L'héritage critique de Martin Luther King

Publié le par JoSeseSeko

Photo: Florida Memory

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50 ans après son assassinat, Martin Luther King suscite une certaine admiration dans le monde occidental. Mais cette admiration se veut partielle, pour masquer certains éléments du combat du pasteur pour l'émancipation des afro-américains, et des non-blancs en général, et se donner bonne conscience face au racisme institutionnel qui perdure, aux États-Unis comme ailleurs.

Putain 50 ans! Eh oui, il y a un demi-siècle, le 4 avril 1968, Martin Luther King, pasteur baptiste et prix Nobel de la paix, fut assassiné dans un motel à Memphis (Tennessee), à l'âge de 39 ans. Il s'était rendu dans cette ville pour soutenir les éboueurs noirs de la ville en grève depuis le 12 mars précédent pour obtenir une augmentation de salaire et de meilleures conditions de travail. Cet assassinat marqua profondément les États-Unis, avec des révoltes dans plusieurs dizaines de villes, au point que le président de l'époque, Lyndon Johnson, déclara le 9 avril 1968 jour de deuil national pour le prix Nobel de la paix, une première pour un afro-descendant dans ce pays.

Le non-violent...

L'image qui est énormément véhiculée au sujet de MLK, surtout en Occident, est que le pasteur né à Atlanta (Géorgie) était un apôtre de la non-violence contre le racisme institutionnel aux États-Unis, notamment envers les lois Jim Crow dans le Sud, qui n'a toujours pas digéré sa défaite lors de la guerre de Sécession, s'inscrivant en droite ligne de la pensée du philosophe états-unien Henry David Thoreau au 19e siècle, puis du combat de l'Indien Mahatma Gandhi pour l'indépendance des Indes au milieu du 20e siècle. Cette dimension s'appuie sur le boycott des bus de Montgomery (Alabama) fin 1955, en soutien à Rosa Parks, plus de multiples marches à travers le pays, culminant avec la marche vers Washington le 28 août 1963, où il prononça son discours "I have a dream" au pied du mémorial Lincoln, puis à l'obtention du Civil rights Act l'année suivante, abolissant les lois ségrégationnistes dans le Sud.

Cette image du noir pacifiste, non-violent, intégrationniste, au sujet de Martin Luther King était un moyen pour la presse mainstream de l'opposer à des figures afro-américaines décrites comme plus menaçantes, et tout particulièrement Malcolm X, militant de Nation of Islam, partisan du nationalisme noir. Et il est vrai que si Malcolm X se montrait critique à l'égard de la méthode de King, il n'en demeura pas moins qu'un rapprochement s'était fait entre les deux hommes peu de mois avant l'assassinat de Malcolm X le 21 février 1965 à New-York, dans le quartier de Harlem.

... résolument anticapitaliste

Ce rapprochement entre King et X illustra en vérité un discours résolument anticapitaliste que tenait King dans les dernières années de sa vie, en phase avec l'opposition croissante à la guerre au Vietnam, menée par Johnson, et les pratiques des soldats états-uniens sur place. De même qu'il prit position contre le régime d'apartheid en Afrique du Sud, à un moment où ses leaders, tels Nelson Mandela et Walter Sisulu, étaient emprisonnés, tandis que d'autres, tels Oliver Tambo, Thabo Mbeki ou Chris Hani, vécurent l'exil pour poursuivre la lutte armée.

De manière générale, le prêcheur condamnait le capitalisme de par sa propension à générer des inégalités entre les hommes et à maintenir l'asservissement de nombre de personnes dans la pauvreté par une classe de capitalistes qui s'accaparent les profits sur le dos des habitants des bidonvilles. D'ailleurs, il prévoyait de faire une "campagne des pauvres", dans le même état d'esprit que celle pour les droits civiques, mais son assassinat marqua un coup d'arrêt. Toujours est-il que ce positionnement anticapitaliste le rendit suspect pour le FBI, le considérant comme un communiste. Si King déclara à plusieurs reprises son penchant pour le socialisme démocratique, il n'en demeure pas moins résolument critique sur le communisme à la sauce marxiste, en raison de la grille de lecture "matérialiste de l'histoire" héritée des écrits de Karl Marx, contraire aux principes chrétiens auxquels King n'a jamais cessé de se référer.

Un héritage à critiquer

De nos jours, il est tentant de se réclamer de Martin Luther King, par-delà son influence spirituelle, intellectuelle. D'ailleurs, en 2008, les partisans de Barack Obama, alors en route pour devenir le premier président afro-descendant des États-Unis, multiplièrent les références à King, afin de faire croire à un lien politique entre les deux hommes. Puis, tout de même, le Martin Luther King day est un jour férié outre-Atlantique, afin de rendre hommage à cet activiste des droits civiques.

Mais cet héritage se doit d'être critiqué. En premier lieu, l'approche non-violente de King, malgré le Civil rights Act ou les élections d'Obama, n'a pas éliminé le racisme institutionnel présent aux États-Unis. Les révoltes au début des années 1990 ou les crimes policiers de ces dernières années envers des afro-descendants sont là pour nous le rappeler et le mouvement Black lives matter s'inscrit dans cette histoire. Ensuite, la politique intégrationniste de King peut être perçue comme une compromission permettant aux blancs issus de la bourgeoisie de continuer leur domination et leur politique répressive, inégalitaire. Ce qui permit, en partie, le développement du Black Panther Party qui s'inscrivait dans un cadre de lutte des classes, avec la mise en place de politiques alternatives, notamment dans le domaine de la santé. Enfin, la critique chrétienne de King sur le communisme aurait dû l'inciter à être nuancé car le christianisme, qu'il défendit durant sa vie, a été importé aux États-Unis par la violence et la soumission, et tout particulièrement envers les esclaves noirs. Le tout, en s'enrichissant sur les dos cabossés, fouettés, de ces derniers. Mais l'aliénation par "l'opium du peuple" peut expliquer ce genre de positionnement.

Remarque, en France, ça vénère Martin Luther King tout en dénigrant toute approche mettant en cause le racisme institutionnel présent dans l'hexagone. Il n'y a qu'à voir comment les tartuffes du racisme made in France s'étaient déchainés sur les réseaux sociaux envers Rokhaya Diallo, obtenant sa démission du Conseil national du numérique en décembre dernier. Ce qui devrait nous indiquer combien la France est une donneuse de leçons qu'elle n'a jamais apprises de toute façon!

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