Le capitalisme en péril? Qu'il crève alors!

Publié le par JoSeseSeko

Photo: Twitter

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La couverture du magazine économique Challenges sur la question de l'avenir du capitalisme montre combien la critique du mode de production qui nous régit est nécessaire pour la pensée et qu'il serait bon de porter l'estocade finale, comme l'espérait Karl Marx en son temps.

"Le capitalisme en péril". Voilà ce que titre, sans ambiguïté, l'hebdomadaire Challenges, dans son numéro 56en kiosques depuis le 5 avril. À l'occasion de la sortie du livre Et si les salariés se révoltaient? de Patrick Arthus et Marie-Paule Virard, le journal économique se penche sur la question de l'avenir du capitalisme et des défis auxquels il est confronté depuis la crise financière de 2008-2009.

Croissance des inégalités

Le premier d'entre eux est la gestion des inégalités. En effet, bon nombre d'économistes, y compris Arthus, connu pour être un des tenants du libéralisme économique, qui a son quasi-monopole dans l'enseignement universitaire tout en arguant la concurrence "libre et non faussée" - tout un paradoxe! -, s'accordent à reconnaitre qu'il y a une montée des inégalités dans le monde (occidental) ces 30 dernières années, à travers notamment la captation de la croissance, le Saint Graal dangereux et obsédant des temps modernes, par les plus riches, les bourgeois, au détriment des plus pauvres, des prolétaires. Par quels moyens? D'abord par la répartition entre le salaire et le profit qui a été plus à l'avantage de ce dernier ces dernières décennies dans les pays développés, y compris dans des pays comme la France, où l'État social fait de son mieux pour limiter les effets négatifs. Ensuite, lutte des classes oblige, les bourgeois tiennent à ce que l'État soit leur serviteur dans ses politiques économiques. D'où de multiples réformes fiscales qui dénaturent la progressivité de l'impôt à travers le bouclier fiscal sous le mandat de Nicolas Sarkozy, la suppression de l'impôt de solidarité sur la fortune par Emmanuel Macron, mais aussi à travers des mesures pro-patronat comme le Crédit d'impôt compétitivité-emploi ou le Pacte de responsabilité sous le mandat de François Hollande. Enfin, faire passer, par voie de presse, l'idée comme quoi certains dominés sont privilégiés par rapport à d'autres, comme les cheminots de la SNCF par rapport aux agriculteurs par exemple, que les immigrés, les exilés, pourtant victimes du néocolonialisme, de l'impérialisme - stade suprême du capitalisme selon un ouvrage de Lénine -, seraient mieux lotis que les citoyens "de souche", tout en glorifiant l'esprit d'entreprise, le mythe du self-made-man, et l'idée selon laquelle les capitalistes sont des sources de richesse qui font vivre les travailleurs avec la théorie (fumeuse) du ruissellement.

Ce qui fait que le capitalisme, notamment dans le cas français, génère des héritiers qui se sont juste "donnés la peine de naître, et rien de plus" comme par exemple Bernard Arnault, actuelle 4e fortune mondiale selon le magazine Forbes dans son classement pour 2018. Conséquence ultime, c'est l'inégalité devant la mort qui s'observe car selon une étude de l'Insee parue en février dernier, l'espérance de vie des 5% les plus riches hommes en France est de 84,4 ans, contre 71,7 ans les 5% les plus pauvres hommes (12,7 ans d'écart) tandis que chez les femmes, l'écart est 8,3 ans (88,3 ans d'espérance de vie chez les 5% des femmes les plus riches contre 80 ans chez les 5% des femmes les plus pauvres).

La question écologique

L'autre défi du capitalisme et de voir s'il serait en mesure de faire preuve de respect pour l'environnement. La question écologique, qui a tant échappé aux fervents défenseurs du capitalisme qu'à ses critiques les plus acharnés, revient tel un boomerang sur le rôle du capitalisme dans la dégradation de l'environnement, à travers le dérèglement climatique, la réduction de la biodiversité, et surtout les catastrophes naturelles. Souvenons-nous du passage dévastateur de l'ouragan Irma dans les Caraïbes en septembre dernier, indiquant combien des structures économiques inégalitaires, héritières de l'esclavage négrier, lui-même terrain d'entrainement pour le capitalisme, ne peuvent pas tenir face aux éléments déchainés. Ou bien, le tsunami au Japon qui provoqua la catastrophe nucléaire de Fukushima en mars 2011, remettant en question la viabilité du nucléaire comme énergie productrice d'électricité en raison des dangers qu'il génère en matière de radioactivité.

Même s'il y a le développement - à raison - d'énergies renouvelables telles le solaire, l'éolien ou la biomasse, celles-ci sont toujours mises dans l'objectif de la sainte croissance. Ne serait-il pas question de réfléchir sur la décroissance, au nom du long terme, afin de mettre à bas le court-termisme, qui pousse à être énergivore en permanence. Or, la nature est un espace fini et il serait temps de mettre en avant une perspective écosocialiste, pour trouver cet équilibre entre l'être humain et la nature.

Que le capitalisme trépasse

Il est clair que l'idée de la fin du capitalisme ne date pas d'hier, notamment du côté des penseurs du 19e siècle comme Karl Marx, Friedrich Engels, Mikhaïl Bakounine, Errico Malatesta, etc. Et même certains qui se réclamaient du socialisme, du communisme, ont détourné ces concepts pour leur profit personnel, décrédibilisant tout un courant de pensée alternatif. L'exemple terrible est celui de l'URSS, où au nom du socialisme, de Marx, de la lutte des classes, s'épanouissait le capitalisme d'État, ce totalitarisme public que le secteur privé serait bien tenté d'imiter, à travers l'exemple du réseau social Facebook, impliqué dans un scandale de captation de messages privés envoyés auprès de l'institut Cambridge Analytica, afin d'influencer les utilisateurs du réseau social vers le camp de Donald Trump durant l'élection présidentielle états-unienne de 2016.

Mais voir qu'un Arthus remette en avant Marx, comme il l'avait déjà fait dans une étude publiée pour la banque Natixis en février dernier sur la dynamique du capitalisme, c'est signe que l'économiste et philosophe allemand, dont on va bientôt célébrer le bicentenaire de sa naissance, est loin d'avoir faux sur le capitalisme et sur la question de son éventuel dépassement, qu'il appelait de ses vœux. Toujours est-il que lui, comme d'autres économistes hétérodoxes (Irving Fisher, Hyman Minsky, etc.), nous avaient déjà alertés sur les dangers que porte le capitalisme en lui-même. Mais il reste encore à traduire l'offre économique et politique alternative. Et malgré l'existence des syndicats, malgré la mise en place de coopératives un peu partout dans le monde, il n'en demeure pas moins que l'unité des exploités du monde entier, objectif avoué de la première internationale de 1864, reste encore un chemin semé d'embûches.

Mais voir un signal d'alerte sur l'avenir du capitalisme est signe d'un appel à le liquider de manière méthodique.

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