Le surplace du XV de France

Publié le par JoSeseSeko

Photo: Reuters

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Avec la défaite à Cardiff (13-14), le XV de France clôture un Tournoi des VI Nations à la quatrième place, avec deux victoires et trois défaites, confirmant le lent déclin amorcé ces dernières années, en dépit du changement de sélectionneur avec Jacques Brunel. Mais est-ce un peu trop sévère de résumer ainsi les choses? C'est à voir en détail.

"Immanquable" titre ce dimanche 18 mars le journal l'Équipe à propos de la défaite du XV de France à Cardiff, samedi 17 mars, où les Bleus se sont inclinés 13-14 au Pays de Galles, lors de la 5e et dernière journée du Tournoi des VI Nations 2018. Du coup, les Bleus terminent cette compétition à la quatrième place, avec un bilan de deux victoires et trois défaites, tandis que le vainqueur du Tournoi, l'Irlande, réalise le Grand Chelem en battant l'Angleterre chez elle (24-15). Ce troisième Grand Chelem dans l'histoire du rugby irlandais - après ceux de 1948 et de 2009 - tombant le jour de la Saint-Patrick ne pouvait pas mieux tomber pour l'Irlande, qui va le célébrer comme il se doit. Et dire que les Irlandais faillirent ne pas faire ce Grand Chelem si les Français s'étaient imposés lors de la 1ère journée, au stade de France (13-15)...

Frustration

Revenons quand même sur le cas français. La défaite inaugurale face aux futurs vainqueurs du Tournoi illustre bien ce qu'ont généré les Bleus durant la compétition. Une frustration constante. Et Jacques Brunel, nouveau sélectionneur tricolore depuis décembre 2017, n'a pas pu faire de miracle de ce côté-là. Toujours les mêmes fautes de main qui annihilent une offensive française, voire permettent aux adversaires de placer un contre sanglant; toujours une indiscipline qui demeure la conséquence d'une fatigue physique et mentale; toujours l'impression que les joueurs ont peur de la victoire, quand celle-ci leur tend les bras, comme lors du match au Pays de Galles ou en Écosse, où les Français étaient dominateurs sur le terrain mais demeuraient stériles, permettant à leurs adversaires d'en profiter et de gagner au bout du compte. Il faut dire que la grande majorité des joueurs français ont davantage connu la défaite que la victoire sous le maillot bleu ces dernières années, et que le dernier Grand Chelem réalisé par les français date de 2010. Ce qui commence sérieusement à dater pour une nation historique du rugby mondial.

Bricolage permanent

Là où c'est encore plus dur à digérer, c'est que Brunel et son staff doivent bricoler en permanence, sans avoir la certitude d'avoir une ossature solide et motrice pour retrouver une certaine régularité dans les résultats. L'exemple le plus flagrant de ce bricolage est la charnière. Certes, Brunel n'a pas été aidé avec les blessures de Mathieu Jalibert (demi d'ouverture) et d'Antoine Dupont (demi de mêlée) dès le match contre l'Irlande, ou encore le troisième ligne Kévin Gourdon. Ce qui obligea l'entraineur tricolore à rappeler des anciens comme Lionel Beauxis ou François Trinh-Duc à l'ouverture, sans que les deux joueurs aient pu faire oublier les absents à ce poste clé et traditionnellement instable dans le XV de France. Ou bien, avec les méformes de certains, comme Virimi Vakatawa à l'aile ou Geoffrey Palis à l'arrière, il fallut compenser avec les retours en sélection de Rémy Grosso ou d'Hugo Bonneval, avec des fortunes diverses.

En outre, avec l'histoire de l'implication de plusieurs joueurs dans une altercation dans un bar d'Édimbourg, après la défaite en Écosse, il a fallu les sanctionner et les remplacer. D'ailleurs, ceux qui étaient impliqués dans cette histoire - Teddy Thomas, Louis Picamoles, Jonathan Danty, Anthony Belleau, Rémy Lamerat, Arthur Iturria, Félix Lambley, Sekou Macalou - n'ont plus été sélectionnés durant le reste du Tournoi, soulignant combien Brunel tient à une discipline au sein de l'équipe et que tout écart ne serait pas pardonné. Mais c'était se priver de joueurs potentiellement importants, notamment sur le cas particulier de Thomas car le 3/4 aile venait de marquer trois essais durant les deux premiers matchs, signe qu'il était en grande forme.

Des individualités présentes

Mais faudrait-il tout mettre à la poubelle et repartir d'une page encore blanche pour Brunel et son staff? Assurément non. Il y a quand même des motifs de satisfaction. D'abord, une défense qui a été présente, encaissant peu d'essais durant le Tournoi, servant notamment de base pour la victoire contre l'Angleterre au stade de France. Une victoire de prestige tant elle semblait improbable ces dernières semaines. Ensuite, des individualités présentes pour se mettre au service du collectif. Guilhem Guirado, capitaine du XV de France, montre régulièrement l'exemple en défense; Mathieu Bastareaud, de retour en bleu après plus de deux ans au placard, impose sa puissance et sa capacité à gratter les ballons dans les rucks; Yacouba Camara donne l'espoir de jours meilleurs au sein de la troisième ligne, avec sa capacité de percussion, sa technique et ses plaquages; Maxime Machenaud, autre revenant, s'est montré régulier au tir au but, terminant d'ailleurs meilleur réalisateur du Tournoi.

Bref, si les joueurs arrivent - enfin - à gommer leurs sempiternelles fautes de main, il y a espoir de croire que le XV de France pourrait relever la tête. Il serait temps, à l'approche de la prochaine Coupe du monde de rugby, l'an prochain, au Japon.

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