'empêche, c'est très bizarre de ne pas avoir fait un seul cortège, où cheminots et fonctionnaires seraient rassemblés. Et ce, d'autant plus que la propagande mainstream les considère comme des privilégiés. Du coup, ça peut donner l'impression d'une déconnexion entre ces luttes alors qu'en vérité, des chemins convergents se font et que, les cortèges une fois rassemblés, envisageraient une nouvelle manifestation courant avril, qui serait interprofessionnelle, incluant des salariés du privé comme ceux d'Air France KLM par exemple.

Menaces de suppression

Cette manif du 22 mars a été posée sous deux angles: la fonction publique et la SNCF. Du côté des fonctionnaires, nombre d'entre eux s'inquiètent de la suppression de 120.000 postes annoncée par le gouvernement, en guise de respect de l'engagement de campagne du président (par défaut) Emmanuel Macron, car les fonctionnaires seraient la cause du déficit public - ce que les économistes libéraux et leurs soutiens médiatiques rabâchent pour aliéner les esprits - et qu'une révision de leur statut ne serait pas de trop à leur encontre. Du coup, des secteurs publics comme l'hôpital ou l'éducation nationale, où le manque de bras se fait de plus en plus sentir, se sentent pris pour des cons et ne tiennent pas à se faire marcher dessus. Du côté de la SNCF, c'est le rapport Spinetta - du nom de l'ancien président d'Air-France KLM -, qui forme la goutte d'eau. Ce rapport tient à ce que le statut de cheminot soit progressivement démantelé, à travers les nouveaux recrutements, mais surtout, souligne une volonté de supprimer des lignes considérées comme pas rentables, dans des régions déjà mal desservies en transport (ferroviaire, routier, etc.), une concentration de l'activité des TGV sur une distance de 800 km maximum, puis une approbation pour l'ouverture à la concurrence selon des directives européennes. Dans ce dernier cas, l'argument utilisé est que la concurrence ferait baisser les prix pour les usagers du transport ferroviaire. Un point de vue que même des économistes orthodoxes remettent en cause, dans le cadre de l'ouverture à la concurrence des lignes de TGV, tant l'offre de la SNCF est très abondante et en faveur des usagers et qu'en cas de mise en concurrence, cette politique serait abandonnée par l'entreprise ferroviaire, ce qui ferait exploser les prix (cf lien n°2).

Convergence des luttes?

L'idée d'une convergence des luttes résulte presque du mythe, tant elle est invoquée mais très rarement effective. Et si l'atmosphère de ce 22 mars était chaleureuse, digne d'être dans des virages de stades de foot avec des fumigènes rougeoyant de plaisir et trainant un panache de fumée imposant, il n'en demeure pas moins que des anicroches ont eu lieu entre des blacks blocs, en tête du cortège de la SNCF, et des CRS, sur le boulevard Beaumarchais. Une logique d'excitation mutuelle entre ces groupes, rappelant aux souvenirs du printemps 2016.

Est-ce ça desservirait une convergence des luttes de salariés du privé et du public, ce genre d'histoire? Peut-être. En tout cas, la stratégie d'une grève diffuse à la SNCF à partir du 3 avril interpelle. Les syndicats qui se sont mis d'accord là-dessus (CGT, Sud-rail, UNSA, CFDT, FO) semblent l'avoir fait contre la volonté de leur base militante, qui voulait quelque chose de dur d'entrée de jeu. Mais vu la propagande gouvernementale et les relais qu'elle utilise, pas sûr que de faire un rapport de force frontal dès le départ soit bien perçu. Et comme le gouvernement tient à jouer la guerre d'usure (psychologique), la réponse des syndicats est d'étaler la fréquence des grèves pour convaincre l'opinion du bien-fondé de leur action. Mais c'est aussi jouer la montre car ils espèrent que la greffe, qui s'opère avec la fonction publique, le monde étudiant, suivrait le secteur privé, avec des raffineurs, des dockers, des pilotes de ligne, des hôtesses de l'air, des ouvriers de l'industrie lourde, etc. Sans compter les chômeurs, les retraités, passablement dans le viseur du pouvoir actuel.

Bref, la vigilance est de rigueur.

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